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du 8 août au 4 septembre

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CHOIX DES LECTURES DE FRÈRE LUC  POUR LA PÉRIODE DU 11 JUILLET AU 4 SEPTEMBRE 2010


Dimanche 1er août

Athanase : La pitié du Verbe

Mercredi 4 août

Jean XXIII : Prier sans cesse

Lundi 9 août - Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix

Edith Stein : Le chemin du Christ

Dimanche 15 août - Assomption

Jean Damascène : Lève toi ma toute belle

Jeudi 19 août - Bx Guerric

Guerric d'Igny : Avec lui dans le jardin

Vendredi 20 août

Benoît XVI : Bernard un amoureux de Jésus et de Marie

 

LA PITIÉ DU VERBE

Le Verbe de Dieu, incorporel, incorruptible et immortel vient parmi nous. Certes, il n'en était pas loin auparavant, car aucune partie de sa création n'est vide de lui : il remplit tout, en tout lieu, puisqu'il est uni à son Père. Mais il vient, dans sa condescendance, nous manifester son amour pour les hommes. Voyant que tous étaient voués à la mort, il a eu pitié de notre race, il a pris en compassion notre faiblesse, s'est ému de notre déchéance et ne put supporter que la mort domine sur nous.

Il ramène donc à l'incorruptibilité les hommes qui étaient retournés à la corruption et il les rappelle de la mort à la vie. En s'appropriant un corps, et par la grâce de la résurrection, il fait disparaître chez eux la mort comme la paille dans le feu. Le Verbe, étant Fils du Père immortel, ne pouvait mourir. Aussi prend-il pour lui un corps mortel afin que, uni au Verbe qui est au-dessus de tout, ce corps puisse mourir pour tous ; afin aussi que, par cette habitation du Verbe en lui, ce corps demeure incorruptible et désormais fasse cesser en tous la corruption par la grâce de la résurrection.

Ainsi, victime tout immaculée d'un sacrifice, il livre à la mort ce corps qu'il s'est uni, et il fait disparaître aussitôt la mort chez tous ses semblables par l'oblation où il se substitue à eux. C'est avec raison que le Verbe de Dieu, qui est supérieur à tous, offre son temple et l'instrument de son corps en rançon pour tous. Il paie ainsi en sa mort ce qui était dû à la mort. Et le Fils incorruptible de Dieu, uni à tous les hommes par un corps semblable au leur, peut à bon droit les revêtir d'incorruptibilité et leur promettre la résurrection. Ainsi donc la corruption de la mort n'a plus de pouvoir sur les hommes à cause du Verbe qui habite parmi eux en un corps semblable au leur.

Lorsqu'un grand roi entre dans une grande ville, et qu'il loge dans une de ses maisons, cette ville s'estime extrêmement honorée. Désormais, ennemis ou brigands ne marcheront plus sur elle pour la saccager et on la juge digne de tous les soins, à cause du roi qui habite une seule de ses maisons. Ainsi en est-il du Roi de l'univers : quand il est venu en notre terre et qu'il a habité un corps semblable au nôtre, toute entreprise des ennemis contre les hommes a cessé. La mort qui sévissait contre eux depuis longtemps a disparu.Pour que sa créature ne périsse pas et que l'œuvre accomplie par son Père en créant les hommes ne soit inutile, il prend lui-même un corps, un corps qui n'est pas différent du nôtre. Car il aurait pu se rendre visible dans un être plus puissant qu'un homme. Mais il prend notre corps. D'une vierge sans faute ni souillure, qui ne connaît pas d'homme, il prend un corps pur et vraiment étranger à toute union humaine. Démiurge tout-puissant de l'univers, en cette Vierge il se construit à lui-même ce corps comme un temple et se l'approprie comme un instrument pour habiter en lui et se faire connaître. Il prend ainsi de chez nous une nature semblable à la nôtre ; et puisque nous sommes soumis à la corruption et à la mort, il livre ce corps à la mort et l'offre au Père, en raison de son amour pour les hommes. Ainsi, puisque tous meurent en lui, la loi qui soumet les hommes à la corruption se trouve abrogée, après avoir exercé tout son pouvoir sur le corps du Seigneur et n'ayant plus dès lors à sévir sur hommes, ses semblables.

    Traité sur l'Incarnation du Verbe, 8 9 : PG 25, 109 112

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PRIER SANS CESSE

Aux prêtres de ce siècle, volontiers sensibles à l'efficacité de l'action et facilement tentés même par un dangereux activisme, combien salutaire est ce modèle de prière assidue dans une vie entièrement livrée aux besoins des âmes que fut le Curé d'Ars ! "Ce qui nous empêche d'être saints, nous autres prêtres, disait-il, c'est le manque de réflexion. On ne rentre pas en soi-même ; on ne sait pas ce qu'on fait. C'est la réflexion, l'oraison, l'union à Dieu qu'il nous faut". Au témoignage de ses contemporains, lui-même demeurait dans un état de continuelle oraison, dont ni le poids harassant des confessions ni ses autres charges pastorales ne le distrayaient. "Il conservait une union constante avec Dieu au milieu de sa vie excessivement occupée".

Nous voudrions que tous les prêtres se laissent convaincre par le témoignage du saint Curé d'Ars, de la nécessité d'être des hommes d'oraison et de la possibilité de l'être, quelle que soit la surcharge parfois extrême des travaux de leur ministère. Mais il y faut une foi vive, comme celle qui animait Jean-Marie Vianney et lui faisait accomplir des merveilles. "Quelle foi !, s'exclamait un de ses confrères, il y aurait de quoi enrichir tout un diocèse !".

Avec saint Pie X, considérons donc comme certain et bien établi que le prêtre pour tenir dignement sa place et remplir son devoir, doit se consacrer avant tout à la prière. Plus que tout autre, il doit obéir au précepte du Christ : "Il faut toujours prier" ; précepte que saint Paul recommande avec instance : "Persévérez dans la prière, avec vigilance et dans l'action de grâces. Priez sans cesse".

La prière du Curé d'Ars, qui passa pour ainsi dire les trente dernières années de sa vie dans son église où le retenaient ses innombrables pénitents, était surtout une prière eucharistique. Sa dévotion envers Notre Seigneur dans le Très Saint Sacrement de l'autel était vraiment extraordinaire. "Il est là, disait-il, celui qui nous aime tant ; pourquoi ne l'aimerions-nous pas ?" Et certes il l'aimait et se sentait comme irrésistiblement attiré vers le tabernacle : "On n'a pas besoin de tant parler pour bien prier, expliquait-il à ses paroissiens. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint tabernacle ; on lui ouvre son cœur ; on se complaît en sa sainte présence. C'est la meilleure prière, celle là".Écoutons-le encore. Il est intarissable quand il parle des joies et des bienfaits de la prière. "L'homme est un pauvre qui a besoin de tout demander à Dieu". "Que d'âmes nous pouvons convertir par nos prières !". Et il répétait : "La prière, voilà tout le bonheur de l'homme sur la terre". Ce bonheur, il l'a longuement goûté lui-même, tandis que son regard éclairé par la foi contemplait les mystères divins et que, par l'adoration du Verbe incarné, il élevait son âme simple et pure vers la Trinité Sainte, objet suprême de son amour. Et les pèlerins qui se pressaient dans l'église d'Ars comprenaient que l'humble prêtre leur livrait quelque chose du secret de sa vie intérieure par cette exclamation fréquente, qui lui était chère : "Être aimé de Dieu, être uni à Dieu, vivre en la présence de Dieu : oh ! belle vie et belle mort !".

    Encyclique pour le Centenaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney

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LE CHEMIN DU CHRIST

La louange de Dieu, solennelle, doit avoir sur terre ses foyers où elle soit développée jusqu’à la plus haute perfection accessible aux hommes. De là, elle peut s’élever vers le ciel pour toute l’Église et agir sur les membres de l’Église : éveiller la vie intérieure et la stimuler à poursuivre une harmonie extérieure. Mais elle doit être vivifiée de l’intérieur en disposant aussi en ces lieux, d’un espace où s’approfondir dans le silence. Autrement, elle perdrait sa nature propre et ne serait qu’une louange du bout des lèvres, rigide et sans vie. Une protection contre ce danger lui est offerte par les foyers de prière intérieure où les âmes se tiennent devant la face de Dieu dans la solitude et le silence, pour être dans l’Église l’amour qui vivifie tout.

Et le chemin qui conduit à la vie intérieure et aux chœurs des esprits bienheureux chantant l’éternel Sanctus, c’est le Christ. Son sang est le rideau du Temple à travers lequel nous pénétrons dans le saint des saints de la vie divine. Il nous purifie du péché dans le baptême et le sacrement de pénitence, il ouvre nos yeux à la lumière éternelle, il ouvre nos oreilles pour percevoir la Parole divine, il ouvre nos lèvres pour entonner le chant de louange, pour présenter la prière de réconciliation, de demande, d’action de grâce. Et toutes ces prières ne sont que des formes différentes de la seule adoration, c’est-à-dire de l’hommage de la créature à Celui qui est la toute-puissance et la toute-bonté.

Dans le sacrement de confirmation, il nous marque et nous fortifie comme soldat du Christ, pour confesser son Nom librement et résolument. Mais c’est par-dessus tout le sacrement où le Christ est présent en personne, qui fait de nous les membres de son corps. En participant au sacrifice et au repas sacré, en étant nourris de la chair et du sang de Jésus, nous devenons nous-mêmes sa chair et son sang.

Et c’est seulement lorsque nous sommes membres de son corps, et dans la mesure où nous le sommes en vérité, que son Esprit peut nous vivifier et régner en nous : "C’est l’Esprit qui vivifie" ; car c’est l’Esprit qui donne vie aux membres ; mais l’Esprit ne donne vie qu’aux membres qu’il trouve déjà présents dans le corps qu’il vivifie. Aussi le chrétien ne doit-il rien craindre autant que d’être séparé du corps du Christ. Car, s’il est séparé du corps du Christ, alors il n’en est plus membre : et s’il n’en est plus membre, il n’est plus vivifié par son Esprit.

Mais nous devenons membres du corps du Christ non seulement par l’amour, mais aussi très réellement en étant un avec sa chair. Cela s’est réalisé par la nourriture qu’il nous a offerte pour nous prouver le désir qu’il a de nous. C’est pourquoi il s’est lui-même abaissé jusqu’à venir en nous et c’est pourquoi il a façonné en nous son propre corps, afin que nous soyons un, comme le corps est uni à la tête.

En tant que membres de son corps, animés par son Esprit, nous nous offrons nous-mêmes en sacrifice, "par lui, avec lui et en lui", et nous unissons nos voix à l’éternelle action de grâce. C’est pourquoi l’Église met sur nos lèvres après la communion cette prière : "Comblés d’un si grand bien, nous te supplions, Seigneur fais que nous en retirions des fruits pour notre salut et que jamais nous ne cessions de chanter ta louange".

      Source cachée, p 73-74

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LÈVE-TOI, MA TOUTE BELLE !

Jadis, le Seigneur Dieu rejeta du Paradis d’Éden les ancêtres de la race mortelle : gorgés du vin de la désobéissance, l’œil de leur cœur endormi par l’ivresse de la transgression, le regard de leur intelligence alourdi par l’ébriété due à leur faute, ils s’endormirent d’un sommeil mortel.

Mais aujourd’hui, le Paradis ne recevra-t-il pas celle qui a stoppé tout élan vers les vices, celle qui a présenté à notre Dieu et Père, le germe de l’obéissance, celle qui a redonné vie à toute la race humaine ? Les portes du ciel ne lui seront-elles pas ouvertes ? Elle qui fut unie à Dieu de tout son être, comment la mort pourrait-elle l’engloutir, l’Hadès se refermer sur elle ? Comment la corruption se saisirait-elle du corps de celle qui accueillit la vie ? Car si le Christ qui est Vérité et Vie, a dit : "Là où je suis, là aussi sera mon serviteur", à bien plus forte raison, comment sa mère n’habiterait-elle pas avec lui ? La mort des saints est précieuse aux yeux du Seigneur ; plus précieuse encore la Pâque de sa mère !

À présent, Adam et Ève, les ancêtres de notre race, de leurs lèvres joyeuses s’écrient à pleine voix : "Heureuse es-tu, ô notre fille, toi qui nous as délivrés de la peine méritée par notre faute ! Tu as hérité de nous un corps mortel, tu nous as apporté dans ton sein, un vêtement d’immortalité ! De notre flanc, tu as reçu l’être ; tu nous as donné en retour le "bien-être" ! Tu nous as délivrés des douleurs, tu as déchiré les langes de la mort, et tu as remis en état notre ancienne demeure. Nous avions fermé le Paradis, toi, tu as ouvert à nouveau l’accès de l’arbre de vie. Par notre faute, les biens étaient devenus des peines ; par toi, de ces peines sont sortis pour nous de plus grands biens.

Comment goûterais-tu la mort, toi qui es sans souillure ? Pour toi, elle sera un pont vers la vie, une échelle vers le ciel, une barque pour l’immortalité. Heureuse es-tu vraiment, toi la toute bienheureuse ! Assurément le Roi est venu vers la demeure de celle qui l’avait enfanté, pour recevoir de ses mains divines et très pures, sa sainte âme virginale et sans tache. Et celle-ci, à ce qu’il semble, lui a dit : "Dans tes mains, mon cher Fils, je remets mon esprit. Reçois mon âme qui t’est chère et que tu as préservée de toute faute. C’est à toi, et non à la terre, que je remets mon corps. Garde-le sain et sauf ce corps que tu as bien voulu habiter, et qu’en naissant, tu as voulu conserver vierge. Emporte-moi auprès de toi, pour que là où tu es, toi, le fruit de mon sein, je sois aussi pour partager ta demeure. Je me hâte de retourner à toi qui descendis vers moi en supprimant toute distance.

Après ces mots, elle entendit à son tour : "Viens, ma mère bénie, entre dans mon repos. Lève-toi, viens, ma toute proche, belle entre les femmes, car voici l’hiver passé. Belle est ma toute proche, il n’y a pas de défaut en toi. L’odeur de tes parfums surpasse tous les aromates". Ayant entendu ces mots, la sainte remit son esprit entre les mains de son Fils.

      Homélie 2 pour la Dormition, 3, 8-10. P. G. 96, 728.

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AVEC LUI DANS LE JARDIN.

Toi qui habites dans les jardins, nos amis prêtent l'oreille, fais-nous entendre ta voix". Si je ne me trompe, c'est vous ces habitants des jardins dont parle ici l'Épouse du Cantique, vous qui méditez nuit et jour la loi du Seigneur. Tous ces livres que vous lisez sont autant de jardins où vous vous promenez ; les pensées que vous y recueillez en sont les fruits. Bienheureux ceux à qui sont destinés tous ces fruits, anciens ou nouveaux ! Des paroles des prophètes, des évangélistes, des apôtres nous sont servies, de sorte qu'on pourrait croire adressée à chacun de nous cette parole de l'Épouse à l'Époux : "J'ai gardé pour toi tous les fruits, anciens ou nouveaux, ô mon Bien-Aimé !".

Scrutez donc les Écritures. Vous pensez, non sans raison, trouver la vie en elles, vous qui ne cherchez rien d'autre que le Christ à qui les Écritures rendent témoignage. Il est bon de fouiller celles-ci, non seulement pour en faire jaillir le sens mystique, mais aussi pour en sucer le sens moral. Vous donc qui vous promenez dans les jardins des Écritures, ne folâtrez pas de l'une à l'autre, légers et musards, mais scrutez-les une à une. Et comme une abeille diligente butine le miel sur les fleurs, recueillez l'Esprit caché au fond de ces paroles ; car, dit Jésus : "Mon Esprit est plus doux que le miel, et mon héritage plus suave que le miel et son rayon". En savourant ainsi le goût de cette manne cachée, vous pourrez vous écrier avec David : "Que tes paroles sont douces à mon palais, plus que le miel et son rayon ! "

De ces jardins, l'Époux va nous conduire, si je ne m'abuse, en d'autres où règne une paix plus profonde, où l'on goûte une joie plus intense, où la vue s'étend plus loin. Vous vous étiez appliqués à le chanter par des hymnes traduisant votre allégresse et votre reconnaissance ; il va maintenant vous emporter vers le tabernacle admirable, jusqu'à la maison de Dieu, dans cette lumière inaccessible où il habite, où il fait paître, où il repose en plein midi. Car si votre empressement à le chanter ou à le prier est teinté de ce saint désir qui s'informait : "Maître, où habites-tu ? ", vous mériterez d'entendre cette réponse : "Venez et voyez". "Ils vinrent, continue le texte, ils vinrent et demeurèrent près de lui ce jour-là".

Nous jouirons de cet heureux jour, sans connaître la nuit, tant que nous demeurerons près du Père des lumières, chez qui ne se laisse entrevoir ni changement, ni ombre de succession. Mais si nous chutons de ce haut lieu, nous retombons dans notre nuit. Hélas ! Que mes jours sont de peu de durée ! Que je suis vite desséché ! Me voilà comme du foin, moi qui verdoyais et fleurissais comme le Paradis de Dieu quand j'étais avec lui dans le jardin ! Avec lui, je suis un paradis de délices, mais sans lui un lieu d'horreur, une solitude désertique !

À mon avis, celui qui pénètre dans ce jardin doit devenir, lui aussi, un jardin. Son âme devra fleurir comme un jardin bien irrigué, et l'Époux pourra faire de lui cet éloge : "Ma sœur, mon épouse est un jardin fermé". Ne sont-ils pas un jardin, ceux en qui se réalise ce que dit le Jardinier lui-même à la plantation que son Père a plantée : "Écoutez-moi, fruits divins et fructifiez comme la rose plantée au bord des eaux. Fleurissez comme le lys, donnez votre parfum et couvrez-vous d'un feuillage plein de charme".

      Sermon sur la psalmodie, N° 2 et 3.

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BERNARD, UN AMOUREUX DE JESUS ET DE MARIE

Le saint Abbé décrit en termes passionnés l'intime participation de Marie au sacrifice rédempteur du Fils. « O sainte Mère, - s'exclame-t-il - vraiment, une épée a transpercé ton âme !... La violence de la douleur a transpercé à tel point ton âme que nous pouvons t'appeler à juste titre plus que martyr, car en toi, la participation à la passion du Fils dépassa de loin dans l'intensité les souffrances physiques du martyre » Bernard n'a aucun doute à travers Marie, nous sommes conduits à Jésus. Il atteste avec clarté l'obéissance de Marie à Jésus, selon les fondements de la mariologie traditionnelle. Mais le corps du Sermon documente également la place privilégiée de la Vierge dans l'économie de salut, à la suite de la participation très particulière de la Mère au sacrifice du Fils. Ce n'est pas par hasard qu'un siècle et demi après la mort de Bernard, Dante Alighieri, dans le dernier cantique de la Divine Comédie, placera sur les lèvres du « Doctor mellifluus » la sublime prière à Marie : « Vierge Mère, fille de ton Fils, / humble et élevée plus que tout autre créature / terme fixe d'éternel conseil,... » (Paradis 33).

Ces réflexions, caractéristiques d'un amoureux de Jésus et de Marie comme saint Bernard, interpellent aujourd'hui encore de façon salutaire non seulement les théologiens, mais tous les croyants. On prétend parfois résoudre les questions fondamentales sur Dieu, sur l'homme et sur le monde à travers les seules forces de la raison. Saint Bernard, au contraire, solidement ancré dans la Bible, et dans les Pères de l'Eglise, nous rappelle que sans une profonde foi en Dieu alimentée par la prière et par la contemplation, par un rapport intime avec le Seigneur, nos réflexions sur les mystères divins risquent de devenir un vain exercice intellectuel, et perdent leur crédibilité. La théologie renvoie à la « science des saints », à leur intuition des mystères du Dieu vivant, à leur sagesse, don de l'Esprit Saint, qui deviennent un point de référence de la pensée théologique. Avec Bernard de Clairvaux, nous aussi nous devons reconnaître que l'homme cherche mieux et trouve plus facilement Dieu « avec la prière qu'avec la discussion ». A la fin, la figure la plus authentique du théologien et de toute évangélisation demeure celle de l'apôtre Jean, qui a appuyé sa tête sur le cœur du Maître.

Je voudrais conclure ces réflexions sur saint Bernard par les invocations à Marie, que nous lisons dans une belle homélie. « Dans les dangers, les difficultés, les incertitudes - dit-il - pense à Marie, invoque Marie. Qu'elle ne se détache jamais de tes lèvres, qu'elle ne se détache jamais de ton cœur ; et afin que tu puisses obtenir l'aide de sa prière, n'oublie jamais l'exemple de sa vie. Si tu la suis, tu ne te tromperas pas de chemin ; si tu la pries, tu ne désespéreras pas ; si tu penses à elle, tu ne peux pas te tromper. Si elle te soutient, tu ne tombes pas ; si elle te protège, tu n'as rien à craindre ; si elle te guide, tu ne te fatigues pas ; si elle t'est propice, tu arriveras à destination... »

      Audience générale du 21 octobre Audience générale du 21 octobre

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