Février 2014

 

Ce mois de février a été marqué à l'abbaye par deux décès : notre Frère Jules, le 6 du mois et notre Frère Nicolas le 27. Deux parcours différents qui nous montrent que le Bon Pasteur conduit ses brebis chacune par son nom.

Frère Jules est né en Indochine : son père, allemand de la Légion Etrangère, sa mère tonkinoise. Toute son enfance, il l'a passée au Tonkin (région de Hanoï au Vietnam actuel) puis, au fil de l'école et de l'apprentissage, il a séjourné à Bizerte où son père est mort tandis que sa mère, restée au Tonkin, n'a plus guère donné signe de vie. Engagé dans la Marine Nationale, Frère Jules a été très soutenu par un aumônier de la marine qui a achevé son éducation et l'a orienté vers Cîteaux. C'est ainsi que Frère Jules est entré dans notre monastère en 1957. Eurasien, seul au monde, il a beaucoup souffert de cette solitude, cherchant à renouer avec sa mère. La vie monastique n'a pas été facile pour lui : difficile de trouver un équilibre dans une vie de prière et de travail où, pourtant, il excellait dans le domaine de la mécanique. Petit à petit, des problèmes de santé l'ont obligé à quitter l'abbaye pour des soins de longue durée. Mais sa recherche de Dieu a continué, contre vents et marées, et c'est à 80 ans que le Seigneur est venu chercher son fidèle serviteur.

Autre parcours que celui de notre Frère Nicolas, un lorrain de 91 ans qui s'est éteint tout doucement le 27 février. Pendant presque toute sa vie monastique, et jusqu'à un âge avancé, il a été notre comptable. D'une ponctualité exemplaire, il a également été pendant des années, le sonneur qui a rythmé toute la vie de la communauté. Et ce n'était pas comme maintenant où les automatismes des cloches ont allégé la charge. C'est montre en main qu'il allait tirer les cordes des cloches une vingtaine de fois par jour ! Très silencieux, grand ami des psaumes et du chapelet, il a achevé sa vie dans une joie paisible et souriante, entouré de la sollicitude de nos frères infirmiers. C'est pendant la sonnerie de l'Angélus, qu'il a rendu son âme à Dieu, entre les mains de notre Père Abbé, en disant son dernier : "Me voici".

Février a été l'occasion d'un séjour parmi nous du Pasteur Daniel Bourguet. Figure atypique de l'Eglise Réformée puisque Daniel est protestant, Pasteur et ermite ! Il est membre de la Fraternité Spirituelle des Veilleurs qui a été créée en 1923. Il s'est initié à la vie monastique à l'Abbaye des Dombes, sous la direction de notre Père Etienne. Son physique le fait ressembler à Saint Séraphin de Sarov : même allure, même barbe particulièrement fournie, et surtout même incandescence de l'âme. Dans sa vie de prière, il est, nous dit-il, témoin privilégié de l'œuvre de Dieu qui s'accomplit dans les personnes qui viennent le visiter. Dieu est l'Accompagnateur par excellence, et l'ermite n'en est que le relais et le témoin ébloui. Il a écrit un livre sur le silence de Dieu pendant la Passion, un autre sur la tendresse de Dieu et maintenant il compose un ouvrage sur l'humilité de Dieu. 

Quand on entend parler Daniel Bourguet, on pense à la phrase de Saint Jean Chrysostome : "L'homme qui prie a la main sur le gouvernail du monde !"