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Téléchargement
des lectures de vigiles
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du 24 janvier au 20 février
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Word 95
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RTF
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LE
CHOIX DES LECTURES DE FRÈRE LUC DU
27 DÉCEMBRE 2009 AU 23 JANVIER 2010
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Jeudi 31 décembre - 7ème jour de l'octave de Noël
Jean Chrysostome : Le paradis retrouvé
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Vendredi 1er janvier - Sainte Marie, Mère de Dieu
Théodore d'Ancyre : Merveille étonnante
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Dimanche 3 janvier - Epiphanie
Guerric d'Igny : Lève-toi, resplendis !
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Dimanche 10 janvier - Bâptême du Seigneur
Chromace d'Aquilée :
Un grand mystère
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Mercredi 13 janvier
Aelred de Riélvaux : Au paradis
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Jeudi 14 janvier
Aelred de Riélvaux : Le bon pasteur
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LE
PARADIS RETROUVÉ
Venez,
faisons la fête, venez, célébrons cette solennité ! Car cette fête est
étonnante, puisque ce mode de naissance est extraordinaire. Aujourd'hui
l'ancien lien est délié, le diable est rempli de confusion, les démons
s'enfuient, la mort est détruite et le Paradis ouvert à nouveau !
Un
mode de vie céleste est planté sur la terre : les anges communiquent avec les
hommes ; les hommes parlent sans crainte avec les anges. Pourquoi en est-il
ainsi ? Parce que Dieu vient sur terre et l'homme vient dans le ciel : tout
communique ! Dieu vient sur terre, alors qu'il est tout entier dans le ciel.
Tout entier dans le ciel, il est tout entier sur terre. Alors qu'il était Dieu,
il s'est fait homme sans renoncer à être Dieu. Verbe incapable de souffrir, il
s'est fait chair. Pour habiter parmi nous, il s'est fait chair : il ne s'est
pas fait Dieu, car il l'était. Mais il s'est fait chair et c'est pourquoi une
crèche reçoit aujourd'hui celui que le ciel ne peut contenir. Voilà pourquoi il
est nourri par la Vierge-Mère de l'aliment des tout-petits, celui de qui tous
reçoivent leur nourriture
Que
dire ? Comment parler ? Je vois un ouvrier, une mangeoire et un enfant ;
j'aperçois des langes, une vierge qui
enfante, privée de tout le nécessaire, je vois toutes les marques de
l'indigence, tout le fardeau de la pauvreté. Vois-tu des richesses dans une
telle pénurie ? Comment celui qui était riche, s'est-il fait pauvre pour nous ?
Comment se fait-il qu'il n'aie ni berceau ni couvertures, mais qu'on l'aie jeté
dans une dure mangeoire de bête ? Ô pauvreté, source de richesse ! Ô richesses
immenses sous l'apparence de la pauvreté ! Celui qui gît dans une mangeoire,
ébranle l'univers ! Serré dans ses langes, il brise les chaînes du péché. Il ne
peut pas encore élever la voix, et il instruit les mages, les faisant changer
d'itinéraire !
Que
dire ? Comment parler ? Voici un bébé enveloppé de langes, couché dans une
mangeoire. Voici près de lui Marie, vierge et mère. Il y a encore Joseph qu'on
appelle son père. Celui-ci est dit l'époux, et celle-ci sa femme. Comprends
avec moi ce qu'il y a sous les mots et non pas sous les faits. Joseph est
seulement fiancé à Marie, et le Saint-Esprit a couvert celle-ci de son ombre.
C'est pourquoi, dans le doute, Joseph ne savait pas comment appeler le bébé.
C'est pourquoi une annonce lui fut apportée par un ange : "Ne crains pas,
Joseph, l'enfant qui est engendré en elle vient de Esprit-Saint". Car
c'est l'Esprit-Saint qui a couvert la Vierge de son ombre.
Pourquoi
le Sauveur est-il né d'une vierge et a-t-il sauvegardé sa virginité? Parce que
jadis le démon trompa la vierge Ève ; aussi Gabriel apporta-t-il l'heureuse
nouvelle à Marie qui était vierge. Mais tandis qu'Ève, séduite, enfanta une
parole qui fut cause de mort, Marie ayant reçu la joyeuse nouvelle, enfanta
dans sa chair le Verbe incarné qui nous procura la vie éternelle. La parole
d'Ève montra le bois par qui Adam fut chassé du Paradis. La Parole de la Vierge montre le bois de la Croix, par qui le larron,
figure d'Adam, rentra dans le Paradis.
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MERVEILLE ÉTONNANTE
!
Splendide et étonnant
sujet de cette fête ! Splendide, car il est source de salut pour tous les
hommes ; étonnant : voici vaincue la loi
de la nature. Car la nature ne laisse pas vierge une fille qui vient d'enfanter
; mais ici, la grâce nous montre une mère qu'elle a gardée vierge ; elle rend
mère une jeune fille sans blesser sa virginité. La grâce, en effet, se fait
servante de la chasteté !
Ô terre non semée qui
porte un fruit qui procure le salut ! Ô Vierge qui surpasse même le Paradis
planté en Eden ! Car celui-ci produisit sans semence toutes sortes de pousses,
plantes sorties d'une terre vierge. Or la Vierge est meilleure que cette terre-là:
ce n’est pas des arbres fruitiers qu’elle produit, mais la branche sortie de
Jessé, le fruit qui apporte aux hommes le salut. Cette terre-là était vierge,
celle-ci ne l'est pas moins. Là, Dieu donnait aux arbres l'ordre de pousser,
tandis qu'ici, le Créateur de la vierge se fait lui-même bourgeon de chair.
Oui, la Vierge devient un Paradis encore plus glorieux que l'autre. Celui-là
était cultivé par Dieu ; en celui-ci, voilà Dieu qui est cultivé dans la chair,
quand il veut s'unir à la nature de l'homme !
Vois-tu comme se
réalise ici un étonnant mystère qui surpasse la loi de la nature ? Vois-tu
cette chose supérieure à la nature, fruit de la seule puissance de Dieu ?
Vois-tu le Verbe naître d'une manière qui dépasse la raison ? Celle qui enfante
la chair d'un bébé tout nu, ne cesse pas d'être vierge ; mais celui qui est né
dans cette chair est le Verbe de Dieu, aussi garde-t-il à sa mère sa virginité,
montrant par là qu'il est le Verbe.
Voici donc que naît le
Fils Unique de Dieu, qu'on appelle Verbe. Ce n'est pas qu'il reçoit un
commencement par cette naissance en tant que Verbe, mais pour devenir un homme,
il prend un commencement dans cet enfantement. Car Dieu le Verbe, coéternel au
Père, était avant les siècles ; mais puisqu’il a voulu devenir homme pour nous,
les hommes, il a fait choix de l'enfantement pour entrer dans une existence
humaine, non en changeant sa nature divine, mais par un miracle et par la
volonté de Dieu. Voilà pourquoi, en tant qu'homme, il est né ; en tant que Dieu
Verbe, il a gardé à sa mère sa virginité. Lorsque notre parole est engendrée,
elle laisse intacte notre pensée : lors-que Dieu, le Verbe subsistant, choisit
d’être enfanté, il laisse intacte la virginité de sa Mère. Ce qui est fait est
au-dessus de la loi de la nature ; ne descend donc pas au niveau de la loi de
la nature. Je te le dis : c’est un miracle. Ne mets pas en remue-ménage tes
pensées ; je te le dis : si Dieu est né, c’est qu’il a voulu naître, et non pas
qu’il a reçu un commencement de divinité. Alors qu’il était Dieu, il s'est
construit son propre enfantement, et ce n'est pas cet enfantement qui l'a fait
Dieu. Il veut être ce qu'il n'était pas, tout en demeurant ce qu'il était ;
aussi a-t-il choisi la naissance comme début de son projet de salut. Pour se faire
homme, il n'a pas eu à changer sa nature, à restreindre les limites de sa
nature divine, car : “Tu es toujours le même et tes années ne changent pas”.
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LÈVE-TOI,
RESPLENDIS, JÉRUSALEM !
Aujourd’hui
un jour de lumière nous a illuminé, et la Lumière, née de la Lumière, l’a consacré. Car
en ce jour, alors qu’il était caché et inconnu, le Christ daigna se révéler au
monde pour illuminer toutes les nations. Aujourd'hui, en effet, il se révéla
aux Chaldéens au moyen d'un astre nouveau, lorsqu’en eux, les prémices, il
inaugura la foi des nations. Aujourd'hui, en effet, il se révéla aux Juifs, non
plus seulement sur le témoignage de Jean, mais sur celui du Père et de
l'Esprit-Saint, quand, par son baptême dans le Jourdain, il consacra le baptême
de tous. Aujourd'hui, il manifesta sa gloire devant ses disciples, lorsqu’en
changeant l'eau en vin, il préfigura le mystère ineffable où, sur sa parole, la
substance des choses est changée. Aussi, voyant d’avance que la foi de l'Église
serait illuminée par ces différentes manifestations de Dieu, l'Esprit-Saint
l'exhorte, sous la figure et le nom de Jérusalem. Il lui dit : “Lève-toi,
resplendis, Jérusalem, car elle est venue, ta lumière !”. Certes, elle était
venue ta lumière ; elle était dans le monde, et le monde fut fait par elle, et
le monde ne l'a pas connue. L'enfant était né, mais il n’était pas connu,
jusqu'à ce que ce jour de lumière commençât à le révéler.
Levez-vous, vous qui
êtes assis dans les ténèbres ! Dirigez-vous vers cette lumière : elle s'est
levée dans les ténèbres, mais les ténèbres n'ont pu la saisir ! Approchez-la,
et vous serez illuminés. Dans sa lumière, vous verrez la lumière, et l'on dira
de vous : “Jadis, vous étiez ténèbres, maintenant vous êtes lumière dans le
Seigneur”. Regardez : la lumière éternelle s'est accommodée à vos yeux, pour
que celui qui habite une lumière inaccessible puisse être saisi par vos yeux
faibles et chassieux. Découvrez la lumière dans une lampe de terre, le soleil
dans la nuée, Dieu dans un homme ; découvrez dans le petit vase d’argile de
votre corps, la splendeur de la gloire et l'éclat de la lumière éternelle !
Nous te rendons
grâces, Père des lumières, de nous avoir appelés des ténèbres à ton admirable
lumière. Nous te rendons grâces d'avoir, par ta parole, fait jaillir la lumière
des ténèbres, et de l'avoir fait briller dans nos coeurs pour nous éclairer de
la connaissance de la face du Christ Jésus. Oui, la vraie lumière, bien plus,
la vie éternelle, c'est de te connaître, toi le seul Dieu, et ton envoyé
Jésus-Christ. Nous te connaissons, certes, par la foi, et nous la tenons comme
un gage assuré que nous te connaîtrons un jour dans la vision. Mais d'ici là,
augmente en nous la foi. Conduis-nous de foi en foi, de clarté en clarté, sous
la motion de ton Esprit, pour que nous pénétrions plus avant chaque jour dans
les profondeurs de la lumière ! Que notre foi soit plus forte, notre science
plus riche, notre charité plus fervente et plus large, jusqu'à ce que la foi
nous conduise au face à face et que, semblable à l'étoile, elle nous guide vers
notre chef né à Bethléem.
Quelle joie, quelle
exultation pour la foi des mages, lorsqu'ils verront régner dans la Jérusalem d’en haut
celui qu'ils adorèrent quand il vagissait à Bethléem ! Ici, ils l'ont vu dans
un logis de pauvre ; là, nous le verrons dans le palais des anges. Ici, dans
les langes; là, dans les splendeurs des saints. Ici, sur le sein de sa Mère ;
là, sur le trône de son Père. Ô qu’elle fut d’un grand mérite, la foi des mages
bienheureux, pour être récompensée par une telle vision ! Sans nul doute
l’étoile issue de Jacob avait déjà jeté sa lumière dans leur cœur, cette étoile
du matin, cet astre sans couchant qui avait embrasé leur cœur en leur montrant
dans le ciel l’étoile annonciatrice de son lever matinal !
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UN GRAND MYSTÈRE
En ce jour, notre Seigneur etSauveur a été baptisé par Jean dans le Jourdain ; aussi n'est-ce pas une petite
solennité, mais une grande, disons même une très grande. Car lorsque notre
Seigneur daigna recevoir le baptême, c’est l'Esprit Saint qui vint sur lui sous
la forme d'une colombe, et l'on entendit la voix du Père qui disait :
"Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur".
Quel grand mystère dans ce baptême
céleste ! Des cieux, le Père se fait entendre, le Fils paraît sur la terre,
l'Esprit Saint se montre sous la forme d'une colombe. Il n'y a pas, en effet,
de vrai baptême là où n'est pas la vérité de la Trinité, et la rémission des
péchés ne peut se donner là où l'on ne croit pas à la Trinité parfaite. Le
baptême que donne l'Église est unique et le véritable ; il n'est donné qu'une
seule fois. Quelqu'un s'y plonge-t-il une seule fois, le voici pur et renouvelé
; pur parce qu'il est débarrassé de la souillure des péchés ; renouvelé parce
qu'il ressuscite à une vie nouvelle, après avoir perdu la vieillesse du péché.
Car ce bain du baptême rend l'homme plus blanc que neige, non dans la peau de
son corps, mais dans la splendeur de son esprit et la pureté de son âme.
Les cieux s'ouvrirent donc lors du
baptême du Seigneur, pour montrer que, par le bain de la nouvelle naissance, le
Royaume des cieux s'ouvrait aux croyants, selon cette sentence du Seigneur :
"Si l'on ne renaît de l'eau et de l'Esprit Saint, on n'entrera pas dans le
Royaume des cieux". Y entre donc celui qui renaît et qui ne néglige pas de
garder la grâce de son baptême ; mais à l’opposé, celui qui n'est pas rené n'y
entre pas.
Notre Seigneur étant venu donner
un nouveau baptême pour le salut du genre humain et la rémission de tous les
péchés, a daigné d'abord recevoir lui-même le baptême, non pour se débarrasser
de ses péchés, lui qui n'en avait pas commis, mais pour sanctifier les eaux du
baptême. Il effacait ainsi les péchés de tous les croyants. Il a été baptisé
dans les eaux pour que nous soyons lavés de tous nos péchés par le baptême. Il
a été plongé dans l'eau pour que nous soyons purifiés des souillures de nos
fautes. Il a reçu le bain de la régénération pour que nous puissions renaître
de l'eau et de l'Esprit.
La grâce du baptême de Jésus fut
jadis mystiquement préfigurée, lorsque le peuple élu fut introduit dans la
terre promise, en passant par le Jourdain. Autrefois, devant le peuple élu qui
suivait le Seigneur, une voie fut ouverte pour l'introduire au pays de
la promesse ; aujourd’hui, pour la première fois, un chemin est ouvert, à
travers les eaux de ce même fleuve, pour nous conduire dans cette bienheureuse
terre promise, en ce Royaume céleste qui nous fut promis. Jésus, fils de Navé,
c'est-à-dire Josué, fut le guide du peuple élu à travers le
Jourdain ; dans son baptême, Jésus, le Christ Seigneur, nous guide vers le
salut éternel, lui, le Fils unique de Dieu, qui est béni aux siècles des
siècles.
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AU PARADIS
Frères bien-aimés, onnous met devant les yeux deux femmes : Eve et Marie. L'une est forte, l'autre
est faible ; celle-là malheureuse, celle-ci bienheureuse ; orgueilleuse est
celle-là, humble celle-ci. Et ici, qui trouvera une femme forte ? Qui trouvera
une imitatrice de Marie et non d'Eve ? Voici le Paradis, voici l'arbre de la
science du bien et du mal, voici le serpent prêt à séduire, voici Dieu prêt à
punir.
C'est un Paradis
terrestre, le repos du cloître. Et pour dire vrai, ce Paradis me semble plus
beau que celui Où fut placé Adam, et pas moins beau. Dans ce Paradis les
frères, pris un à un, comme autant d'arbres fruitiers, portent les riches
fruits des diverses vertus : l'un s'abaisse davantage dans l'humilité, celui-ci
rayonne d'une plus belle charité, on trouve celui-là plus fort dans la
patience, tel autre d'une chasteté plus délicate ; en voici un plus ardent au
travail manuel, celui-là plus pacifié dans le silence et le repos, celui-ci
plus rempli de componction et favorisé
du don des larmes, tandis que celui-là reçoit plus de lumières dans la lecture
et la méditation. Aussi, je le crois, ce Paradis est bien préférable à celui
dont fut chassé le premier homme, tant pour sa fertilité que pour sa beauté
spirituelle.
Mais dans tout Paradis
terrestre, il y a un arbre de la science du bien et du mal, pour que par lui
Adam soit tenté, et que mis à l'épreuve par la tentation, il reçoive la
couronne de vie promise par Dieu à ceux qu'il aime. L'arbre de la science du
bien et du mal, c'est l'occasion de pécher qui ne fera défaut à nul cloître en
cette vie. De tout fruit du Paradis,
Adam, tu mangeras, mais ne touche pas à l'arbre de la connaissance du bien et
du mal ! Voici tant de frères qui portent de bons fruits, de doux fruits, des
fruits utiles ; mais forcément apparaîtra parfois chez l'un ou l'autre un fruit
inutile, une occasion de péché. "De tous les fruits du Paradis, Adam, tu
mangeras, mais ne mange pas du fruit de la connaissance du bien et du mal
!"
Oui, frères, voici le
Paradis, voici l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Le serpent ne dort
ni ne sommeille : il nous poursuit sans cesse pour que nous touchions à ce qui
est défendu, évitions ce qui est permis. La femme forte, qui la trouvera donc ?
Où est cette âme aimante autant que forte, qui imitera non pas Eve, mais Marie,
cette âme que le serpent ne séduit pas, que la curiosité ne dévoie pas, que la
vanité n'enfle pas et que la volupté ne relâche pas ? Chaque fois qu'il est
suggéré à un moine de regarder quelqu'un qui vit dans la tiédeur, pour se
tourner lui-même vers la torpeur et la froideur ; chaque fois que, voyant un
frère en proie à l'acédie, lui-même papillonne de ci, de‑là à son exemple ;
chaque fois qu'il lui est suggéré de prêter une oreille complaisante à une
médisance, de partager un murmure, de laisser tomber ou d'entretenir un signe
ou une parole inutile, c'est le serpent qui parle : "Goûtez et vous serez
comme des dieux". Si le moine est Eve, il goûte ; s'il est Marie, il
n'écoute pas.
Prions donc la Vierge et Mère de Dieu,
frères bien-aimés, prions la femme forte et bénie entre toutes les femmes, de
nous aider par ses saintes prières à concevoir par la foi, à désirer par
l'espérance, à embrasser par un amour incessant notre Seigneur Jésus-Christ
lui-même, qui vit et règne avec le Père et l'Esprit dans tous les siècles des
siècles. Amen.
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LE BON PASTEUR
Mon incapacité vous estsuffisamment connue et mon degré d'intelligence, quel qu'il soit, ne vous est
point caché. Aussi, je ne veux pas m'excuser, mais, à dire vrai, faire ce sermon
m'est fort pénible, car mon âme bâille de lassitude. Je sens bien que le
Seigneur n'a pas donné à ma voix la puissance de la sienne et, comme dit le
prophète, je suis devenu comme celui qui, à la moisson, ne récolte que de la
paille. Où donc est-elle, en effet, la puissance de ma parole, pourquoi
parlerai-je, moi ? Parle plutôt, toi, Seigneur Jésus, toi dont la voix a une
telle puissance qu'elle fracasse et brise les cèdres du Liban.
“Moi, dit-il, je suis le bon
pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis”. Ô pasteurs, écoutez le
bon pasteur. Le Seigneur dit : “J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de
cet enclos; celles-là aussi, je dois les amener, et il n'y aura qu'un seul
troupeau, un seul pasteur” Ce bon pasteur ne forme donc avec tous les bons
pasteurs, qu'un seul pasteur. Si donc il est la Tête et vous les membres,
suivez les traces de Celui qui a dit : “Le bon pasteur donne sa vie pour ses
brebis”.
Voilà le miroir. Examine
attentivement, je t'en prie, et perçois dans ce miroir le visage de ta vie. Si
tu donnes ta vie pour tes brebis, tu es un bon pasteur . Si tu fais paître le
troupeau pour un salaire, ne t'occupant pas ou guère de chaque brebis, tu es un
mercenaire; voilà pourquoi, quand tu vois arriver le loup, tu abandonnes les brebis
et tu prends la fuite. Par ailleurs, si tu n'es pas entré par la porte, mais
que tu as escaladé par une autre voie, tu es un voleur et un pillard ; c'est
pour cela que tu voles, que tu égorges, que tu détruis. Le pasteur aime, le
mercenaire convoite, le voleur déteste. Le pasteur cherche les intérêts de
Jésus Christ; le mercenaire les siens et le voleur va même jusqu'à rechercher
les biens d'autrui.
Le Christ ne tient certainement
pas pour pasteur celui qui n'a pas appris à aimer. De fait, il n'est pas de
plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Les amis, ce sont les
brebis. Or, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Cet amour, il l'a
réclamé de celui à qui, en premier, il a confié ses brebis pour les faire
paître. “Pierre, m'aimes-tu ?” lui dit-il. Et Pierre dé répondre : “Je t'aime,
Seigneur”. Alors le Seigneur lui dit : “Pais mes brebis”. Et il répéta la même
chose par trois fois. Alors le Seigneur lui dit : “Je sais que tu m'aimes;
c'est pourquoi, tel un bon pasteur, tu donneras ta vie pour tes brebis.” Et il
ajouta : “Quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où
tu voulais ; quand tu seras devenu vieux, un autre te ceindra et te mènera où
tu ne voudrais pas”. Et l'évangéliste ajoute : “Il indiquait par là le genre de
mort par lequel il glorifierait Dieu”, à savoir en donnant sa vie pour ses
brebis. Mais pourquoi a-t-il demandé à trois reprises : “M'aimes-tu ?” Voyez,
frères et pères, l'amour du pasteur doit, me semble-t-il, posséder une triple
vertu. Il est en effet nécessaire qu'il soit avisé, qu'il soit tendre, qu'il
soit fort. Avisé, afin de ne pas se laisser tromper ; tendre, afin de ne pas se
laisser séduire ; fort, afin de ne pas se laisser abattre. Avisé, en ayant
recours au discernement ; tendre, en faisant preuve de compassion ; fort, en
s'appuyant sur la longanimité. Il faut assurément que le pasteur évite les maux
de ses subordonnés et qu'il les retranche prudemment, il faut qu'il porte leurs
faiblesses avec compassion, qu'il supporte leurs dérèglements avec magnanimité.
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