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des lectures de vigiles
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du 18 mai au 14 juin 2008
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LE
CHOIX DES LECTURES DE FRÈRE LUC DU
11 MAI AU 14 JUIN
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Dimanche 11 mai - Pentecôte
Isaac de l'Etoile : Pourquoi la venue de l'esprit
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Dimanche 18 mai - Sainte Trinité
Grégoire de Nazianze : Mystérieuse Trinité
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Vendredi 23 mai
Jean Mouroux : La mort du chrétien
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Dimanche 25 mai - Le Saint Sacrement
Saint Augustin :
De très grands mystères
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Vendredi 30 mai - Sacré-Coeur de Jésus
Saint François de Sales :
Le côté ouvert
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Dimanche 1er juin
J-H Newman : Le Christ nous appelle
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Jeudi 12 juin
Grégoire de Nysse : Les commencements sans fin
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POURQUOI LA VENUE DE L’ESPRIT ?
La charité de Dieu a été répandue
dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné". Il ne suffisait
pas, mes bien-aimés, que le Fils de Dieu nous fût donné, selon la parole :
"Un enfant nous est né, un fils nous a été donné" ; il fallait
encore qu’on nous fasse don de l’Esprit Saint. Et le Père lui-même ne nous
sera-t-il pas donné un jour, pour que nous qui ne sommes rien, nous recevions
le Tout, pour que nous qui avions perdu toute humanité, nous soyons enrichis de
toute la divinité ?
“Qui a rien entendu de
pareil ?”. Nous étions aveugles : la lumière qui venait nous
illuminer est née dans les ténèbres : et ce fut la naissance du Christ
pour nous, de nous, chez nous. Cette naissance, acceptée pour nous, il nous l’a
aussi proposée : et ce fut le baptême du Christ pour nous, comme une autre
naissance qui nous fit naître en lui, lui qui était né en nous. Et ainsi, lui
fut en nous, comme nous en lui : lui, Fils de l’homme, né par l’Esprit
Saint, de la Vierge Marie ;
nous, fils de Dieu, nés par le même Esprit, de la Vierge Église.
Mais alors, je le demande, si les
solennités précédentes nous garantissent une telle abondance de grâces, quel
besoin y a-t-il de la bienveillante célébration d’aujourd’hui ? Le Fils de
l’homme est venu pour nous servir et pour livrer cette âme bien-aimée qu’est la
sienne, la donnant en rançon pour la multitude. Qui a jamais rien vu de
pareil ? Notre Seigneur est en tout notre serviteur. Et quel serviteur
empressé ! C’est pour nous qu’il naît, pour nous qu’il vit, pour nous
qu’il meurt, pour nous qu’il ressuscite, pour nous qu’il s’élève, comme il l’a
dit : “Je vais vous préparer une place”.
Alors la question se pose à
nouveau : à quoi bon la solennité d’aujourd’hui ? Que pourra faire de
plus cet autre Consolateur ? Voici que l’homme est juste en ce qui regarde
le passé : que fera-t-il dans l’avenir, lui qui “tombe sept fois le
jour” ? S’il tombe, qui le relèvera ? Il est dit : “Malheur à
qui est seul ! S’il tombe, il n’y a personne pour le relever”. J’ose le
dire, sans l’Esprit il est seul. Oui, qui a le Christ seul, sans l’Esprit, est
seul. Ce n’est pas en effet sans raison que l’Esprit est envoyé après le
Christ : “Il vous est bon, dit-il, que je m’en aille ; autrement, le
Paraclet ne viendra pas”.
Telle est, bien-aimés, la grâce de
ce jour : par l’Esprit la grâce est donnée après la justification ;
et l’esclave qui avait été libéré par le Fils devient aujourd’hui ami par
l’Esprit. Aujourd’hui, la justification ayant payé l’offense, le maître
embrasse son serviteur, ou plutôt l’ami embrasse son ami “d’un baiser de sa
bouche”. Si en effet le Fils peut être regardé comme la bouche du Père,
l’Esprit peut à son tour être appelé le baiser de sa bouche. Ce baiser est donc
le sceau de la dilection et de l’amour pour l’avenir. Et “l’amour de Dieu a été
répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné”. L’amour couvre
tout ; la charité ne compte pas ; la charité supporte tout, excuse
tout, pardonne tout. Celui qui a été justifié par le Christ tombe sept fois le
jour par sa faute ; sept fois le jour, il est relevé par l’Esprit.
Aujourd’hui donc, par le Christ
qui intercède pour nous, Dieu nous a donné sa charité et son amour. Comme Dieu
s’est réconcilié le monde par le Christ, en qui il était, ne lui tenant plus
compte de ses fautes passées, de même, par l’Esprit en qui il était aussi, il
s’est uni ce monde réconcilié, ne lui tenant pas compte des fautes à venir. De
là cette parole : “Heureux l’homme à qui le Seigneur n’a pas tenu en compte
son péché”. Par le Christ il pardonne tout ; par l’Esprit il ne demande
compte de rien. Le Christ est en quelque sorte médiateur pour la
justification ; l’Esprit, médiateur pour l’amitié.
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MYSTÉRIEUSE TRINITÉ !
J’ai, pour ma part, longuement
réfléchi en moi-même, en m’appliquant avec toute ma curiosité, et en
envisageant la question sous toutes ses faces, pour chercher une image du si
grand mystère de la Trinité ;
et je n’ai pu découvrir à quelle réalité d’ici-bas l’on peut comparer la nature
divine. Ai-je trouvé quelque ressemblance partielle ? Je sens qu’aussitôt
la plus grande partie m’échappe, et l’exemple choisi me laisse en dessous de ce
que j’en attendais.
Comme d’autres l’ont fait, je me
suis représenté une source, un ruisseau et un fleuve. Et j’ai cherché une
analogie entre le Père et la source, entre le Fils et le ruisseau, entre
l’Esprit Saint et le fleuve. Voici, en effet, des choses qui ne sont pas
divisées par le temps, ni séparées l’une de l’autre, puisqu’elles sont en
relation de continuité ; et pourtant elles semblent se distinguer en
quelque sorte par leurs trois propriétés. Mais j’ai craint d’abord de présenter
par cet exemple je ne sais quel écoulement de la divinité, qui en exclurait la
stabilité. J’ai craint aussi qu’on ne se représentât une personne unique, car
la source, le ruisseau et le fleuve sont une seule et même chose qui revêt des
formes diverses.
J’ai songé alors au soleil, au
rayon et à la lumière. Mais cette comparaison n’est pas non plus sans danger si
l’on prend cet exemple du soleil et de ses propriétés, on risque d’imaginer je
ne sais quelle composition dans la nature simple. On peut être tenté aussi
d’attribuer toute la substance au Père, et de croire que les autres Personnes
n’en sont que des accidents ; qu’ils sont des puissances qui existent en
Dieu, mais qui ne subsistent pas par elles-mêmes. Car le rayon et la lumière ne
sont pas d’autres soleils, mais des émanations du soleil. Enfin, cet exemple a
le défaut de nous donner à penser que Dieu peut exister ou ne pas exister, ce
qui est encore plus absurde que tout le reste.
En somme, je ne trouve aucune
image qui me donne pleine satisfaction pour illustrer le concept de la Trinité ; il faudrait
que l’on ait assez de sagesse pour n’emprunter à l’exemple choisi que certains
traits, et rejeter tout le reste. Aussi ai-je fini par me dire que le mieux
était d’abandonner les images et les ombres qui sont trompeuses et qui
demeurent très loin de la vérité. Je préfère m’attacher aux pensées les plus
conformes à la piété, me contenter de peu de mots et prendre pour guide
l’Esprit, de façon à garder jusqu’à la fin la lumière reçue de lui. Il est mon
compagnon véritable, mon ami, et je traverse cette vie en persuadant les
autres, autant que je le puis, d’adorer le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
une seule Divinité et une seule Puissance, à qui sont toute gloire, tout
honneur, tout pouvoir, dans les siècles des siècles. Amen.
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LA MORT DU CHRÉTIEN
La mort du chrétien est entre les
mains de Dieu seul. Le chrétien ne connaît pas l’heure de sa mort, et pas
davantage la valeur, la qualité, la signification de cette mort, car il ne sait
pas quel sera son jugement. Il peut avoir conscience qu’il n’y a rien de mal
dans son agir, il n’est pas justifié pour autant ; l’Unique Juge, c’est le
Seigneur. L’heure du jugement n’est pas venue, et il n’a pas le droit de
l’anticiper, ni pour lui, ni pour les autres : “Ne jugez pas avant le
moment, est-il dit, jusqu’à ce que vienne le Seigneur". Le chrétien fait
donc son salut “avec crainte et tremblement”, dans le respect sacré du Juge et
dans la confiance totale au Père.
La mort est, en effet, la prise
dernière et définitive de Dieu sur le temps de l’homme, parce qu’elle en
accomplit la prédestination éternelle : Dieu est seul à pouvoir achever ce
qu’il a commencé. Lui qui a jadis arraché l’homme au royaume des ténèbres et
l’a fait passer au royaume de son Fils Bien-Aimé, peut seul le transplanter
pour toujours dans la Vie éternelle. Ainsi le fait “d’être trouvé dans le Christ, non pas avec ma justice
à moi, celle de la Loi,
mais avec celle qui vient par la foi au Christ, la justice de Dieu basée sur la
foi", c’est le fait de mourir en état de grâce. Ce qui veut dire que le
mystère de la persévérance finale est un pur don de Dieu et l’irruption
dernière de la miséricorde qui sauve en Jésus-Christ. Si la conversion d’un
chrétien adulte se réalise toujours dans l’adoration, la dernière conversion et
le dernier choix se font encore dans l’adoration du seul Saint, du seul
Seigneur, du seul Sauveur.
De plus, la mort du chrétien est
toujours prise dans le double mystère du Christ et de l’Église. Elle n’est pas seulement
personnelle, elle est ecclésiale, parce qu’elle est toujours celle d’un membre
de l’Église, et cela explique bien des choses étonnantes. Si des pécheurs,
souvent, meurent dans la paix, c’est parce que beaucoup d’autres ont porté
leurs péchés et supplié pour eux, dans l’unique offrande de Jésus-Christ. Quand
la mort d’un Saint met le point final à son labeur d’ici-bas, le Corps tout
entier monte à son achèvement éternel à travers l’homme qui passe au Père. Et
c’est pourquoi, parfois, au lieu de se réjouir, le saint souffre l’agonie des
autres, avec le Christ ; au lieu de partir, il reste, l’âme déchirée entre
le désir de mourir, et la nécessité de demeurer dans la chair, pour continuer
la tâche et faire grandir les siens dans la joie de la foi.
Les saints, plus que les autres,
sont pris entre les deux paroles du Christ en Croix : “Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m’as-tu abandonné ?” et : “Père, je remets mon âme entre tes
mains”. La participation personnelle à ces deux aspects du mystère dépend de
Dieu seul, et du rôle qu’il fixe aux saints dans l’Église. Thérèse de Jésus,
qui a tant combattu pour l’honneur et l’amour de son Dieu, meurt en
disant : “Seigneur, il est temps de nous voir !”. Thérèse de l’Enfant
Jésus, qui a tant désiré sauver des âmes, murmure : “Je n’aurais jamais
cru qu’il fût possible de tant souffrir ! Jamais ! Jamais !”,
pour expirer en disant : “Mon Dieu, je vous aime”. Bernadette, qui vit la Dame du ciel et fit pénitence
pour tant de péchés, supplie : “Priez pour moi, pauvre pécheresse, pauvre
pécheresse, pauvre pécheresse”. Et ces paroles traduisent toujours le temps
d’une même espérance, parce qu’elles jaillissent d’une âme déjà morte et
ressuscitée avec le Christ, dans l’amour.
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DE TRÈS GRANDS MYSTÈRES !
Je vous avais promis, à vous qui
venez d’être baptisés, un exposé sur le sacrement de la table du Seigneur que
vous avez sous les yeux et auquel vous avez participé la nuit dernière. Vous
devez connaître ce que vous avez reçu, ce que vous recevez, ce que chaque jour
vous allez recevoir.
Ce pain que vous voyez sur
l’autel, sanctifié par la parole de Dieu, c’est le corps du Christ. Cette
coupe, ou plutôt ce que contient la coupe, sanctifié par la parole de Dieu,
c’est le sang du Christ. Par-là, le Seigneur Christ a voulu nous confier son
corps et son sang qu’il a répandu pour nous, en rémission des péchés. Si vous
l’avez bien reçu, vous êtes ce que vous avez reçu.
L’Apôtre dit, en effet : “Il
n’y a qu’un seul pain : à plusieurs, nous ne sommes qu’un seul
corps". Ainsi explique-t-il le sacrement de la table du Seigneur :
"Il n’y a qu’un seul pain : à plusieurs, nous ne sommes qu’un seul
corps". Qu’il vous soit montré par ce pain comme nous devons aimer notre
unité !
Ce pain, en effet, a-t-il été fait
d’un seul grain ? N’y avait-il pas de nombreux grains de froment ?
Mais avant de devenir du pain, ils étaient séparés. Par l’eau ils furent unis,
mais après un certain broyage. Car si le froment n’est pas moulu, s’il n’est
pas arrosé d’eau, jamais il n’en vient à cette forme qu’on appelle :
"pain". Ainsi en est-il pour vous : les jours précédents, vous
avez été comme moulus par l’humiliation du jeûne et les cérémonies mystérieuses
de l’exorcisme. Est arrivée l’eau du baptême : vous avez été comme
arrosés, pour en venir à cette forme du pain.
Mais il n’y pas encore de pain
sans feu. Qu’est-ce donc qui signifie le feu ? C’est le saint chrême, car
l’huile qui alimente notre feu, c’est le sacrement de l’Esprit Saint. Arrive
donc l’Esprit Saint, le feu après l’eau, et vous devenez le pain qui est le
corps du Christ. Ainsi est signifiée, en quelque sorte, l’unité.
Ce sont donc là de grands
mystères, oui, de très grands mystères ! Voulez-vous savoir comment on
nous les recommande ? L’Apôtre dit : "Qui mange le corps du
Christ ou qui boit à la coupe du Seigneur indignement, sera coupable à l’égard
du corps et du sang du Seigneur". Qu’est-ce que les recevoir
indignement ? C’est les recevoir en se moquant, c’est les recevoir sans en
faire grand cas. Que ces mystères ne te paraissent pas vils parce que tu les
vois ! Ce que tu vois passe, mais ce qui est signifié invisiblement ne
passe pas. Voici : on reçoit, on mange, on fait disparaître. Mais le corps
du Christ disparaît-il ? L’Église du Christ disparaît-elle ? Les
membres du Christ disparaissent-ils ? Bien sûr que non ! Ici, ils
sont purifiés, là-haut ils sont couronnés. Ce qui est signifié demeure donc
éternellement, bien que cela semble passer.
Recevez donc ces mystères de
manière réfléchie, pour avoir au cœur l’unité, et le cœur toujours fixé en
haut. Que votre espérance ne soit pas sur la terre, mais dans le ciel. Que
votre foi soit affermie en Dieu, qu’elle soit agréable à Dieu. Car ce que
maintenant vous ne voyez pas, mais croyez, vous le verrez là où vous vous
réjouirez sans fin.
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LE CÔTÉ OUVERT
Lorsque quelque grande princesse
ou seigneur meurt d’une mort inopinée, on ouvre son corps pour voir de quelle
maladie il est mort, et quand on a trouvé la cause de son trépas l’on est
content et ne passe-t-on pas plus outre. Notre Seigneur étant sur l’Arbre de la
croix, il dit avant que de rendre l’esprit ces paroles, mais d’une voix haute,
éclatante et ferme : "Mon Père, je recommande mon esprit entre vos
mains", et rendit son esprit tout incontinent en les prononçant. L’on ne
pouvait croire qu’il fût mort, l’ayant ouï parler tout à l’heure d’une voix si
forte qu’il ne semblait pas qu’il dût sitôt mourir. Aussi que le capitaine des
soldats vint pour savoir s’il était vraiment trépassé, et voyant qu’il l’était,
il commanda qu’on lui donnât un coup de lance au côté ; ce que l’on fit,
et donna-t-on droit contre son cœur. Son côté étant ouvert, l’on vit qu’il
était vraiment mort, et de la maladie de son cœur, cela veut dire de l’amour de
son cœur.
Notre Seigneur voulut que son côté
fût ouvert pour plusieurs raisons. La première est afin qu’on vît les pensées
de son cœur, qui étaient des pensées d’amour et de dilection pour nous, ses
bien-aimés enfants et chères créatures, qu’il a créées à son image et
ressemblance, pour que nous vissions combien il désire nous donner de grâces et
bénédictions, et son cœur même, comme il fit à sainte Catherine de Sienne.
J’admire cette grâce incomparable de quoi il changea de cœur avec elle ;
car auparavant elle priait ainsi : "Seigneur, je vous recommande mon
cœur", mais depuis elle disait : "Seigneur, je vous recommande
votre cœur", de sorte que le cœur de Dieu était son cœur. Certes, les âmes
dévotes ne doivent point avoir d’autre cœur que celui de Dieu, point d’autre
esprit que le sien, point d’autre volonté que la sienne, point d’autres
affections que les siennes ni d’autres désirs que les siens, en somme elles
doivent être toutes à lui.
La seconde raison est afin que
nous allions à lui avec toute confiance, pour nous retirer et cacher dedans son
côté, pour nous reposer en lui, voyant qu’il l’a ouvert pour nous y recevoir
avec une bénignité et amour non pareils, si nous nous donnons à lui et que nous
nous abandonnions entièrement et sans réserve à sa bonté et providence.
Vous me demanderez peut-être les
raisons pour lesquelles nos cœurs à nous autres sont si cachés qu’on ne les
voit point. Pour deux raisons il est expédient qu’il soit ainsi. La première,
pour ce que l’on aurait horreur de découvrir dans les cœurs des méchants et
grands pécheurs des choses si sales, horribles et tant de misères : car
sainte Catherine, qui avait reçu ce don de Dieu, de pénétrer les consciences et
connaître les péchés les plus secrets, en avait une si grande horreur, qu’il
fallait qu’elle se détournât pour s’empêcher de les voir. Et de notre temps, le
bienheureux Philippe Néri avait reçu cette même grâce de la divine Bonté ;
souvent il se bouchait le nez pour ne sentir une si grande puanteur qui sortait
des pécheurs. L’autre raison est parce qu’il n’est pas expédient que l’on voie
le cœur des bons, de peur qu’ils ne tombent en vanité ou que cela ne donne de
la jalousie aux autres. Or, en Notre Seigneur il n’y avait rien à craindre que
l’on vît son cœur, parce qu’il n’y avait rien en lui qui pût donner de
l’horreur, puisqu’il était si pur, si saint et la pureté même ; il ne
pouvait point aussi tomber en vanité, lui qui était l’auteur de la gloire.
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LE CHRIST NOUS APPELLE
Tout au long de notre vie, le
Christ nous appelle. Il nous serait bon d’en avoir conscience, mais nous sommes
lents à comprendre cette grande vérité, que le Christ marche en quelque sorte
parmi nous et par sa main, par ses yeux, par sa voix, nous ordonne de le
suivre. Or nous ne saisissons même pas son appel qui se fait entendre à cet
instant même. Il a eu lieu, pensons-nous, au temps des Apôtres ; mais nous
n’y croyons pas pour nous-mêmes, nous ne l’attendons pas. Nous n’avons pas
d’yeux pour voir le Seigneur, et en cela, nous sommes très différents de
l’Apôtre bien-aimé qui distingua le Christ alors même que les autres disciples
ne le reconnaissaient point.
Et pourtant, sois-en sûr :
Dieu te regarde, qui que tu sois. Il t’appelle par ton nom. Il te voit et il te
comprend, lui qui t’a fait. Tout ce qu’il y a en toi, il le sait : tous
tes sentiments et tes pensées propres, tes inclinations, tes goûts, ta force et
ta faiblesse. Il te voit dans tes jours de joie comme dans tes jours de peine.
Il prend intérêt à toutes tes anxiétés et à tes souvenirs, à tous les élans et
à tous les découragements de ton esprit. Il t’entoure de ses bras et te
soutient ; il t’élève ou te repose à terre. Il contemple ton visage, dans
le sourire ou les pleurs, dans la santé ou la maladie. Il regarde tes mains et
tes pieds, il entend ta voix, le battement de ton cœur et jusqu’à ton souffle.
Tu ne t’aimes pas mieux qu’il ne t’aime. Tu ne peux pas trembler devant la
souffrance plus qu’il ne lui répugne de te voir la subir ; et s’il la fait
descendre sur toi, c’est parce que tu l’appellerais toi-même si tu étais
sage : pour qu’elle se tourne ensuite à un plus grand bien.
Tu n’es pas seulement sa créature,
bien qu’il ait souci même des passereaux. Tu es un homme racheté et sanctifié,
son fils adoptif, gratifié d’une part de cette gloire et de cette bénédiction
qui découlent éternellement de lui sur le Fils Unique. Tu as été choisi pour
être sien. Tu étais un de ceux pour qui le Christ offrit à son Père sa dernière
prière et y mit le sceau de son sang précieux. Quelle pensée que celle-là,
perspective presque trop grande pour notre foi. Lorsque nous y prêtons
attention, c’est à peine si nous pouvons nous retenir de rire, comme Sara, d’un
rire d’étonnement et de perplexité. Qu’est donc l’homme, que sommes-nous, qui
suis-je, pour que le Fils de Dieu ait eu de moi si grand souci ? Qui
suis-je pour qu’il m’ait fait passer, pour ainsi dire de la nature d’un démon à
celle d’un ange ? Pour qu’il m’ait recréé, pour qu’il habite lui-même
personnellement en mon propre cœur, faisant de moi son temple ? Qui
suis-je pour que l’Esprit Saint daigne entrer en moi et élever mes pensées vers
le ciel avec "d’inexprimables gémissements" ?
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