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Le temps du Carême qui nous achemine vers Pâques, nous est donné pour que, contemplant le grand amour du Christ à notre égard, nous nous efforcions de lui traduire en retour notre amour, en le préférant à l'amour de nous-mêmes que nous procure de petites satisfactions sensibles, et surtout notre volonté propre. C’est à quoi nous invite Aelred de Rievaulx, qui, avant d’être abbé, a commencé à former les novices qui lui étaient confiés.
 

AELRED DE RIEVAULX
 

LE JEÛNE DU CARÊME

 

Parlons du jeûne qui nous est rappelé en ce temps, avec plus de solennité et d'insistance. De fait, il y a un jeûne du corps, un jeûne des sens, un jeûne des actions, un jeûne de l'esprit.

Il y a jeûne du corps quand l'estomac est soumis à des restrictions sur la nourriture corporelle. Il y a jeûne des sens lorsqu'est retiré à nos sens le plaisir auxquels ils étaient accoutumés. Il y a jeûne des actions, lorsque le mors du repos est imposé à notre bougeotte et à nos occupations multiples. Enfin il y a jeûne de l'esprit lorsque nous délivrons notre cœur des pensées vagabondes et nuisibles.

Quoi donc, le goût se délecterait de nourritures, et il n'y aurait rien pour procurer du plaisir à l'œil ou à l'oreille ? Bien au contraire, parfois même un regard de curiosité ou de convoitise, une parole inutile ou nuisible, procurent à la vue ou à l'oreille un plaisir bien plus misérable que n'en procure au goût une nourriture savoureuse et bien assaisonnée ! Il en est beaucoup en effet, qui ne trouvent pas moins de plaisir à des conversations inutiles ou à des occupations extérieures qu'à manger une nourriture agréable. Comme l'esprit se repaît agréablement d'une pensée vaine ou défendue, comme il savoure avec délices les investigations sur la vie du prochain ! Comme il s'engraisse de ses propres louanges et de la critique d'autrui ! Je laisse à votre expérience d'en juger ! C'est pourquoi nous est imposé le jeûne universel de tous les plaisirs nuisibles, comme saint Benoît nous le dit dans sa Règle : "Qu'il retranche à son corps sur la nourriture et la boisson, sur le sommeil, le bavardage, la plaisanterie".

Aussi, frères bien-aimés, ne nous contentons pas du jeûne des juifs, qui fut repoussé par le Seigneur, car c'était un jeûne du ventre et non de l'esprit. Le prophète lui demandait : "Pourquoi avons-nous jeûné et ne l'as-tu pas vu ? Pourquoi avons-nous humilié nos âmes et l'as-tu ignoré" ? Aussitôt la parole du Seigneur lui répond et dénonce la raison pour laquelle il a rejeté leur jeûne : "C'est qu'en ces jours de jeûne, l'on trouve votre volonté propre". Cette sentence me terrifie, je l'avoue, elle fait frémir tous mes os ! Dieu ne regarde pas le jeûne de celui qui fait sa volonté propre ! Qui ne tremblerait ? Et c'est bien vrai, frères, aucun jeûne n'est plus agréable à Dieu que le jeûne de sa volonté propre ! Car aucune nourriture n'est aussi douce au cœur, aussi délicieuse, aucune ne donne autant de vigueur et de joie à l'âme que l'attachement à sa volonté propre ! Quels labeurs n'embrassera pas volontiers la volonté propre ? Du moment qu'on l'a en vue, c'est à peine si l'on sent la faim de l'estomac, la fatigue du travail manuel, l'austérité qui vient du nécessaire. Il est actif à tout labeur, prompt à tout effort, léger et allègre en tout, celui qu'engraisse la nourriture de la volonté propre ! Assurément c'est une douce nourriture, mais une nourriture empoisonnée ! Quoi de plus néfaste qu'elle ? "Pourquoi avons-nous jeûné et ne l'as-tu pas vu ? "C'est, répond le Seigneur, qu'en ces jours de votre jeûne, j'ai trouvé de la volonté propre". Oui, quoi de plus néfaste que ce qui détourne de nous les regards de tendresse de Dieu et fait ignorer ce que nous faisons à celui qui sait tout !

Si ce que je dis là est ma pensée personnelle, qu'on la dédaigne, qu'on s'en moque, qu'on la rejette ! Mais si c'est la pensée du Seigneur, exprimée non pas en énigmes, mais en langage clair, qu'on l'écoute, qu'on en pénètre le sens. Et qu'on y prenne garde !

    Sermons inédits : "Du jeûne du Carême" p 55-56.

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AUJOURD'HUI...

HOMÉLIE POUR LE 1er DIMANCHE DE CARÊME

 

Chers frères et sœurs,

Il nous est bon, frères et sœurs, de contempler ce matin Notre Sauveur qui s’avance seul au désert de l’épreuve, plein de la force de l’Esprit, s’offrant comme les prémices d’une multitude de frères en présentant sa prière et sa supplication avec un grand cri et dans les larmes. Ayant traversé victorieusement les ravins de la mort, IL est entré en Précurseur dans le sanctuaire du Ciel où Il intercède pour nous dans la gloire.

C’est parce qu’il est rempli de l’Esprit Saint que Jésus est LE PLUS FORT, réduisant à l’impuissance Celui qui possédait le pouvoir de la mort et rendant libres ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves.

C’est, poussés comme LUI par l’Esprit, que nous Le suivons au désert pour prier et supplier, pour guérir du péché, pour embrasser la Croix et célébrer notre Pâque au désert. Nous venons de le chanter au début de cette célébration.

Dès aujourd’hui, appelons sur nos vies l’Esprit avec un grand désir. Epuisons-nous à l’appeler en disant : « Je n’ai pas d’autre bonheur que TOI ! » Cet Esprit, c’est l’Esprit de notre baptême d’enfants de Dieu. Réveillons la grâce de notre baptême, quel que soit notre état de vie. Et même si nous sommes dans une situation non conforme à ce que demande l’Eglise, nous n’en sommes pas moins enfants de Dieu, invités à vivre de la grâce baptismale par tous les moyens que l’Eglise offre à ses enfants. Le moine, comme toute personne consacrée, n’a pas d’autre ambition que de vivre en plénitude de la grâce de son baptême.

Demandons au Père qu’Il nous donne l’Esprit Saint comme le plus beau de tous les dons. Demandons à la Vierge Marie–la Pleine-de-Grâce, dont le cœur a toujours été tourné vers Dieu depuis sa plus tendre enfance – demandons-lui sa capacité d’accueil pour recevoir LE DON qui est au-dessus de tous les dons. C’est pour cela que nous avons été créés : pour être Temples de l’Esprit Saint. Seul l’Esprit Saint est capable de consumer jusqu’à la racine tous nos péchés. Il fera du bien meilleur travail que tout ce que nous pourrons faire par nous-mêmes. Livrons-nous alors à l’Esprit, sans mesure.

Hormis le désir de l’Esprit qui gémit en nous, tout est vanité. Tous nos désirs de consommation effrénée des biens de ce monde qui creuse l’écart entre riches et pauvres ; tous nos désirs de pouvoir qui asservit l’autre, de savoir qui écrase l’autre, tout cela est vanité, et il faut bien le reconnaître, il y a beaucoup de vanités dans nos vies !

 C’est justement sur l’AVOIR, sur le POUVOIR et sur le SAVOIR que Jésus a été tenté au désert par le diable qui lui proposait d’y affirmer avec force son identité de FILS DE DIEU : « Si tu es Fils de Dieu, lui dit-il … » Mais ces trois tentatives échouent parce que Jésus n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. Son titre de gloire sera d’être le Serviteur souffrant prophétisé par Isaïe. Voilà le modèle qui se révèle sous nos yeux, dès aujourd’hui, au désert de l’épreuve. 

En avançant au désert à la suite du Christ, nous pouvons, nous devons nous attendre à être soumis comme LUI aux mêmes tentations, car le serviteur n’est pas plus grand que son maître.

Nous allons sûrement éprouver d’une manière ou d’une autre, le manque, l’indigence. Manque de force, d’énergie pour accomplir nos tâche quotidiennes ; manque de santé, pour certains ; manque d’amour, d’affection, de reconnaissance, pour d’autres ; solitude, abandon, délaissement … Il nous faudra alors accepter avec un grand abandon toutes ces situations éprouvantes, sans murmurer contre la volonté de Dieu, mais en nous réjouissant d’être conformés au Christ par amour.

Nous allons sûrement être frustrés dans nos désirs de pouvoir et de domination ; dans tout ce que nous voulons accomplir à notre manière, selon nos vues, avec la meilleure intention … Les choses n’iront pas comme nous voulons et il faudra nous démettre de nos propres vues, de nos propres jugements, pour nous soumettre au jugement d’un autre, sans murmurer contre la volonté de Dieu, mais en embrassant avec une grande joie toutes les contrariétés, toutes les croix, par amour de Jésus.

Nous allons sûrement être déroutés, désarçonnés dans nos convictions, nos certitudes, notre pseudo-savoir, face à la réalité incontournable des faits, des événements qui vont nous heurter, nous bousculer … Il nous faudra alors accepter de ne plus savoir ce qui est bon pour nous, ce qui nous est utile et profitable – car Dieu seul est bon, et LUI seul sait ce qui est bon pour nous – et nous abandonner entre ses bras qui sont tous les instruments et les événements humains par lesquels IL nous fait passer.

Enfin, il nous faudra ESPERER contre toute espérance, comme l’a fait Jésus, présentant sa prière et sa supplication à son Père, avec un grand cri et dans les larmes. Et parce qu’Il s’est soumis en tout, Il a été exaucé au-delà de tout : Dieu l’a ressuscité d’entre les morts pour être les prémices de notre propre résurrection.

    Frère Bernard, moine de Cîteaux

HOMÉLIE POUR LE 6ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 

Chers frères et sœurs,

« Spem suam Deo committere » Règle de St Benoît Chap.4,41.

“ Mettre en Dieu son espérance”.

Ce verset de la Règle de notre Père St Benoît est particulièrement indiqué, me semble-t-il pour nous aider à entrer dans l’intelligence  de la liturgie de la Parole en ce sixième dimanche de l’Année. La première lecture et l’Evangile nous font prendre conscience que notre monde fonctionne depuis toujours sur la même échelle des valeurs. Des valeurs prisées et célébrées de tout temps et partout, quelles que soient les cultures humaines, les lieux géographiques et les époques. Ainsi en est-il de la reconnaissance sociale ; de l’argent ; du pouvoir et de la jouissance inconditionnelle des biens de ce monde. Autant de biens, autant de valeurs aussi sans lesquelles la vie en société serait inconcevable et même insupportable. L’expérience nous apprend aussi  que ces mêmes valeurs sont autant d’idoles auxquels les hommes peuvent s’abandonner, corps et âmes, «  à cœur joie ». Aussi, Jésus se tourne-t-il résolument vers ses nombreux auditeurs pour leur adresser sa Bonne Nouvelle en ce qu’elle a de plus provoquant, de plus original, mais aussi de plus précieux pour la découverte du sens authentique et profond de l’humain.

« Heureux, vous les pauvres : le Royaume de Dieu est à vous » !  

Jésus donne délibérément  une portée universelle à sa Parole. Une dimension universelle qui est déjà suggérée dans la grande foule venue de tous les côtés pour accueillir sa Parole. Il y en a de toute la Judée et bien au-delà ; des gens du littoral de Tyr et de Sidon ; ceux-là qui n’étaient pas naturellement concernés par l’espérance d’Israël, mais que, déjà, la parole de Jésus aimante et attire à la vie.

« Heureux les pauvres… ». Cette béatitude est la mère de toutes les autres. Sans elle, les autres seraient tout simplement inexistantes, en tout cas, impraticables. Aussi surprenant que son propos puisse paraître, Jésus nous apprend que le bonheur, tel que Dieu le conçoit pour l’homme et la femme, est désormais accessible pour chacun de nous, par un effet de son l’initiative bienveillante, qui passe par la personne de Jésus. « Bienheureux les pauvres, le Royaume des Cieux est à eux ». Jésus aborde ce thème de la pauvreté dans une perspective biblique. Sa parole nous renvoie aux « anawim Yahwé ». La pauvreté que vise Jésus n’est pas avant tout d’ordre sociologique, même si Jésus ne l’exclut pas. La pauvreté qui intéresse Jésus est celle qui touche les racines profondes de l’homme ; là où se trouve le siège de sa rencontre et de sa réponse à Dieu, c’est-à-dire son cœur. Seul un cœur pauvre et humble est suffisamment libéré de  soi. C’est un tel cœur qui est prêt  à s’éveiller à une vraie vie, à toute vie finalement, dans une conscience sans cesse grandissante de sa propre fragilité et de son manque constitutive. Seul un cœur pauvre est apte à faire confiance, à mettre son espérance  en l’Autre qui est le « Tout Autre », Seul Détenteur du salut. C’est encore le cœur pur qui peut faire l’expérience de cette vraie liberté, héritage propre des enfants de Dieu, en passant de la rive de l’avoir à celui de l’être. La pauvreté est ainsi le synonyme de la « pureté du cœur ». Un cœur pauvre, un cœur pur, c’est un cœur perpétuellement vulnérable, pour qu’à travers ses propres blessures, qui sont aussi les blessures d’une humanité en travail, eh bien, ce cœur-là puisse se donner et puisse accueillir. Ce qu’il reçoit alors, ce cœur, c’est rien de moins que la joie du Royaume même, dès ici-bas : 

« Heureux, vous les pauvres, le Royaume de Dieu  est à vous ». Il s’agit d’un présent relatif à «  l’aujourd’hui de Dieu ». Celui qui proclame et célèbre l’actualité du salut de Dieu. Dans l’un des derniers numéros de « Paris Matchs », figure une des photos que feront sûrement le tour du monde. On y voit  un jeune Sergent de l’Armée française, une jeune femme, à Port au Prince, au chevet d’une autre jeune femme, Haïtienne, celle-là, extraite du ventre de la terre où elle était ensevelie après le cataclysme, depuis 4 jours déjà, grâce justement à l’intervention de cette secouriste et celle-ci pose une perfusion à la victime sauvée. Le regard des deux jeunes femmes se croise, mais aussi leur sourire ; un instant d’éternité !  La légende en dessous se contente de remarquer : « Impossible de dire, qui est la plus heureuse des deux ».

« Heureux les pauvres, Heureux les cœurs purs, car le Royaume des Cieux est à eux... Et ils verront Dieu ».

Toutes ces Béatitudes, de caractère si révolutionnaire pour notre entendement, nous resteraient bien inaccessibles et étrangères si Jésus, en premier ne les avaient expérimentées et vécues en plénitude. C’est précisément à ce niveau que Jésus accomplit l’enseignement prophétique de Jérémie dans la première lecture. C’est lui qui a su placer  « tout son espoir et toute son espérance en Dieu »  dans l’expérience de sa Pâques, en  étendant les racines de son être vers le Torrent aux Eaux Vives, l’Esprit Saint. Ainsi, Jésus a pu accueillir pour lui-même et pour nous, cette Vie véritable, la Grâce de la Résurrection, comme don du Père. St Paul pouvait ainsi proclamer du fond de son expérience personnelle : « Le Christ est ressuscité ; il est le premier-né d’entre les morts ».  Et pour nous aujourd’hui, être disciple du Ressuscité, c’est recevoir sa parole avec la même foi, la même confiance que les siennes vis-à-vis du Père. Avec sa parole nous recevrons aussi son Esprit, car ses paroles à lui, nous atteste-t-il, sont Esprit et elles sont Vie. Point de doute alors que nous rayonnerons ses divines « Béatitudes » dans le monde, là où il nous envoie en son Nom.

« Heureux, vous les pauvres, le Royaume des cieux est à vous » !

    Frère Germain, moine cistercien

HOMÉLIE POUR LE 5ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 

Chers frères et sœurs,

Moi, je serai ton messager : envoie-moi » !

Ces paroles de consentement d’Isaïe, à la suite de sa terrible et toute aussi merveilleuse expérience spirituelle, au seuil de sa vocation de prophète, donnent le ton aux autres textes scripturaires de ce Dimanche.  L’un des thèmes majeurs que la liturgie de ce jour nous propose est bel et bien la « vocation » ou encore « l’appel ». Dans la Bible, cet appel de l’homme vient de très loin ; il s’origine dans la relation de Dieu avec nos premiers parents : « Adam, où es-tu » ? Il s’agit en réalité d’une histoire d’amour ; c’est une alliance. La vocation ou l’appel de Dieu, met en lumière et en rapport deux abîmes apparemment infranchissables l’un par l’autre, et pourtant… Il y a tout d’abord Dieu, Celui que toute la Tradition biblique appelle le « Saint » ; « le Séparé » ; « Le Tout-Autre » ; Celui qui est au-delà de tout et sur qui nul ne peut mettre la main ; ni forcer la main ! Le deuxième abîme, c’est évidemment l’homme, la femme ; l’être humain, image de Dieu quand il réalise sa finitude, sa faiblesse, son inachèvement et aussi son péché. Le péché, dont la définition n’est pas seulement la révolte contre Dieu, mais aussi éloignement de Dieu. La peur qui s’empare d’ordinaire de tout « appelé de Dieu » est le résultat de cette prise de conscience de la différence qui nous sépare de l’être de Dieu qui est saint. La confiance et la paix sont instaurées par le passage de nos vies au creuset du feu purificateur de l’Esprit. « Ceci a touché tes lèvres, maintenant ta faute est enlevée ; ton péché est pardonné ». Alors, nous pouvons dire avec Isaïe et après lui : « Moi, je serai ton messager, envoie-moi » !

Ce Dieu qui appelle ; le Dieu du prophète Isaïe ; le Dieu de l’Apôtre Paul ; le Dieu de Notre Seigneur Jésus-Christ, «  crée et met » l’appelé en état de mission. Dieu place ainsi sa Parole en l’homme ; cette Parole est « Bonne Nouvelle ». L’engagement personnel de l’envoyé vis-à-vis de la Parole confiée fait de lui un témoin ; « un outil de la grâce » à travers lequel, Dieu lui-même mène son projet de salut à bonne fin. St Paul avait cette conviction profonde d’être un instrument de la grâce pour le salut de tous ceux que le Seigneur lui avait confiés dans la foi : « Je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée : Christ est mort pour nos péchés…Il est ressuscité le troisième jour…Il est apparu à Pierre et à tous les Apôtres… et en tout dernier lieu à l’avorton que je suis ». Depuis son chemin de Damas jusqu’à l’heure de son martyre à Rome, St Paul s’est toujours considéré comme l’exemple le plus manifeste qui soit, du triomphe de la démesure de la grâce et de la miséricorde de Dieu sur le péché de l’homme.  En Saint Paul, l’humilité est une exigence de lucidité et de vérité. « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu ».  Puisse-t-il en être de même dans nos vies aujourd’hui ! où la même grâce de Dieu est au travail et cherche à réaliser en nous les œuvres de Dieu.

Comme le feront tant d’hommes et de femmes après eux, Pierre et les premiers disciples ont discerné eux aussi l’appel de Dieu en Jésus. « Ils ramenèrent les barques, remplis de poissons au rivage, et laissant tout, ils le suivirent ». Faire office de «  suiveur » n’a pas bonne presse de nos jours et être appelé « mouton » est une injure. Une certaine psychanalyse y voit la preuve certaine de toutes les aliénations dont il convient à l’homme libre et adulte de se débarrasser.  Mais, sommes-nous sur la même longueur d’onde ; parlons-nous de la même chose ? Sans doute pas ! L’appel de Jésus est une proposition faite à la liberté souveraine de l’homme. Jésus n’insistera pas auprès du « jeune homme riche » ; pas plus qu’il n’essayera de garder la confiance et l’amitié des nombreux fans qui avaient bénéficié de la multiplication des pains ; le discours qui s’en suivit leur fera plutôt prendre le large… mais si Pierre et les autres disciples ; si le prophète Isaïe et tant d’autres «  appelés de Dieu » tout au long de l’Histoire Sainte , sont allés jusqu’au terme de leur mission comme l’a fait Jésus lui-même, c’est grâce à cette crainte d’amour, révérencielle de Dieu ;  à cette humilité ; mais aussi à cette conscience de la faiblesse, liée à notre condition humaine, qui permet à la puissance de Dieu, de faire en nous toute chose nouvelle. Or, la grande Nouveauté de Dieu, celle qui est de toujours, c’est son grand amour dont il enveloppe chacun de nous et l’humanité entière dans le Christ Jésus.

    Frère Germain, moine cistercien

HOMÉLIE POUR LE 2ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 

Chers frères et sœurs,

Qu’elle est sympathique cette page d’évangile chers frères et sœurs. Sympathique en effet de voir Jésus, avec ses premiers compagnons, au milieu de joyeux villageois rassemblés pour des noces, où il retrouve sa mère ! … Marie, qu’on aimait sans doute inviter dans le pays, pour ce genre d’événements. Marie  qu’on voit soudain inquiète pour ses hôtes, douloureuse déjà peut-être ? quand elle réalise que le vin de la fête va manquer. Marie, femme attentive se tournant vers son fils -qui apparemment, lui, n’a rien vu du tout, et qui se montre comme agacé devant la requête de sa mère ! laquelle le connaissant bien…. ne se démonte pas pour autant, et sûre d’elle et de Lui, s’empresse de souffler aux serviteurs, «faites tout  ce qu’il vous dira. »

Nous aimons entendre et imaginer tout cela et plus encore peut-être, l’heureuse fin de ces joyeuses noces bien arrosées qui auraient pu finir bien tristement…

Mais sans doute St Jean dans le compte-rendu  qu’il donne de ce mariage, n’a pas voulu nous montrer que ça. Car à une lecture attentive, il est un peu déroutant ce compte-rendu de mariage. De l’épouse, on ne parle pas ! c’est un comble pour un « papier » sur des noces . Quant à l’époux, complètement silencieux il est là que pour recevoir une apostrophe dont on ne sait pas trop si elle est un reproche ou un compliment. Le maître de la fête, le personnage central, le plus important après les époux, n’a pas beaucoup de relief lui non plus : il ne s’enquiert même pas de la provenance de ce vin étonnant qu’apportent les serveurs vers la fin du repas.

Les héros du jour sont donc, paradoxalement, sans importance Et ce sont les invités qui ont le premier rôle : d’abord la mère de Jésus mentionnée d’emblée qui suit attentive le déroulement des opérations, et qui prend la place du maître de la fête ! Ensuite Jésus venu là  avec ses premiers compagnons, qui pour son coup d’essai va faire un coup de maître.

Eh bien il faut nous habituer à la manière d’écrire de Jean l’Evangéliste. Ce n’est pas un journaliste ! et il ne faut pas se contenter ici de voir la description d’un miracle sympathique par lequel Jésus procure aux convives le vin nécessaire pour continuer la fête. Il faut essayer de découvrir le grand message spirituel dont est plein jusqu’au moindre iota ce récit des noces de Cana.

Ce premier « signe » de Jésus à Cana est d’une importance majeure.  Il évoque à lui tout seul le grand mystère du projet de Dieu sur l’humanité : mystère de Création -Jésus créé ici un vin nouveau-, mystère d’abondance et d’accomplissement -à la religion du pur et de l’impur, des ablutions purificatrices, Jésus vient substituer une religion d’amour et de liberté symbolisée par le vin de l’Esprit- mystère d’Alliance, mystère de Noces, annoncée par les prophètes, dont nous venons d’entendre à l’instant une si belle expression  chez Isaïe dans la 1ère lecture.

L’heure des noces de Dieu avec l’humanité a sonné, nous dit Jean, le vin de la fête universelle ne demande qu’à être puisé, l’épouse est déjà présente aux côtés de l’époux qui manifeste sa gloire.

Depuis les origines de l’Eglise, les Pères et les docteurs ont commenté ce récit. Sa symbolique est inépuisable. Arrêtons-nous un bref instant cependant  à leur suite, pour nous ressouvenir peut-être, de ce qu’est  cette Heure dont Jésus dit à sa mère qu’elle n’est pas encore venue… Cette heure « déjà-là » pourtant, et qui donne au récit sa singulière actualité eschatologique.

Car au sens fort, cette « Heure » est celle de la Pâque du Fils de Dieu fait homme, celle où tout est accompli,  l’Heure où Jésus ayant été glorifié, élevé sur la croix, l’Esprit est donné à ceux qui croient en lui. A Cana, cette « Heure » n’est pas encore venue, mais c’est pourtant le commencement des signes que Jésus accomplit. Sa gloire déjà y est manifestée et ses disciples ont cru en lui. Saint Jean nous   invite  en ce récit, à embrasser d’un seul regard l’œuvre et la révélation de Jésus, de sa première manifestation à son accomplissement.

La présence de Marie au début et à la fin du ministère de Jésus à dès lors une grande signification symbolique : Son intervention à Cana, qui provoque l’Heure de Jésus, exprime le  désir impatient du Peuple nouveau, de « la Préférée » comme le dit Isaïe, de voir se manifester la gloire du Christ. Debout au pied de la croix elle est le symbole vivant de l’Eglise qui reconnaît dans le Crucifié, le Fils glorifié par le Père, et l’adore en silence, consommant les noces.

Le « signe » de Cana n’est pas un épisode passé de la vie de Jésus invité un jour à des noces.  Il est révélation de la gloire du Christ fondement et objet de notre foi, invitation à contempler la gloire du Seigneur, à nous unir à lui et à nous enivrer de son vin excellent.

Le vin qu’il offre, le Christ le fait excellent, nous dit St Ephrem en un merveilleux poème.

Le vin qu’il offre, le Christ le fait excellent

pour suggérer les trésors cachés en son sang vivifiant.

Le premier signe qu’il accomplit,

c’est le vin réjouissant les convives ;

La signification, c’est son sang qui réjouit les nations.

Toutes les joies de la terre s’unissent dans le vin ;

tout ce qui est du salut s’unit dans le mystère de son sang.

Il offre le vin suave qui transforme les cœurs,

afin qu’ils croient la doctrine enivrante qui les transforme.

    Frère Gabriel, moine de Cîteaux

HOMÉLIE POUR LA PROFESSION SOLENNELE DE Fr. RAPHAËL

 

Chers frères et sœurs,

Avez-vous entendu l’avalanche qui est tombée sur nous pendant la liturgie de la parole ? Elle n’a pas effrayé Frère Raphaël qui vient de se lever et de faire une dernière fois la demande d’être intégré à notre communauté par la profession solennelle ! Avalanche pour le moins curieuse, qui n’engloutit pas ses victimes mais qui les relève ! Avalanche qui dévale du sommet des montagnes où la parole de Dieu retentit de sa voix la plus forte et aussi la plus douce : Tu seras ma fiancée, et ce sera pour toujours. Tu seras ma fiancée, et je t’apporterai la justice et le droit, l’amour et la tendresse ; tu seras ma fiancée, et je t’apporterai la fidélité, et tu connaîtras le Seigneur.

Frère Raphaël, qu’est-ce qui t’arrive ? As-tu pris ces mots pour toi ? Drôle de fiancée que se choisit le Seigneur ! Du fond du désert où il t’a entraîné pour te parler cœur à cœur, tu vas donc l’appeler mon époux et ce sera pour toujours ! Pourquoi n’as-tu pas continué le genre de vie qui était le tien au lieu de t’enterrer à Cîteaux pour toujours ? Quand même, tu n’étais pas si mal dans ta vie professionnelle. Tu avais ce qu’il faut et plus qu’il ne faut pour faire un bon ministre de la parole ! Qu’est-ce qui te prend de choisir une vie où tu devras mettre un frein à ta langue, un frein à ton rythme naturel, un frein à tes relations, un frein à l’appétit légitime d’agir à ta guise, de faire ce qui te plaît, de manger aujourd’hui un bon beefsteak-frites plutôt que du poisson ?

Chers frères et sœurs, sous une apparence qui vous fait peut-être sourire, ce sont là des questions sérieuses. Si Frère Raphaël ne se les était pas posé depuis 6 ans qu’il est parmi nous, croyez-moi ! il ne ferait certainement pas aujourd’hui profession de vie monastique dans notre communauté pour toujours. Et si nous-mêmes ne nous les étions pas posés à son sujet, nous aurions gravement manqué au devoir de discernement qui nous revient. Le temps a fait ses preuves. C’est à Cîteaux que l’Epoux de l’Eglise appelle Michel Pelayo-Garcia à prendre avec lui les chemins de l’évangile pour s’emparer de la perle du Royaume. Or, nous le savons, ce sont les violents qui s’emparent du Royaume des cieux, pas les tièdes ! Ce sont tous ceux qui se laissent emporter par l’avalanche de l’amour de Dieu qui tombe sur eux et les arrache à tout ce qui retient leur cœur pour dire librement « oui », « Amen » au débordement de la tendresse de Dieu.

Vous vous imaginez peut-être qu’une communauté monastique est un havre de paix ? Eh bien non, pensez-la plutôt comme une réserve de violence, parce que le genre de vie que nous menons à Cîteaux est du combustible dangereux dans un monde où le plus petit est écrasé par le plus grand, l’étranger renvoyé dans son pays, le vieillard parqué dans une maison de retraite, l’homme de prière jugé inutile ! Violence des pacifiques, disait Frère Roger Schutz. Moines, nous ne sommes pas des surhommes, mais nous ne sommes pas non plus des moitiés d’hommes. Nous sommes une communauté d’hommes qui veulent se traiter les uns les autres comme des frères. N’est-ce pas ce que, tout jeune, tu désirais, cher Frère Raphaël : être un « frère » ? Ton vœu est exaucé. Mais justement, à cause de cela, tu es devenu un homme dangereux, parce que te voilà pris dans l’avalanche de l’amour de Dieu qui oppose aux comportements mondains des modes de vie qui sont à cent lieues de ceux que les informations et la publicité nous vantent comme les plus heureux et les plus libérants pour l’homme d’aujourd’hui.

Chasteté, pauvreté, obéissance, n’est-ce pas un leurre ? Stabilité, conversion de mœurs, qu’est-ce qui se cache là-dessous ? Méfions-nous, c’est peut-être une invention de plus de l’Eglise pour mieux nous prendre dans ses filets ? A Cîteaux, nous croyons que c’est un trésor qui se cache là-dessous : le trésor de l’Eglise, le cœur du monde qui bat au rythme des deux grands commandements de l’amour : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Ce trésor n’est pas une idée, ni une idole, ni un secret réservé exclusivement à un cercle d’initiés. En ce temps de Noël et d’Epiphanie, c’est un nouveau-né qui a reçu le nom de Jésus. Marie, sa Mère, l’offre à tous. Ni surhomme, ni moitié d’homme, mais vrai homme lui aussi, nous voyons dans son Visage l’expression la plus parfaite de l’Amour, la manifestation la plus convaincante d’une liberté sans faille, l’invitation la plus désintéressée à la joie qui ne finit pas, l’ouverture la plus large faite aux hommes et aux femmes de toute condition pour aller sur les chemins de la Paix. Dieuchaste, Dieu pauvre, Dieu obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix, Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu, a conquis le cœur de Frère Raphaël.

Alors nous pouvons mieux comprendre ce qu’est une profession solennelle dans un monastère chrétien. C’est la célébration d’un Amour qui emporte tout, le cœur, l’âme, le corps, l’intelligence. C’est dire que cet Amour suffit à combler une vie entière et à la rendre fructueuse. C’est croire qu’Il est à l’origine et à la fin de tout, et même que la mort ne Lui a pas résisté. L’Amour l’a engloutie dans sa victoire.

    Frère Olivier, abbé de Cîteaux

HOMÉLIE POUR LA NUIT DE NOËL

 

Chers frères et sœurs,

Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! C’est le message de Noël que nous venons d’entendre. Dans le ciel, il est chanté par les anges. Sur la terre, il est annoncé par les messagers de l’évangile : hommes, femmes, enfants qui ont accueilli la bonne nouvelle proclamée en cette nuit de Noël : Aujourd’hui un Sauveur vous est né dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.

Ces messagers de l’évangile, ils portent un nom. Ce sont les « chrétiens ». Leur religion aussi porte un nom, le nom de Celui qu’ils annoncent : c’est le « christianisme », la religion des disciples de Jésus, le Christ, lui qui est la gloire de Dieu au plus haut des cieux, et la paix des hommes jusqu’aux confins de la terre.

Que de zones de violence sur notre terre en cette fin d’année 2009 ! Que d’endroits où nos frères et sœurs chrétiens se sentent de trop ! On dirait qu’il n’y a plus de place pour eux et que l’on fait tout soit pour les éliminer soit pour qu’ils partent ailleurs. Du coup, certains craignent de se rassembler pour célébrer Noël. C’est le cas en Inde, en Irak, dans le Kivu où une sœur de notre monastère de La Clarté-Dieu a été tuée le 7 décembre dernier. Ailleurs, les nouvelles ne sont guère plus très rassurantes : le 20 décembre dernier, un prêtre a été tué dans la région de Medellin en Colombie ; ici et là, des évêques et des prêtres reçoivent des lettres avec des menaces de mort. Même dans le pays de Jésus, la « terre sainte », à Bethléem, à Jérusalem, la « peur » est le principal obstacle à la paix. C’est ce que déclare ouvertement Mgr Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, et il ajoute : il faut casser la peur. Comment ? Un seul moyen : en créant la confiance.

Or, la confiance, on ne la crée pas avec des armes. Bien avant la naissance du Christ, le prophète Isaïe le criait déjà au peuple d’Israël,: Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés. On ne crée pas non plus la confiance en dressant des murs. On l’a suffisamment rappelé cette année pour marquer le 10e anniversaire de la chute du mur de Berlin. On la crée en voyant dans l’autre, quel qu’il soit, une image de Dieu, l’image d’un frère. Évidemment, ça peut coûter cher parce que l’autre peut abuser de la confiance que je lui fais. C’est pourtant bien ce chemin-là que Dieu a pris pour nous les hommes et pour notre salut. Il est venu à notre rencontre en toute confiance sans regret. Nous en avons le signe cette nuit même dans le petit enfant qui est né. Il s’appelle « Jésus », ce qui veut dire « Dieu sauve ». Par lui, avec lui et en lui : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime !

Gloire à Dieu, parce que ce petit enfant est Dieu, né de Dieu avant l’aurore des siècles, nous le croyons ! Et paix sur la terre, parce que ce petit enfant est le Prince de la Paix donné toutes les générations, nous le croyons ! Pour commencer sa longue route avec l’humanité, et régler le lourd contentieux des hommes avec Dieu, Jésus ne débarque pas avec des chars et des cavaliers. La cuirasse de sa divinité n’est autre que la chair tendre et fragile de notre humanité qu’il a reçue de Marie conçue sans péché. Voilà comment Dieu casse notre peur de l’approcher. Pour nous manifester sa confiance sans cesse redonnée, Jésus ne prendra jamais d’autre moyen que sa chair et son sang qui deviendront un jour Corps livré et Sang versé pour la multitude en rémission des péchés. En dehors des langes dont sa mère l’a emmailloté et de la tunique sans couture qu’elle lui confectionnera plus tard, Jésus n’a jamais eu besoin d’autre protection. Même les armées du ciel lui sont de trop, sauf quand elles chantent : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime !

Mes chers frères, en cette nuit de Noël, nous avons la joie de chanter cette hymne avec les anges, mais ce n’est pour le plaisir de savourer l’histoire émouvante d’un petit enfant couché dans une mangeoire, en présence de ces deux grands contemplatifs que sont le bœuf et l’âne. C’est pour nous rendre à Bethléem comme les bergers et découvrir, avec les yeux émerveillés de la foi et de l’amour, le « signe » de Confiance que Dieu nous fait en Jésus, son Fils, né de la Vierge Marie. Dans la crèche, le loup habite avec l’agneau, le léopard se couche près du chevreau, la vache et l’ourse ont même pâture ; le lion, comme le bœuf, mange du fourrage ; le nourrisson s’amuse sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, le jeune enfant étend la main ; il ne se fait plus ni mal ni destruction sur la terre car le pays tout entier est rempli de la connaissance du Seigneur.

Noël, c’est justement cela : connaître le Seigneur, ce qui veut dire « naître avec lui ». Noël, c’est aussi reconnaître le Seigneur, c’est-à-dire « renaître en lui ». Renaître de sa chair et de son sang, pour que ces êtres de chair et de sang que nous sommes annoncent à notre humanité d’aujourd’hui : Un Sauveur nous est né. C’est le Christ, le Seigneur ! Petit enfant, il vient casser nos peurs, renverser les murs que nous dressons dans nos cœurs. En sa personne, il a brisé la haine et manifesté l’amour invincible du Seigneur. C’est lui, notre vie, notre espérance et notre joie, notre eucharistie. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime !

    Frère Olivier, abbé de Cîteaux