A
la fin du dix-neuvième siècle, les trois congrégations marquées par
la réforme de la Trappe, se regroupaient pour former l'Ordre
Cistercien de la Stricte Observance. Cette "naissance"
qui n'a pas été facile, a été interprétée de diverses manières. L'Ordre
Cistercien, autre grande composante de la famille Cistercienne, la concevait
comme un schisme. Quant aux Trappistes ils se percevaient comme
les héritiers authentiques de la racine de Cîteaux par leur mode de
vie. Ayant repris l'ancien site de Cîteaux, cela ne fit qu'accentuer
les divisions.
Pour
rebâtir une unité il nous faut regarder en face ces réalités de notre
histoire récente.
Le
mouvement de la Trappe se caractérise au dix-neuvième siècle et
au début du vingtième, par un net retrait du monde, une vie de travail
manuel et de prière. Une vie communautaire marquée par le silence et
une forte limitation des communications verbales. On y retrouve donc
les grands éléments de la réforme cistercienne des origines avec comme
marque particulière, une insistance presque exclusive sur la pénitence,
les observances, au détriment parfois de la mystique. Une majoration
du travail manuel par rapport à l'étude avec un certain a priori anti-intellectuel.
Si cela peut représenter un appauvrissement par rapport à "l'humanisme
cistercien" du douzième siècle avec les riches expressions esthétiques
architecturales et littéraires de sa spiritualité, la vie retirée du
monde des "Trappistes" a recréé un environnement, un
lieu adapté à un mode de vie contemplatif "au désert".
Une
fréquentation plus assidue des Pères cisterciens à partir des années
50, l'aggiornamento après Vatican II, ont facilité une réappropriation
du patrimoine cistercien ancien, par une vie fraternelle où s'exprime
davantage l'échange, par une créativité au plan liturgique, par la recherche
d'un environnement simple, mais beau. Ces données font que les Trappistes
et les Trappistines sont bien des cisterciens et des cisterciennes.
Après des décennies d'uniformité d'observances, parfois jusqu'à l'aberration,
l'inculturation de la vie cistercienne en dehors de l'Europe a complété
ce travail de réappropriation. Si le charisme cistercien se caractérise
par le fait de faire du neuf à partir de l'ancien on peut dire que l'évolution,
que je viens de décrire brièvement, va bien dans le sens d'un charisme
cistercien renouvelé pour nous aujourd'hui, même si les réussites sont
loin d'être parfaites.
Aujourd'hui
l'OCSO formé de deux branches, l'une masculine, l'autre
féminine, compte 2512 moines et 1876 moniales répartis en une centaine
de communautés pour les moines et environ 70 communautés pour les moniales,
dans le monde entier. On remarque une diminution des membres et une
augmentation du nombre des communautés en dehors de l'Europe, avec de
nombreuses fondations, particulièrement chez les moniales.
Depuis
1980 les moines ont fait 11 fondations (Brésil, Japon, Mexique, Venezuela,
République dominicaine, Taiwan, Espagne (2), Indonésie, Liban, Équateur)
et deux pré-fondations (Algérie et Nigéria).
Les
moniales, de leur côté, ont fait 15 fondations (Chili, Japon, Nigéria,
Angola, Venezuela, Indonésie, U.S.A., Corée, Espagne, Zaïre, Équateur,
Chine, Philippines, Inde, Madagascar) et une pré-fondation (Norvège).
Cela
signifie que dans les 20 dernières années l'Ordre a fait 26 fondations
et 3 pré-fondations distribuées géographiquement de cette manière :
4 en Europe, 1 en Amérique du Nord, 8 en Amérique Centrale et Amérique
du Sud, 6 en Afrique et 10 en Asie.
A
tout cela il faut ajouter l'incorporation de Kurisumala en Inde, les
projets de fondation de Sept-Fons en République Tchèque, Klaarland en
Tunisie et Hinoro en Argentine, et différents projets monastiques en
Chine
Certaines
communautés sont dans des contextes difficiles, communautés de l'Atlas
au Maroc et de Tibhirine en Algérie, Marija-Zvijezda (Banja-Luka)
en Bosnie. Le monastère des Mokoto au Kivu en République Démocratique
du Congo a été détruit, et la communauté dispersée, la communauté de
la Clarté-Dieu dans cette même région vit dans une grande précarité.
Les communautés d'Angola sont confrontées à un contexte de guerre civile
et ont dû se déplacer plusieurs fois.
A
la naissance l'Ordre en 1892 environ 80 % des communautés de moines
et de moniales étaient en Europe (Europe occidentale, France, Belgique,
Pays-Bas, Espagne, Angleterre, Irlande) et 20% en dehors de l'Europe.
Cent
ans plus tard dans les années 1990, on compte 51 communautés de moines
et 36 de moniales en Europe, 46 de moines et 30 de moniales hors d'Europe.
Le
nombre plus important de moines et de moniales en formation dans les
pays hors d'Europe permet d'affirmer que dans moins de dix ans l'OCSO
sera un ordre à prédominance non-européenne.
L'Ordre
est gouverné par les deux chapitres généraux des abbés et des abbesse,
qui sont indépendants mais qui se réunissent en même temps et dont la
majorité des sessions sont en commun. Il est divisé en grandes régions.
Centre-Nord-Europe; France Sud et Ouest, les Iles (Britanniques), Italie
Espagne, Amérique du Nord (Canada E-U), Amérique Centrale et
du Sud, Afrique, Asie Pacifique. Ces régions ne sont pas des congrégations
autonomes, elle sont maintenant toutes mixtes avec des moines et des
moniales. Elle se réunissent plus ou moins fréquemment entre les Chapitres
Généraux qui ont lieu tous les trois ans, pour en évaluer les conséquences
et les préparer et pour échanger sur diverses questions pastorales.
La Commission Centrale, qui est un peu l'équivalent du synode de l'Abbé
Général dans l'Ordre Cistercien, est élue par le Chapitre Général et
chargée de le préparer à partir des suggestions des Conférences Régionales.
Elle assure un certain gouvernement de l'Ordre avec l'Abbé général entre
les chapitres Généraux.
L'Abbé
Général, actuellement Dom Bernardo Olivera, un argentin, pôle d'unité
pour tout l'Ordre, est assisté à la maison généralice à Rome d'un conseil
général mixte avec des représentants et représentantes des grandes régions
culturelles de l'Ordre et non plus seulement linguistiques comme auparavant.
Cette
structure de l'Ordre reste centralisée. L'évolution actuelle tend à
la parité entre moines et moniales qui se traduit parfois, outre les
chapitres généraux, par des visites régulières avec un abbé et une abbesse,
aussi bien dans des monastères de moines que de moniales.