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du 18 mai au 14 juin 2008

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LE CHOIX DES LECTURES DE FRÈRE LUC DU 11 MAI AU 14 JUIN


Dimanche 11 mai - Pentecôte

Isaac de l'Etoile : Pourquoi la venue de l'esprit

Dimanche 18 mai - Sainte Trinité

Grégoire de Nazianze : Mystérieuse Trinité

Vendredi 23 mai

Jean Mouroux : La mort du chrétien

Dimanche 25 mai - Le Saint Sacrement

Saint Augustin : De très grands mystères

Vendredi 30 mai - Sacré-Coeur de Jésus

Saint François de Sales : Le côté ouvert

Dimanche 1er juin

J-H Newman : Le Christ nous appelle

Jeudi 12 juin

Grégoire de Nysse : Les commencements sans fin

 

POURQUOI LA VENUE DE L’ESPRIT ?

La charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné". Il ne suffisait pas, mes bien-aimés, que le Fils de Dieu nous fût donné, selon la parole : "Un enfant nous est né, un fils nous a été donné" ; il fallait encore qu’on nous fasse don de l’Esprit Saint. Et le Père lui-même ne nous sera-t-il pas donné un jour, pour que nous qui ne sommes rien, nous recevions le Tout, pour que nous qui avions perdu toute humanité, nous soyons enrichis de toute la divinité ?

“Qui a rien entendu de pareil ?”. Nous étions aveugles : la lumière qui venait nous illuminer est née dans les ténèbres : et ce fut la naissance du Christ pour nous, de nous, chez nous. Cette naissance, acceptée pour nous, il nous l’a aussi proposée : et ce fut le baptême du Christ pour nous, comme une autre naissance qui nous fit naître en lui, lui qui était né en nous. Et ainsi, lui fut en nous, comme nous en lui : lui, Fils de l’homme, né par l’Esprit Saint, de la Vierge Marie ; nous, fils de Dieu, nés par le même Esprit, de la Vierge Église.

Mais alors, je le demande, si les solennités précédentes nous garantissent une telle abondance de grâces, quel besoin y a-t-il de la bienveillante célébration d’aujourd’hui ? Le Fils de l’homme est venu pour nous servir et pour livrer cette âme bien-aimée qu’est la sienne, la donnant en rançon pour la multitude. Qui a jamais rien vu de pareil ? Notre Seigneur est en tout notre serviteur. Et quel serviteur empressé ! C’est pour nous qu’il naît, pour nous qu’il vit, pour nous qu’il meurt, pour nous qu’il ressuscite, pour nous qu’il s’élève, comme il l’a dit : “Je vais vous préparer une place”.

Alors la question se pose à nouveau : à quoi bon la solennité d’aujourd’hui ? Que pourra faire de plus cet autre Consolateur ? Voici que l’homme est juste en ce qui regarde le passé : que fera-t-il dans l’avenir, lui qui “tombe sept fois le jour” ? S’il tombe, qui le relèvera ? Il est dit : “Malheur à qui est seul ! S’il tombe, il n’y a personne pour le relever”. J’ose le dire, sans l’Esprit il est seul. Oui, qui a le Christ seul, sans l’Esprit, est seul. Ce n’est pas en effet sans raison que l’Esprit est envoyé après le Christ : “Il vous est bon, dit-il, que je m’en aille ; autrement, le Paraclet ne viendra pas”.

Telle est, bien-aimés, la grâce de ce jour : par l’Esprit la grâce est donnée après la justification ; et l’esclave qui avait été libéré par le Fils devient aujourd’hui ami par l’Esprit. Aujourd’hui, la justification ayant payé l’offense, le maître embrasse son serviteur, ou plutôt l’ami embrasse son ami “d’un baiser de sa bouche”. Si en effet le Fils peut être regardé comme la bouche du Père, l’Esprit peut à son tour être appelé le baiser de sa bouche. Ce baiser est donc le sceau de la dilection et de l’amour pour l’avenir. Et “l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné”. L’amour couvre tout ; la charité ne compte pas ; la charité supporte tout, excuse tout, pardonne tout. Celui qui a été justifié par le Christ tombe sept fois le jour par sa faute ; sept fois le jour, il est relevé par l’Esprit.

Aujourd’hui donc, par le Christ qui intercède pour nous, Dieu nous a donné sa charité et son amour. Comme Dieu s’est réconcilié le monde par le Christ, en qui il était, ne lui tenant plus compte de ses fautes passées, de même, par l’Esprit en qui il était aussi, il s’est uni ce monde réconcilié, ne lui tenant pas compte des fautes à venir. De là cette parole : “Heureux l’homme à qui le Seigneur n’a pas tenu en compte son péché”. Par le Christ il pardonne tout ; par l’Esprit il ne demande compte de rien. Le Christ est en quelque sorte médiateur pour la justification ; l’Esprit, médiateur pour l’amitié.

      Sermon 3 pour la Pentecôte, 1-14

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MYSTÉRIEUSE TRINITÉ !

J’ai, pour ma part, longuement réfléchi en moi-même, en m’appliquant avec toute ma curiosité, et en envisageant la question sous toutes ses faces, pour chercher une image du si grand mystère de la Trinité ; et je n’ai pu découvrir à quelle réalité d’ici-bas l’on peut comparer la nature divine. Ai-je trouvé quelque ressemblance partielle ? Je sens qu’aussitôt la plus grande partie m’échappe, et l’exemple choisi me laisse en dessous de ce que j’en attendais.

Comme d’autres l’ont fait, je me suis représenté une source, un ruisseau et un fleuve. Et j’ai cherché une analogie entre le Père et la source, entre le Fils et le ruisseau, entre l’Esprit Saint et le fleuve. Voici, en effet, des choses qui ne sont pas divisées par le temps, ni séparées l’une de l’autre, puisqu’elles sont en relation de continuité ; et pourtant elles semblent se distinguer en quelque sorte par leurs trois propriétés. Mais j’ai craint d’abord de présenter par cet exemple je ne sais quel écoulement de la divinité, qui en exclurait la stabilité. J’ai craint aussi qu’on ne se représentât une personne unique, car la source, le ruisseau et le fleuve sont une seule et même chose qui revêt des formes diverses.

J’ai songé alors au soleil, au rayon et à la lumière. Mais cette comparaison n’est pas non plus sans danger si l’on prend cet exemple du soleil et de ses propriétés, on risque d’imaginer je ne sais quelle composition dans la nature simple. On peut être tenté aussi d’attribuer toute la substance au Père, et de croire que les autres Personnes n’en sont que des accidents ; qu’ils sont des puissances qui existent en Dieu, mais qui ne subsistent pas par elles-mêmes. Car le rayon et la lumière ne sont pas d’autres soleils, mais des émanations du soleil. Enfin, cet exemple a le défaut de nous donner à penser que Dieu peut exister ou ne pas exister, ce qui est encore plus absurde que tout le reste.

En somme, je ne trouve aucune image qui me donne pleine satisfaction pour illustrer le concept de la Trinité ; il faudrait que l’on ait assez de sagesse pour n’emprunter à l’exemple choisi que certains traits, et rejeter tout le reste. Aussi ai-je fini par me dire que le mieux était d’abandonner les images et les ombres qui sont trompeuses et qui demeurent très loin de la vérité. Je préfère m’attacher aux pensées les plus conformes à la piété, me contenter de peu de mots et prendre pour guide l’Esprit, de façon à garder jusqu’à la fin la lumière reçue de lui. Il est mon compagnon véritable, mon ami, et je traverse cette vie en persuadant les autres, autant que je le puis, d’adorer le Père, le Fils et le Saint-Esprit, une seule Divinité et une seule Puissance, à qui sont toute gloire, tout honneur, tout pouvoir, dans les siècles des siècles. Amen.

      5e Discours théologique 31-33. P.G. 36, col. 169-172

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LA MORT DU CHRÉTIEN

La mort du chrétien est entre les mains de Dieu seul. Le chrétien ne connaît pas l’heure de sa mort, et pas davantage la valeur, la qualité, la signification de cette mort, car il ne sait pas quel sera son jugement. Il peut avoir conscience qu’il n’y a rien de mal dans son agir, il n’est pas justifié pour autant ; l’Unique Juge, c’est le Seigneur. L’heure du jugement n’est pas venue, et il n’a pas le droit de l’anticiper, ni pour lui, ni pour les autres : “Ne jugez pas avant le moment, est-il dit, jusqu’à ce que vienne le Seigneur". Le chrétien fait donc son salut “avec crainte et tremblement”, dans le respect sacré du Juge et dans la confiance totale au Père.

La mort est, en effet, la prise dernière et définitive de Dieu sur le temps de l’homme, parce qu’elle en accomplit la prédestination éternelle : Dieu est seul à pouvoir achever ce qu’il a commencé. Lui qui a jadis arraché l’homme au royaume des ténèbres et l’a fait passer au royaume de son Fils Bien-Aimé, peut seul le transplanter pour toujours dans la Vie éternelle. Ainsi le fait “d’être trouvé dans le Christ, non pas avec ma justice à moi, celle de la Loi, mais avec celle qui vient par la foi au Christ, la justice de Dieu basée sur la foi", c’est le fait de mourir en état de grâce. Ce qui veut dire que le mystère de la persévérance finale est un pur don de Dieu et l’irruption dernière de la miséricorde qui sauve en Jésus-Christ. Si la conversion d’un chrétien adulte se réalise toujours dans l’adoration, la dernière conversion et le dernier choix se font encore dans l’adoration du seul Saint, du seul Seigneur, du seul Sauveur.

De plus, la mort du chrétien est toujours prise dans le double mystère du Christ et de l’Église. Elle n’est pas seulement personnelle, elle est ecclésiale, parce qu’elle est toujours celle d’un membre de l’Église, et cela explique bien des choses étonnantes. Si des pécheurs, souvent, meurent dans la paix, c’est parce que beaucoup d’autres ont porté leurs péchés et supplié pour eux, dans l’unique offrande de Jésus-Christ. Quand la mort d’un Saint met le point final à son labeur d’ici-bas, le Corps tout entier monte à son achèvement éternel à travers l’homme qui passe au Père. Et c’est pourquoi, parfois, au lieu de se réjouir, le saint souffre l’agonie des autres, avec le Christ ; au lieu de partir, il reste, l’âme déchirée entre le désir de mourir, et la nécessité de demeurer dans la chair, pour continuer la tâche et faire grandir les siens dans la joie de la foi.

Les saints, plus que les autres, sont pris entre les deux paroles du Christ en Croix : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?” et : “Père, je remets mon âme entre tes mains”. La participation personnelle à ces deux aspects du mystère dépend de Dieu seul, et du rôle qu’il fixe aux saints dans l’Église. Thérèse de Jésus, qui a tant combattu pour l’honneur et l’amour de son Dieu, meurt en disant : “Seigneur, il est temps de nous voir !”. Thérèse de l’Enfant Jésus, qui a tant désiré sauver des âmes, murmure : “Je n’aurais jamais cru qu’il fût possible de tant souffrir ! Jamais ! Jamais !”, pour expirer en disant : “Mon Dieu, je vous aime”. Bernadette, qui vit la Dame du ciel et fit pénitence pour tant de péchés, supplie : “Priez pour moi, pauvre pécheresse, pauvre pécheresse, pauvre pécheresse”. Et ces paroles traduisent toujours le temps d’une même espérance, parce qu’elles jaillissent d’une âme déjà morte et ressuscitée avec le Christ, dans l’amour.

      Le mystère du temps, p. 283, 284

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DE TRÈS GRANDS MYSTÈRES !

Je vous avais promis, à vous qui venez d’être baptisés, un exposé sur le sacrement de la table du Seigneur que vous avez sous les yeux et auquel vous avez participé la nuit dernière. Vous devez connaître ce que vous avez reçu, ce que vous recevez, ce que chaque jour vous allez recevoir.

Ce pain que vous voyez sur l’autel, sanctifié par la parole de Dieu, c’est le corps du Christ. Cette coupe, ou plutôt ce que contient la coupe, sanctifié par la parole de Dieu, c’est le sang du Christ. Par-là, le Seigneur Christ a voulu nous confier son corps et son sang qu’il a répandu pour nous, en rémission des péchés. Si vous l’avez bien reçu, vous êtes ce que vous avez reçu.

L’Apôtre dit, en effet : “Il n’y a qu’un seul pain : à plusieurs, nous ne sommes qu’un seul corps". Ainsi explique-t-il le sacrement de la table du Seigneur : "Il n’y a qu’un seul pain : à plusieurs, nous ne sommes qu’un seul corps". Qu’il vous soit montré par ce pain comme nous devons aimer notre unité !

Ce pain, en effet, a-t-il été fait d’un seul grain ? N’y avait-il pas de nombreux grains de froment ? Mais avant de devenir du pain, ils étaient séparés. Par l’eau ils furent unis, mais après un certain broyage. Car si le froment n’est pas moulu, s’il n’est pas arrosé d’eau, jamais il n’en vient à cette forme qu’on appelle : "pain". Ainsi en est-il pour vous : les jours précédents, vous avez été comme moulus par l’humiliation du jeûne et les cérémonies mystérieuses de l’exorcisme. Est arrivée l’eau du baptême : vous avez été comme arrosés, pour en venir à cette forme du pain.

Mais il n’y pas encore de pain sans feu. Qu’est-ce donc qui signifie le feu ? C’est le saint chrême, car l’huile qui alimente notre feu, c’est le sacrement de l’Esprit Saint. Arrive donc l’Esprit Saint, le feu après l’eau, et vous devenez le pain qui est le corps du Christ. Ainsi est signifiée, en quelque sorte, l’unité.

Ce sont donc là de grands mystères, oui, de très grands mystères ! Voulez-vous savoir comment on nous les recommande ? L’Apôtre dit : "Qui mange le corps du Christ ou qui boit à la coupe du Seigneur indignement, sera coupable à l’égard du corps et du sang du Seigneur". Qu’est-ce que les recevoir indignement ? C’est les recevoir en se moquant, c’est les recevoir sans en faire grand cas. Que ces mystères ne te paraissent pas vils parce que tu les vois ! Ce que tu vois passe, mais ce qui est signifié invisiblement ne passe pas. Voici : on reçoit, on mange, on fait disparaître. Mais le corps du Christ disparaît-il ? L’Église du Christ disparaît-elle ? Les membres du Christ disparaissent-ils ? Bien sûr que non ! Ici, ils sont purifiés, là-haut ils sont couronnés. Ce qui est signifié demeure donc éternellement, bien que cela semble passer.

Recevez donc ces mystères de manière réfléchie, pour avoir au cœur l’unité, et le cœur toujours fixé en haut. Que votre espérance ne soit pas sur la terre, mais dans le ciel. Que votre foi soit affermie en Dieu, qu’elle soit agréable à Dieu. Car ce que maintenant vous ne voyez pas, mais croyez, vous le verrez là où vous vous réjouirez sans fin.

      Sermon 227 : Aux néophytes, sur les saints mystères

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LE CÔTÉ OUVERT

Lorsque quelque grande princesse ou seigneur meurt d’une mort inopinée, on ouvre son corps pour voir de quelle maladie il est mort, et quand on a trouvé la cause de son trépas l’on est content et ne passe-t-on pas plus outre. Notre Seigneur étant sur l’Arbre de la croix, il dit avant que de rendre l’esprit ces paroles, mais d’une voix haute, éclatante et ferme : "Mon Père, je recommande mon esprit entre vos mains", et rendit son esprit tout incontinent en les prononçant. L’on ne pouvait croire qu’il fût mort, l’ayant ouï parler tout à l’heure d’une voix si forte qu’il ne semblait pas qu’il dût sitôt mourir. Aussi que le capitaine des soldats vint pour savoir s’il était vraiment trépassé, et voyant qu’il l’était, il commanda qu’on lui donnât un coup de lance au côté ; ce que l’on fit, et donna-t-on droit contre son cœur. Son côté étant ouvert, l’on vit qu’il était vraiment mort, et de la maladie de son cœur, cela veut dire de l’amour de son cœur.

Notre Seigneur voulut que son côté fût ouvert pour plusieurs raisons. La première est afin qu’on vît les pensées de son cœur, qui étaient des pensées d’amour et de dilection pour nous, ses bien-aimés enfants et chères créatures, qu’il a créées à son image et ressemblance, pour que nous vissions combien il désire nous donner de grâces et bénédictions, et son cœur même, comme il fit à sainte Catherine de Sienne. J’admire cette grâce incomparable de quoi il changea de cœur avec elle ; car auparavant elle priait ainsi : "Seigneur, je vous recommande mon cœur", mais depuis elle disait : "Seigneur, je vous recommande votre cœur", de sorte que le cœur de Dieu était son cœur. Certes, les âmes dévotes ne doivent point avoir d’autre cœur que celui de Dieu, point d’autre esprit que le sien, point d’autre volonté que la sienne, point d’autres affections que les siennes ni d’autres désirs que les siens, en somme elles doivent être toutes à lui.

La seconde raison est afin que nous allions à lui avec toute confiance, pour nous retirer et cacher dedans son côté, pour nous reposer en lui, voyant qu’il l’a ouvert pour nous y recevoir avec une bénignité et amour non pareils, si nous nous donnons à lui et que nous nous abandonnions entièrement et sans réserve à sa bonté et providence.

Vous me demanderez peut-être les raisons pour lesquelles nos cœurs à nous autres sont si cachés qu’on ne les voit point. Pour deux raisons il est expédient qu’il soit ainsi. La première, pour ce que l’on aurait horreur de découvrir dans les cœurs des méchants et grands pécheurs des choses si sales, horribles et tant de misères : car sainte Catherine, qui avait reçu ce don de Dieu, de pénétrer les consciences et connaître les péchés les plus secrets, en avait une si grande horreur, qu’il fallait qu’elle se détournât pour s’empêcher de les voir. Et de notre temps, le bienheureux Philippe Néri avait reçu cette même grâce de la divine Bonté ; souvent il se bouchait le nez pour ne sentir une si grande puanteur qui sortait des pécheurs. L’autre raison est parce qu’il n’est pas expédient que l’on voie le cœur des bons, de peur qu’ils ne tombent en vanité ou que cela ne donne de la jalousie aux autres. Or, en Notre Seigneur il n’y avait rien à craindre que l’on vît son cœur, parce qu’il n’y avait rien en lui qui pût donner de l’horreur, puisqu’il était si pur, si saint et la pureté même ; il ne pouvait point aussi tomber en vanité, lui qui était l’auteur de la gloire.

      Le livre des quatre amours, p. 48-50

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LE CHRIST NOUS APPELLE

Tout au long de notre vie, le Christ nous appelle. Il nous serait bon d’en avoir conscience, mais nous sommes lents à comprendre cette grande vérité, que le Christ marche en quelque sorte parmi nous et par sa main, par ses yeux, par sa voix, nous ordonne de le suivre. Or nous ne saisissons même pas son appel qui se fait entendre à cet instant même. Il a eu lieu, pensons-nous, au temps des Apôtres ; mais nous n’y croyons pas pour nous-mêmes, nous ne l’attendons pas. Nous n’avons pas d’yeux pour voir le Seigneur, et en cela, nous sommes très différents de l’Apôtre bien-aimé qui distingua le Christ alors même que les autres disciples ne le reconnaissaient point.

Et pourtant, sois-en sûr : Dieu te regarde, qui que tu sois. Il t’appelle par ton nom. Il te voit et il te comprend, lui qui t’a fait. Tout ce qu’il y a en toi, il le sait : tous tes sentiments et tes pensées propres, tes inclinations, tes goûts, ta force et ta faiblesse. Il te voit dans tes jours de joie comme dans tes jours de peine. Il prend intérêt à toutes tes anxiétés et à tes souvenirs, à tous les élans et à tous les découragements de ton esprit. Il t’entoure de ses bras et te soutient ; il t’élève ou te repose à terre. Il contemple ton visage, dans le sourire ou les pleurs, dans la santé ou la maladie. Il regarde tes mains et tes pieds, il entend ta voix, le battement de ton cœur et jusqu’à ton souffle. Tu ne t’aimes pas mieux qu’il ne t’aime. Tu ne peux pas trembler devant la souffrance plus qu’il ne lui répugne de te voir la subir ; et s’il la fait descendre sur toi, c’est parce que tu l’appellerais toi-même si tu étais sage : pour qu’elle se tourne ensuite à un plus grand bien.

Tu n’es pas seulement sa créature, bien qu’il ait souci même des passereaux. Tu es un homme racheté et sanctifié, son fils adoptif, gratifié d’une part de cette gloire et de cette bénédiction qui découlent éternellement de lui sur le Fils Unique. Tu as été choisi pour être sien. Tu étais un de ceux pour qui le Christ offrit à son Père sa dernière prière et y mit le sceau de son sang précieux. Quelle pensée que celle-là, perspective presque trop grande pour notre foi. Lorsque nous y prêtons attention, c’est à peine si nous pouvons nous retenir de rire, comme Sara, d’un rire d’étonnement et de perplexité. Qu’est donc l’homme, que sommes-nous, qui suis-je, pour que le Fils de Dieu ait eu de moi si grand souci ? Qui suis-je pour qu’il m’ait fait passer, pour ainsi dire de la nature d’un démon à celle d’un ange ? Pour qu’il m’ait recréé, pour qu’il habite lui-même personnellement en mon propre cœur, faisant de moi son temple ? Qui suis-je pour que l’Esprit Saint daigne entrer en moi et élever mes pensées vers le ciel avec "d’inexprimables gémissements" ?

      Parochialand Plain Sermons, vol. 8, sermon 2

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DES COMMENCEMENTS SANS FIN

Le grand Apôtre racontant aux Corinthiens ses admirables visions, leur dit qu’il ne savait pas si c’était de corps ou d’esprit qu’il fut introduit aux mystères du Paradis. Après avoir porté un tel témoignage, il affirme : "Je ne me flatte pas d’avoir déjà saisi, je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être". Ce passage nous montre clairement qu’après avoir atteint ce troisième ciel qu’il fut seul à connaître, après avoir entendu le secret des mystères du Paradis, Paul marche vers de plus hauts sommets ; il ne cesse pas de monter, car le bien qu’il a saisi ne limite pas ses désirs.

Il nous enseigne par là, à mon sens, qu’il y a toujours à découvrir dans cette bienheureuse nature divine qui prodigue les biens. Il nous apprend aussi que ce que nous avons atteint débouche sur des biens qui le dépassent ; et que ceux-ci se multiplient toujours à l’infini, et cela sans fin, pour celui qui participe à Dieu ; en effet, durant toute l’éternité des siècles, ceux qui y auront part verront toujours s’accroître les biens les meilleurs.

Selon la parole infaillible du Seigneur, le cœur pur verra Dieu, et toujours son esprit le recevra, autant qu’il sera capable de le saisir. Pourtant la divinité infinie et incompréhensible demeurera au-delà de toute prise. Car Celui dont "Il n’est pas de limite à la magnificence de la gloire", comme en témoigne le prophète, est partout comme il est, toujours contemplé dans sa grandeur. C’est ce que le grand David, disposant en son cœur de belles montées et marchant de vertu en vertu, exprimait à Dieu : "Tu es le Très-Haut pour les siècles, Seigneur !" Par ces mots, il voulait dire, je pense : "Dans toute l’éternité sans fin des siècles, celui qui court vers toi devient toujours meilleur et s’élève toujours, croissant en fonction de sa montée vers les biens. Mais toi, ‘Tu es le Très-Haut’, celui qui demeure pour les siècles ; jamais tu ne peux être vu plus bas qu’eux par ceux qui tendent vers le haut, pour la bonne raison que tu es toujours plus élevé et plus haut que le peuvent ceux qui montent".

Comprenons-le, c’est ce que déclare l’Apôtre parlant de la nature des biens indicibles : "Nul œil ne l’a vu", même s’il le verra sans cesse, car il ne le verra pas tel qu’il est, mais autant que son œil le pourra. Et "L’oreille ne l’a pas entendu", mais elle l’entendra autant qu’il se laissera entendre, même si toujours l’homme prête l’oreille à sa parole. Et "Il n’est pas monté au cœur de l’homme", même si toujours l’homme au cœur pur le verra autant qu’il le pourra. Car Celui qui est saisi est toujours plus grand que ceux qui le saisissent ; ce qu’on recherche en lui n’a pas de bornes. L’au-delà que l’on vient de découvrir devient pour ceux qui montent un point de départ pour découvrir des biens plus élevés. Ainsi jamais ne s’arrête celui qui monte : passant d’un commencement à un autre commencement, jamais n’est parfait en soi le commencement de biens toujours meilleurs. Jamais, en effet, le désir de celui qui monte ne s’arrête à ce qu’il connaît déjà ; mais s’élevant de façon continue d’un désir à un autre plus grand, puis à un autre encore plus grand, l’âme poursuit toujours sa route par des biens plus élevés, vers l’infini.

      Homélie sur le Cantique, 28 ; PG 44, 940-941

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