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accordeon Homélie pour le Jeudi Saint – année C 2013

 

Avez-vous remarqué comme les évangiles sont tous d’une grande sobriété ? Ils ne rapportent rien qui ne soit utile à l’annonce de la bonne nouvelle. Aucun détail superflu, aucun étalage indiscret des sentiments, aucune place accordée à la moindre complaisance narrative de l’auteur. Rien pour exciter la curiosité de l’auditeur, et moins que rien pour satisfaire des vendeurs toujours prêts à tirer profit d’une matière commerciale. Les saints évangiles n’ont qu’un but : susciter la foi en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, pour que, en croyant, nous ayons la vie en son nom.

Nous voilà arrivés aux plus grands jours de cette année de la foi, ceux qui en sont le coeur. Les jours où Jésus va jusqu’au bout de son obéissance filiale à Dieu son Père et jusqu’au bout de son amour indéfectible pour les hommes et les femmes de tous les temps. Jusqu’au bout…en nous rejoignant au plus extrême de nos abandons et de nos lâchetés, dans ce qui s’appelle le péché. Pour nous, pécheurs, lui, le Saint, est devenu « péché », pour nous faire sortir de cette boue et de cet enfer, et nous conduire à la pleine lumière de l’amour et de la vérité. Il est allé jusqu’au bout de notre péché, en le prenant sur lui, en nous arrachant à ses griffes, en menant le terrible combat de la foi pour nous conduire à l’autre bout, à l’extrême opposé : sa divine et adorable sainteté. O bienheureuse passion de l’Agneau de Dieu, où le péché du monde est mis à mort ! O glorieuse résurrection où le Christ Seigneur engloutit la mort dans sa victoire ! O saint Vendredi où le bois qui a donné la mort porte le Corps qui nous rend la vie ! O saint Jour de Pâques où le Premier-Né d’entre les morts fracasse les tombes où nous enfermons la Vie !

Ce grand Mystère de foi et d’amour dont nous allons repasser les évènements dans notre cœur et les célébrer dans la liturgie du Vendredi Saint et du Jour de Pâques, aujourd’hui déjà nous l’annonçons et nous en vivons avec Jésus, présent au milieu de nous. En accomplissant des gestes que nous appelons « sacrements », il devance l’heure de sa passion et de sa mort et manifeste sa résurrection. Comme il grand, le Mystère de la foi ! Comme il mérite d’être célébré avec la plus grande pureté d’intention et d’attention !

Les évangiles l’ont retenu au détail près. Jamais ils ne s’arrêtent avec autant d’attention sur ce que Jésus fait et dit, ce soir. Depuis 33 ans, vous pensez bien que Jésus a déjà pris du pain et du vin sans que les évangiles nous en parlent, sauf pour nous rapporter l’épisode de la multiplication des pains qui était comme un signe de ce que Jésus allait accomplir ce soir. Mais ce soir, il fait bien davantage. Il ne nous donne pas seulement du pain, un pain quelconque, il nous donne le Pain de la Vie. Il ne nous donne pas seulement du vin, - fut-il celui des meilleurs cépages de Bourgogne -, il nous donne le Vin du Royaume éternel. Et nous chantons : « C’est toi, Seigneur, le Pain rompu, livré pour notre vie. C’est toi, Seigneur, notre unité, Jésus ressuscité. »

Prendre du pain, prendre du vin, ce sont nos gestes quotidiens, si simples, et tout à coup si chargés de sens par la parole qui consacre : « Ceci est mon Corps livré pour vous : mangez-en tous. Ceci est mon Sang versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés : buvez-en tous. » Et nous voilà pris dans le corps du Christ pour donner notre vie jusqu’au bout, nous aussi comme lui. Nous voilà captifs, prisonniers de l’Amour qui nous a rejoints pour toujours. Comment ne pas penser en ce moment à la sainte Cène que le Pape François célèbre ce soir avec les jeunes détenus de la prison de Rome ? Ce sont nos frères, comme le Saint Père lui-même, Serviteur des serviteurs obéissant au commandement de Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi ».

Toujours ce soir, Jésus ne se contente pas, si j’ose dire, de prendre du pain et du vin dans ses mains très saintes. Il prend autre chose encore, sans doute plus banal et moins nécessaire que le pain et le vin : un tablier, une serviette, une bassine, de l’eau. Ce qu’il fait alors surprend tous les convives. A genoux devant ses disciples, il leur lave les pieds, sans rien dire, sauf quand Pierre l’y contraint.    

Dieu à genoux devant les hommes. C’est la religion à l’envers qui remet le monde à l’endroit. « Un exemple que je vous ai donné, dit Jésus, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Pour nous remettre à l’endroit de l’amour et de la vérité, pour nous remettre à l’endroit où justice et paix s’embrassent, à l’endroit où il n’est plus d’autre pouvoir que celui de s’abaisser dans l’humble service, Jésus nous donne ce soir la sainte eucharistie et le lavement des pieds. La messe, on n’a pas toujours le bonheur d’y participer chaque jour. Heureux ceux qui le peuvent ! L’humble service, lui, est possible tous les jours.
La nouvelle évangélisation, là voilà à notre portée ! Le renouveau que nous attendons … ce soir, il nous est donné !

 

accordeon Homélie de la Vigile pascale – année C 2013

 

Que fêtons-nous à une heure aussi surprenante de la nuit ? Pourquoi nous être levés si tôt, surtout avec le début de l’heure d’été ? Parce que nous disent les textes officiels : « La vigile pascale  est à la fois le cœur et la source de toute l’année liturgique. A l'origine, cette veille durait du  coucher du soleil au lever du soleil. »

Plus profondément encore c’est parce que nous fêtons un anniversaire.

- C’est un anniversaire remarquable. Kyrouhane, ce n’est pas que pour l’anniversaire de tes 5 ans que nous nous sommes levés si tôt. Nous fêtons d’abord Pâques, la Vie qui terrasse la mort pour nous.

- C’est un Anniversaire remarquable parce que fêté, sans discontinuer, depuis bientôt 2.000 ans par des gens de tout âge, peuple, langue, race et nation… et c’est déjà la fête anticipée du Ciel que cette communion dans la diversité

- Anniversaire remarquable parce que c’est celui d’un dénouement inespéré, « Happy end », heureux dénouement : un juste est mort … mais il est vainqueur et c’est assez rare pour être fêté.

- Anniversaire remarquable parce qu’un innocent condamné à la fois par les autorités religieuses de son peuple et les autorités politiques de l’Empire est justifié par Dieu qui le Ressuscite.

- Anniversaire remarquable parce qu’un maudit car « maudit soit celui qui pend au bois » est Elevé et Il ne monte pas seul vers le Père. En Lui tout Homme est sauvé et ça mérite d’être savouré longuement… cette nuit et pendant ces 50 jours de fête qui s’ouvrent.

- Anniversaire remarquable parce qu’aucun homme n’en est exclu : «Dieu s’est plu par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.  (Col 1, 20). Ainsi chaque homme est désormais appelé à devenir Ami du Seigneur, mieux même, fils adoptif et les catéchumènes initiés cette nuit nous le montrent : la Bonne Nouvelle est celle de la Résurrection du Fils Unique et par Lui de tous ceux qui deviennent fils et filles de Dieu, c'est-à-dire citoyens du Ciel.

- Anniversaire remarquable parce que nous pouvons dire au long de ces 50 jours dans la liturgie eucharistique : « aujourd’hui le Seigneur est ressuscité » et prolonger ce refrain à chaque eucharistie dominicale tout au long de l’année. C’est donc un anniversaire que la liturgie ose dire actuel, et c’est pour cela que nous en faisons un mémorial, que nous le rendons actuel, que nous l’actualisons pour tout l’univers aujourd’hui. Ainsi chaque jour est désormais le Jour du Seigneur, le jour de notre Fête.

C°/ Voila sept raisons parmi d’autres pour que quand P Abbé dira tout à l’heure à l’entrée de la Prière Eucharistique « Rendons grâce au Seigneur Tout Puissant » nous répondions de tout notre cœur : « Cela est Juste et Bon ».

Oui il est vraiment juste et bon de te rendre grâces Seigneur

- toi qui fais des Merveilles,
- toi dont nous fêtons en cette nuit la Merveille de la Création
- toi dont nous fêtons la Merveille plus grande encore de la Rédemption.
- toi que nous fêtons en cette Eucharistie,

Ce sont sept bonnes raisons de renouveler les grâces de notre baptême, donc Rendons grâce au Seigneur Tout Puissant car il est juste et bon !

 

accordeon Homélie pour le jour de Pâques – année C 2013

 

Mes chers frères et mes chers amis,

Dans la liturgie de Pâques, nous entendons les pages les plus merveilleuses de la Bible. La Parole de Dieu devient comme des éclairs fulgurants qui illuminent le ciel de notre foi en annonçant la résurrection du Christ et la nôtre avec lui : le sacrifice d’Isaac, le passage de la mer rouge, l’amour jaloux de Dieu pour Jérusalem son épouse, le don du cœur nouveau et de l’esprit nouveau, et bien sûr l’évènement lui-même de la Résurrection : de grand matin, nous sommes allés au tombeau, avec les femmes et les aromates qu’elles avaient préparés. Et qu’avons-nous vu ? La pierre roulée, le tombeau vide, et des anges qui sont là pour nous accueillir et nous dire : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité, comme il l’avait dit. »

 

Toute cette semaine, nous allons tourner les pages de la Parole de Dieu, les unes après les autres, pour entendre les récits de la résurrection que nous rapportent par les grands témoins de l’évangile. Je voudrais m’arrêter plus particulièrement sur l’une de ces pages car la liturgie y revient sans cesse, avec le chant de l’alléluia. On l’entend chaque jour de la semaine pascale à la messe et aussi à toutes les heures du jour. C’est un psaume, le Psaume 117. Nous l’avons chanté en latin à la Vigile pascale : Confitemini Domino quoniam bonus, quoniam in saeculum misericordia ejus ! Le psalmiste vient de le reprendre en français après la première lecture : Rendez grâce au Seigneur : il est bon ! Eternel est son amour ! Toute notre assemblée s’y est associée en reprenant entre chaque strophe un verset du psaume qui sert de refrain : Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, alléluia !

 

Ce psaume de joie et d’action de grâce qui donne le ton de notre foi en la Résurrection du Christ. Il est vivant ! Pourquoi le chercher parmi les morts ? Il a jeté à la mer cheval et cavalier, c’est-à-dire que toutes les forces qui s’attaquent à la Vie. Le Ressuscité les a réduites en poussière et la page est tournée : plus de mort, ni de pleur, ni de cri, ni de peine, car, dans le Christ, Premier né d’entre les morts, le monde ancien s’en est allé. Notre religion était à l’envers, Jésus l’a remise à l’endroit.

 

A un moment crucial de sa vie publique, il s’était référé à ce psaume. Selon son habitude, il avait raconté une parabole que l’on a coutume d’appeler la parabole des « vignerons homicides ». Les pharisiens ont bien compris qu’ils étaient visés. La tension devient extrême, et ils cherchent à arrêter Jésus, mais ils n’osent pas car ils ont peur de la foule. Qu’avait-il dit qui les rende si furieux ? Dieu vous a confié sa vigne. Au temps de la vendange, il a envoyé ses serviteurs pour en recevoir les fruits, mais vous les avez tués les uns après les autres. Alors, il a envoyé son fils unique en se disant : ‘ils respecteront mon fils’, mais il a eu le même sort. Eh bien ! cette vigne vous sera enlevée. Le Maître de la vigne la confiera à d’autres vignerons qui, en leur temps, lui en livreront les fruits. Et Jésus avait ajouté : « N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ». Ce qui est une citation explicite du psaume 117, le psaume par excellence de la semaine pascale.           

 

Rendez grâce au Seigneur : il est bon ! Eternel est son amour ! Car la pierre rejetée des bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. La lourde pierre du tombeau où nous avions enfermée la vie a été roulée pour laisser passer Celui qui est la pierre d’angle de tout l’édifice de la création et de la nouvelle création, le Christ, le Seigneur de l’histoire qui, avec l’étendard de la Croix, la conduit jusqu’à son plein accomplissement. C’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.

 

Pâques, chers frères et sœurs, c’est vraiment le triomphe de la Vie, la joie de la Vie éternelle qui déjà déborde sur le monde. Pâques, c’est le triomphe du Vivant dans nos vies. Alors courage ! Ne cédons jamais au pessimisme, à cette amertume que le diable nous offre tous les jours. Vous reconnaissez là peut-être l’exhortation pressante du pape François à ses frères cardinaux dès le lendemain de son élection au siège de Pierre : « Ne cédons jamais au pessimisme et au découragement : nous avons la ferme certitude que l’Esprit Saint donne à l’Eglise, par son souffle puissant, le courage de persévérer et aussi de chercher de nouvelles méthodes d’évangélisation, pour porter l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre ». 

 

Permettez-moi de faire écho à cette parole du pape François en disant : nous avons la ferme certitude que l’évangélisation, toujours nouvelle et tellement passionnante, ne réclame pas forcément de nous d’aller à l’autre bout du monde. Ce pourrait être une fuite de nos devoirs les plus élémentaires. Elle commence par un travail sur soi qui est plus difficile encore que tout ce qu’on voudrait entreprendre pour évangéliser les autres. La véritable conversion commence par soi-même. Le monde monastique le sait bien, et il s’efforce tant bien que mal d’y travailler, en se répétant des adages qui en disent long sur la véritable évangélisation. Je vous en cite quelques-uns : « celui qui domine sa colère est plus grand que celui qui ressuscite les morts » ; « celui qui domine sa propension à la gloriole, à la vanité, à la tristesse, à la sensualité, est plus grand que celui qui ressuscite les morts » ; « seul, le libéré libère ; seul, le pacifié pacifie ». Alors, courage, chers frères et sœurs ! Le Ressuscité fait sortir nos cœurs et nos vies du tombeau.  Rendez grâce au Seigneur : il est bon ! Eternel est son amour !

 

accordeon Homélie pour le 4e dimanche de Pâques – année C 2013

 

Qu'il est bon, qu'il est doux, frères et sœurs, d'entendre ces paroles : "Je suis le Bon Pasteur, le vrai berger. Mes brebis écoutent ma voix; moi, je les connais, et elles me suivent." Et nous voilà emportés dans de verts pâturages, spectacle d'une grande douceur qui convient si bien à des âmes bien-pensantes, à des gens assoupis.

Eh bien détrompez-vous ! Les chrétiens ne sont pas des poètes qui contemplent à l'envi des scènes champêtres. Vous avez entendu tout à l'heure le récit des Actes des Apôtres ? Tu veux être chrétien ? Apprête-toi à combattre ! "Toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur. Quand les Juifs virent tant de monde, ils furent remplis de fureur; ils repoussaient les affirmations de Paul avec des injures." Voilà la persécution qui se déchaîne et ne nous en étonnons pas : l'Eglise persécutée, c'est l'Eglise de tous les temps. A partir du moment où nous annonçons la Vérité, le démon grince des dents et se déchaîne. Il va tout faire pour nous arracher de la main du Seigneur.

D'un côté la fureur et la persécution, de l'autre la joie de croire, la joie de l'Esprit Saint.

Un chrétien, une chrétienne, c'est quelqu'un qui a le cœur en feu : l'annonce de l'Evangile le brûle mais il sait que la contradiction et peut-être même la persécution l'attendent.

Si vous avez bien écouté la lecture du livre de l'Apocalypse, nous sommes bien toujours dans le même registre : la foule immense de toutes nations, races, peuples et langues, se tient debout devant le Trône et devant l'Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Spectacle magnifique qu'il nous est bon de contempler. Oui, mais d'où viennent-ils ? "Ils viennent de la grande épreuve; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le Sang de l'Agneau." Autrement dit, cette foule immense et magnifique, ce sont les martyrs qui ont versé leur sang et l'ont mêlé au sang de l'Agneau de Dieu, le Christ crucifié et ressuscité.

Maintenant leur épreuve est finie : ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif, la brûlure du soleil ne les accablera plus.

Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que nous, nous sommes encore dans la grande épreuve. Rien d'étonnant, dès lors, si notre vie chrétienne est un lieu de combat. Il est normal que nous soyons soumis à la contradiction et peut-être à la persécution. Il est normal que nous ayons à manifester notre désaccord lorsque nos gouvernants veulent nous emmener dans des directions opposées à notre foi. Il est normal que nous fassions entendre notre protestation lorsque l'institution du mariage est bafouée.

De tous côtés, nous sommes invités, incités à laisser éteindre petit à petit, tout doucement et sans douleur le feu de notre vie chrétienne, à nous conformer à notre société de consommation et à mettre au vestiaire nos ardeurs déplacées. A être de bons petits moutons qui, pendant qu'ils suivent leur inoffensif pasteur, ne dérangent en rien la société qui se construit sans eux.

L'appel du Seigneur sur nous aujourd'hui est tout autre. Le Bon Pasteur, c'est celui qui donne sa vie. Et il appelle ses brebis à donner leur vie.

Mais au fait : ce dimanche du Bon Pasteur, c'est un jour où nous prions spécialement pour les vocations. Alors faisons-le. Et n'oublions pas que prier pour les vocations, ce n'est pas très fatiguant surtout si nous ne sommes guère concernés nous-mêmes, si nous prions du bout des lèvres sans nous sentir directement concernés !

Là encore, prenons notre vie chrétienne au sérieux. Prier pour les vocations, ça veut dire pour nous parents de se poser la question et de la poser à nos enfants : envisagerais-tu de consacrer ta vie à Dieu ? Prêtre, religieux, religieuse ?

Et pour vous les jeunes, prier pour les vocations c'est aussi vous demander : pourquoi pas moi ?

Le Seigneur appelle. Notre monde appelle. Nous avons besoin d'hommes, de femmes, qui soient les pasteurs, qui soient les serviteurs, qui soient les témoins de la Vérité.
Oh Seigneur. Envoie-moi.

 

accordeon Homélie pour le 7e dimanche de Pâques – année C 2013

Jésus prie … pour notre divinisation !!!

« Que tous, ils soient un » : Dieu ne désire pas nous rendre tous pareils, identiques, comme des robots. Il prie pour que nous soyons un entre nous, comme Lui avec le Père. Cette identité qu’il nous offre n’est pas celle de l’uniformité mais celle de la personnalité. Cette identité n’est pas celle de Babel : une seule langue et les même mots, ce que nous traduirions aujour-d’hui par « pensée unique » et dont nous percevons bien le risque sectaire. C’est une identité de volonté, de désir du Bonheur des Enfants de Dieu.

« Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous ». Jésus nous veut un c'est-à-dire unis par l’Amour comme il est un avec le Père, uni par l’Amour qui est l’Esprit Saint. Il prie pour que nous soyons un en Dieu, c'est-à-dire associés à l’Esprit d’Unité, divinisés. Cette prière est redoutable : se faire Un avec le Père, considéré comme un blasphème par les Juifs lui vaut un essai de lapidation et sa fuite du Temple lors de la Fête de la Dédicace. (Jn 10, 31-39).

Cette prière est redoutable car le Père peut-il résister à la prière de Son Fils et Le Père n’est-Il pas Tout Puissant ? Le Père Tout Puissant écoute la prière de son Fils comme Il nous invite lui-même à l’écouter : « Ecoute Israël le Seigneur ton Dieu, l’Unique Seigneur » (Dt 6, 4).

Que risquons-nous alors ? La Vie éternelle et Bienheureuse nous dit la théologie occidentale, la divinisation nous dit la théologie orientale. Osons respirer avec ces deux poumons.

Nous pouvons penser cela compliqué, inatteignable même, mais nous sommes entourés de passeurs :

Ceux qui contemplent leur Seigneur depuis leur Création, nos frères ainés les Anges,

Ceux qui ont suivi le Christ au long de leur vie saintement,

Ceux qui ont reçu de Notre Seigneur la Miséricorde et le Pardon,

Ceux avec qui nous partageons nos vies au quotidien, appelés à être Christ pour nous comme nous sommes appelés à être Christ pour eux.

De plus ne sommes-nous pas entre l’Ascension et la Pentecôte, Temps d’une prière plus fervente pour que vienne le Défenseur, celui qui dans la Trinité prépare la place au Père et au Fils ?

Enfin, le Christ n’est pas monté aux Cieux auprès du Père pour lui-même mais pour parachever sa mission. Le Bienheureux Guerric d’Igny le dit joliment: « Comme l’aigle qui apprend à ses petits à voler en voletant au-dessus d’eux”, [le Christ] s’efforçait d’élever [le] cœur [de ses disciples] à sa suite par son amour, et il leur promettait, par l’exemple de son corps, que leurs corps aussi pourraient s’élever pareillement. »

Votre mémoire est probablement familière de ce beau passage de la PE 3 : « quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l´Esprit Saint, accorde-nous d´être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. »

Nous ne voyons pas le Christ s’élever jusqu’à la nuée … mais nous le voyons élevé dans la coupe et la patène. Apprenons à l’y reconnaître et à élever nos cœurs nous aussi pour les tourner vers le Seigneur. Alors nous pourrons devenir participants de cette unité qui est la béatitude des Pacifiques : là où nous sommes un, là est la Paix, devise de la famille bénédictine.

Nous savons cette unité déjà réalisée en Dieu : c’est la Sainte trinité.

Nous savons cette unité déjà réalisée en germe en l’Eglise, ce Corps du Christ uni pour célébrer l’Eucharistie et uni par la célébration de l’Eucharistie en un seul Corps qui est le Corps du Christ.

Pour que sa prière pour l’Unité soit pleinement exaucée, Christ nous donne jusqu’à sa Vie elle-même en nourriture … faisons de même, livrons-nous à nos frères et sœurs, pour construire une société juste et fraternelle, comme le demande le message d’envoi de Diaconia hier alors nous répondrons à sa prière. Alors ensemble, comme Etienne nous verrons le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu et nous pourrons nous joindre à toute l’Eglise en un vibrant appel :

Amen ! Viens, Seigneur Jésus !

 

accordeon Homélie pour la Pentecôte – année C 2013

Jésus avait dit à ses disciples : c’est votre intérêt que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. Quelques heures après, son grand départ a commencé. D’abord de manière dramatique : la nuit d’agonie, la trahison de Judas, le reniement de Pierre, le jugement et la condamnation, la montée au calvaire, la mort, la mise au tombeau… avec tout cela la fuite des disciples, leur enfermement dans la peur et le silence d’un jour interminable… Jusqu’à ce que, au matin de Pâques, l’alerte soit donnée par une femme : on a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis. Plus aucune trace de lui, même pas de son cadavre. Personne ne peut plus mettre la main sur Jésus. On touche du vide.

Qu’est-ce qui s’éveille au matin de Pâques, avec le Ressuscité ? C’est la foi ! C’est un peuple de croyants ! C’est le nouveau régime du monde : la vie de foi. Il vit et il crut. 

Quand la Madeleine entend celui qu’elle prenait pour le jardinier prononcer son nom : « Marie ! », alors elle veut le saisir, mais il lui dit : Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. A partir de la Résurrection, le  départ de Jésus perd son côté dramatique, car le Bien-Aimé est vivant ! Jésus est vivant, c’est sûr, mais nous ne pouvons pas le retenir, et ce n’est pas dans notre intérêt car sa mission n’est pas encore finie. Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Je vais vous préparer une place. C’est l’Ascension et la promesse de l’Esprit Saint.

Qu’est-ce qui s’éveille, le jour de l’Ascension ? C’est l’espérance ! C’est un peuple de croyants qui, sans fléchir, affirme son espérance ! Le Christ nous a précédés dans la gloire auprès de Dieu, et c’est là que nous vivons en espérance.   

Aujourd’hui, avec la Pentecôte, Jésus a tenu sa promesse. Même si nous avons été lâches, infidèles, renégats, peureux, pécheurs, peut-être même au bord du désespoir, il nous envoie l’Esprit qui procède du Père, le Défenseur qui nous enseigne tout et qui nous fait souvenir de tout ce que Jésus nous a dit. Désormais, on n’entre plus dans un tombeau vide, on entre dans l’Eglise du Dieu vivant. On ne touche plus du vide, on reçoit le Pain de la Vie et le Vin du Royaume éternel. On ne connaît plus Jésus selon la chair, on le connaît selon l’Esprit. Et cette connaissance spirituelle ne concerne pas seulement notre relation à Jésus, elle concerne toutes nos relations humaines.

Qu’est-ce qui s’éveille, le jour de la Pentecôte ? C’est l’amour ! C’est le peuple de Pâques, debout dans la foi, tendu vers les choses d’en haut dans l’espérance, et brûlé au cœur par l’amour. Et nous chantons : Voici le temps, Esprit très Saint, où dans le cœur de tes fidèles, uni au Père et à son Fils, tu viens répandre ta lumière. Que notre langue et notre cœur, que notre vie, que notre force, s’enflamment de ta charité pour tous les hommes que tu aimes !

Aujourd’hui, l’alerte n’est plus donnée par une femme. Elle vient du ciel, comme un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent. Le message n’atteint pas seulement une petite poignée d’hommes enfermée dans la peur, mais il s’adresse à toutes les nations qui sont sous le ciel. Il ne se transmet pas dans une langue qui serait plus sacrée que les autres, mais l’Esprit s’approprie toutes les langues du monde et les consacre à la proclamation des merveilles de Dieu.

Aujourd’hui, chers frères et sœurs, la merveille des merveilles nous est donnée. L’Amour lui-même, l’Amour en Personne, qui vient remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous les fidèles du Christ. L’Amour qui est notre Défenseur contre le péché, c’est-à-dire contre le Défonceur, le Diviseur, l’Esprit du mal, l’Esprit du monde. L’Amour qui renouvelle la face de la terre. A quoi peut-on reconnaître qu’il est bien là ? Jésus le dit : il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. Et tout ce qu’il nous a dit se résume dans Son commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. C’est à ce signe qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples.

Une communauté où on se déchire n’est pas habitée par l’amour, ce n’est pas une communauté chrétienne, c’est le repère du diable. Une famille qui se divise n’est pas habitée par l’amour, ce n’est pas une famille chrétienne. Une Eglise qui prêche l’amour sans le vivre en actes et en vérité n’est pas crédible. Ils sont finis les temps où, à l’intérieur même de l’Eglise, de nos communautés et de nos familles, nous pouvions donner l’apparence d’être chrétiens sans l’être vraiment.

Une communauté où on se déchire mais où on se réconcilie, où on se pardonne…si possible avant le coucher du soleil, est une communauté chrétienne, habitée par l’amour. Une famille qui se sépare, mais où l’on fait tout son possible pour se tendre à nouveau la main et le cœur et repartir à neuf est une famille habitée par l’Esprit qui renouvelle la face de la terre. Une Eglise qui, dans son sein, éprouve des tensions, des désaccords, voire des scandales, qui ne s’en cache pas mais qui s’efforce de faire la vérité, de susciter le dialogue, de reprendre les coupables, de soutenir les faibles, d’encourager les forts, est une Eglise où le Défenseur est à l’œuvre. C’est notre Eglise, ne nous en cachons pas. C’est l’Eglise de la Pentecôte, fondée sur les apôtres et les prophètes, et dont la pierre d’angle est Jésus-Christ. Elle est notre Mère, dans les douleurs de l’enfantement, mais dans la joie de l’Esprit Saint qui la pousse tous les jours et par tous les temps à sortir le monde de son marasme en lui annonçant les merveilles de Dieu.

 

accordeon Homélie pour le Saint Sacrement – année C 2013

C’est l’histoire d’un roi qui invite à un festin; c’est l’histoire d’un repas; c’est l’histoire des retrouvailles.

On pourrait penser, en lisant la Bible, que la seule raison d’exister c’est de manger.

Bien sûr, ce n’est pas ce qu’elle dit.

Mais nous savons bien, et cela la Bible ne dit pas le contraire, que manger est une activité de tout être vivant pour vivre.

Depuis l’arbre de vie au milieu du jardin d’Eden, jusqu’au royaume de Dieu que Jésus compare à un festin, en passant par la manne dans le désert, et par les noces de Cana, notre livre de vie est parcouru par des histoires de nourriture.

Vivre ce n’est pas manger, mais si on ne mange plus, on ne vit plus.

Cette nécessité se traduit par une concurrence continuelle dans le monde animal; les hommes luttent aussi non sans risque pour trouver de la nourriture dès la préhistoire;

cela engendre aussi des migrations et même des guerres encore aujourd’hui.

L’entraide tente non sans mal de faire face à la lutte.

Ce qui nous surprend c’est que Dieu lui-même se donne en nourriture aujourd’hui ;

scandale pour les Juifs, folie pour les païens.

Nous ne sommes ni Juifs ni païens, mais nous n’en demeurons pas moins devant un fameux mystère.

Nous allons célébrer une fois encore ce repas de la Cène.

Avant de mourir, Jésus prit du pain.

Le pain est partagé, mais les hommes se rassemblent.

L’Eucharistie est-elle un repas ou un banquet ? On dira qu’il n’y a pas de différence;

Il y en a pourtant une : dans un repas on se préoccupe du menu; dans un banquet on se préoccupe davantage des invités. A Cana le projecteur est braqué sur les personnes de Jésus et de Marie; mais on ne sait même pas ce qu’ils ont mangé.

Dans tous ces récits de la Bible où il est question de nourriture, nous savons bien qu'il s’agit souvent d’une manière imagée de parler donc de métaphores; mais pourtant celui qui les utilise, comme celui qui a prêche, à commencer par Jésus lui-même, n’ont pas trouvé de meilleure image pour décrire la vérité.

Il faut croire que dans le Royaume, nous continuerons de manger quelque chose, car “l’homme ne se nourrit pas seulement de pain”.

Quant à la boisson, il y avait de quoi scandaliser encore davantage les Juifs : jamais dans l’ancien testament, on ne boit le sang; on le respecte infiniment; on le sacralise; et on peint montant des portes, on en asperge le peuple, on le verse avec précaution au pied de l’autel; on rend à la terre ce qui vient de la terre. Il n’est question du sang que dans deux sortent de circonstances ; d’abord dans les textes juridique à propos du meurtre, ensuite dans le Temple à propos de la liturgie. On n’en parle pas dans les combats guerriers. Le meurtre et le sacrifice sont les seuls motifs d’en parler.

Le Saint Sacrifice de la Messe a toujours été orienté tantôt par l’un ou l’autre de ces pôles : repas ou sacrifice. Assis à une table ou debout autour d’un autel ? A la Cène , Jésus a célébré le repas pascal; repas d’adieu pour lui, repas de joie pour les autres.

Ensuite il est mort; ensuite il est ressuscité, et nous invite à un autre festin.

 

 

accordeon Homélie pour la Saint Bernard – année C 2013

9ème centenaire de son entrée à Cîteaux

Les lectures que nous venons d'entendre ont une résonance particulière en cette année du 9e centenaire de l'entrée de Bernard de Fontaine à Cîteaux. A vrai dire, on ne sait pas grand chose de l'enfance et de la jeunesse de Bernard, mais personne ne met en doute que, des 7 enfants de Tescelin et Aleth, Bernard est le seul à faire des études à l'école des
chanoines de Saint-Vorles, à Châtillon-sur-Seine. Il y reçoit une formation littéraire solide qui n'a pu que l'aider à développer des dons naturels qui, à l'évidence, étaient exceptionnels. Plus important encore, on peut affirmer que c'est là, dans cette école de clercs, qu'il commence à prendre goût à la Parole de Dieu écoutée, chantée dans la liturgie, et commentée par les Pères de l'Eglise. Il la mémorise, elle devient sa propre langue, son moyen normal d'exprimer ses idées, ses sentiments, et de laisser s'épancher l'intense vitalité qui l'anime déjà. 

Bernard est un « surdoué », d'une richesse humaine réellement extraordinaire, dans les domaines de l'intelligence, de l'affectivité, des talents artistiques. Qu'allait-il devenir ?
Sa famille le destine à la cléricature, et elle le voit déjà à un poste important,... au moins un évêché ! Bernard s'oriente autrement, sans crainte de déconcerter son entourage. Il choisit Cîteaux, ce « nouveau monastère » qui n'était pas inconnu, mais qui faisait alors pâle figure à côté de saint Bénigne de Dijon et surtout de Cluny alors au faîte de sa renommée. Fondé depuis une 15e d'années, Cîteaux se voulait fidèle à la Règle de saint Benoît, en évitant le plus possible les compromis avec l'esprit  mondain. Entrer à Cîteaux ne flattait ni les plaisirs de la chair ni l'orgueil de l'esprit. Bernard décide de faire le pas qui restera celui de toute sa vie. Il a prié, et l'intelligence lui a été donnée. Ce qu'il veut, c'est la ferveur du cœur et la radicalité de l'évangile. Il a supplié, et l'esprit de la Sagesse est venu sur lui. Il l'a préférée aux trônes et aux sceptres, il l'a aimée plus que la santé et la beauté.

Plus tard, avec quelle justesse et quel talent il parlera de la Sagesse du Verbe incarné ! On accourra de loin pour le voir, l'entendre, le toucher ! Mais aujourd'hui, il n'a que 22 / 23 ans et il entre à Cîteaux. Celui que le Seigneur va bientôt mettre sur le lampadaire pour éclairer l'Eglise et l'Europe choisit de disparaître comme le sel dans la pâte. Il trouve à Cîteaux un lieu sûr pour se cacher au plus secret de la face de Dieu, loin des intrigues des hommes. Vous me permettrez de dire ici, peut-être avec un excès d'audace, un refrain que mes frères ont entendu tout au long de ce 9e centenaire : Bernard n'aurait sans doute jamais exercé l'influence que l'on sait s'il n'avait pas reçu à Cîteaux une formation monastique à la mesure de sa personnalité exceptionnelle. Il est un fils de Cîteaux qui doit à sa mère d'avoir été ce qu'il fût ! En ce sens, il est Bernard de Cîteaux avant d'être Bernard de Clairvaux !

Qui donc l'accueille quand il arrive ici ? Une communauté pauvre, fraternelle, éprouvée, et par là même sans fard, avec à sa tête, un homme lui aussi d'une rare envergure. C'est le moins qu'on puisse dire. Pour accueillir un jeune leader de 23 ans, à la tête d'un groupe d'une trentaine de compagnons, appartenant à la meilleure société bourguignonne, sans se laisser déstabiliser, il fallait que l'abbé Etienne Harding soit d'une rare envergure, et il fallait que la communauté de Cîteaux soit non seulement bien formée mais fondée sur le roc.

On a fait maintes recherches pour clarifier la relation de saint Etienne Harding avec saint Bernard. Elle reste énigmatique, sauf sur un point essentiel qui est au cœur de l'évangile et de la règle de saint Benoît : la charité. Etienne en fait l'âme qui soude indissolublement par l'esprit les moines corporellement dispersés dans les abbayes. Bernard la chante à tout vent par sa vie et dans ses écrits. L'amour, la dilection, ce chérissement d'un cœur tendre et fort, cette charité qui ne passe jamais, elle est pour lui la seule raison d'aimer Dieu, et la seule mesure à mettre dans nos relations avec Lui et avec notre prochain. Partout où il passe, il veut l'allumer, et d'abord dans le cœur de ses frères.

J'en vois une illustration émouvante dans la gravure que nous avons choisie pour célébrer ce 9e centenaire. Etienne Harding et ses frères sortent pour accueillir Bernard et ses compagnons. Bernard, le corps incliné devant le père abbé, la tête prête à recevoir le baiser de paix, laisse le père du monastère poser sur lui fortement ses deux mains dans un geste qui rappelle celui du père miséricordieux accueillant son fils prodigue de retour à la maison. Bernard n'est certainement pas arrivé à Cîteaux en conquérant. Ce que ses compagnons et lui viennent apprendre, c'est la miséricorde de Dieu et celle de l'Ordre. Et c'est ce que nous tous, moines et moniales cisterciens présents sous toutes les latitudes aujourd'hui, nous réclamons le jour de notre entrée au monastère et chaque jour de notre vie. Que demandez-vous ? – « La miséricorde de Dieu et celle de l'Ordre ». Bernard n'a pas été déçu !

La gravure qui représente Etienne Harding l'accueillant avec ses compagnons montre que ce premier jour décisif, ce premier jour du premier amour, est entièrement éclairé par la Croix glorieuse qui est portée par les anges. En ce 9e centenaire de son entrée à Cîteaux, Bernard nous la donne cette Croix, à chacune, à chacun, pour que nous la portions sur notre cœur et dans nos vies joyeusement, amoureusement, et qu'elle soit pour nous ce qu'elle a été pour lui : un bouquet de myrrhe dont nous pouvons chaque jour respirer le parfum.

 

 

accordeon Homélie pour le 15 dimanche ordinaire année C 2013

 

14 juillet 2013

Rien d'étonnant au comportement de ce prêtre et de ce lévite. Remarquez : ils descendent de Jérusalem à Jéricho. Autrement dit : l'un et l'autre ils viennent d'achever leur service au Temple. Et le prêtre que fait-il ? Il médite l'homélie, très remarquable d'ailleurs, qu'il vient de faire sur l'amour de Dieu premier servi.

Quant au lévite qui est un technicien des cérémonies, il passe en revue le rituel : combien de coups d'encensoir faut-il donner quand on approche de l'autel ? (3 fois 5 coups ou 5 fois 3 coups ?) Les chantres ont-ils bien placé leur voix pour chanter le Si bécarre qui se trouve en bas de leur partition ?...

Tellement occupés par leurs fonctions, comment voulez-vous qu'ils pensent à venir en aide à ce blessé qui encombre le chemin ?

Le Samaritain, lui, ce n'est pas un spécialiste religieux, c'est même une espèce hérétique. Mais, nous dit Jésus, "il le vit et fut saisi de pitié." Et plutôt que de passer de l'autre côté, il s'approche du blessé, il le soigne, il le prend en charge comme si c'était lui-même.

Lundi dernier, le Pape François s'est rendu sur la petite île de Lampedusa, située entre la Sicile et la Tunisie. Cette terre italienne reçoit un afflux incessant de migrants qui, au péril de leur vie, cherchent à gagner l'Europe qui ne sait qu'en faire. Cette visite du Pape : une visite de « pleurs pour ceux qui sont morts durant leur voyage vers de meilleures conditions de vie; de solidarité avec tous ceux qui souffrent sur cette route ; de solidarité et d'encouragement pour tous ceux qui s'engagent en vérité à les accueillir et à leur permettre de repartir vers une vie meilleure; d'encouragement très fort pour ceux qui, dans les niveaux de responsabilité, peuvent chercher à créer de meilleures conditions pour que cette nouvelle vie puisse vraiment se réaliser ».

Et le Pape a lancé un appel à tous, à chacun de nous pour ne pas nous laisser aller à la
« mondialisation de l'indifférence » et « l'anesthésie du cœur », qui empêchent de «pleurer» pour celui qui souffre.

En souriant aux réfugiés, en les bénissant, en les embrassant, le Pape les restaure dans la pleine dignité de leur humanité. Et pourquoi fait-il cela ? Parce que Dieu s'est fait homme et que tout homme reflète le visage de Dieu.

Voilà la parabole du Bon Samaritain qui a été mise en œuvre lundi dernier. Et du coup, nous sommes nous aussi interpellés.

Certes je ne suis pas un responsable politique qui peut agir sur les situations mondiales, je ne suis pas non plus du service de la Police aux Frontières ni des douanes pour accueillir ou non des réfugiés.

Mais dans ma vie la plus quotidienne, quelles sont mes attitudes ? Ai-je le cœur assez éveillé pour reconnaître Jésus dans celui qui souffre et qui attend désespérément de l'aide ? Et d'abord est-ce que je le vois ? Suis-je accessible à la pitié envers mon prochain comme l'est le Bon Samaritain ?

Si je n'ai pas de grandes responsabilités dans la conduite du monde, j'ai l'immense responsabilité d'être semeur du Royaume. Si je suis le Bon Samaritain, je suis le Christ qui donne sa vie pour ses brebis. Si je suis le blessé de la vie, je suis encore le Christ qui a souffert sa Passion par amour pour nous et qui appelle au secours. Et la miséricorde que je pratique est une semence jetée en terre qui fait lever la moisson du Royaume des Cieux.

Dans cette Eucharistie, que ta Parole Seigneur ouvre mon cœur à ton amour. Que le Pain de Vie ouvre mes yeux aux détresses que je peux côtoyer : que je te reconnaisse dans celui qui souffre et que je lui apporte un peu de Ta vie.

Amen.

 

accordeon Homélie pour l'Assomption – année C 2013

 

ASSOMPTION 2013

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, il y a une parole qui mérite qu’on s’y arrête très spécialement en cette Année de la Foi. C’est ce qu’ Elisabeth, remplie de l’Esprit Saint, dit à Marie d’une voix forte : Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.

Heureuse celle qui a cru ! La béatitude de la foi ! Hier soir, à la messe de la vigile de l’Assomption, l’évangile rapportait aussi une béatitude qui était aussi prononcée par une femme à l’adresse de Marie, la Mère de Jésus. Une femme dont on ignore le nom, qui s’écrie : Heureuse la mère qui t’a porté dans ses entrailles, et qui t’a nourri de son lait ! Il n’y a qu’une femme qui peut dire une chose pareille, et une femme qui a eu la joie d’être maman. Nous, pauvres hommes, nous ne connaissons pas cette joie-là, si belle, si grande ! Jésus, un homme comme nous, a entendu bien sûr ce qui dit la femme. Toute la foule l’a entendu. Comment réagit-il ? Il ne dit pas à la femme qu’elle a tort de dire cela, car il sait très bien que c’est un grand bonheur pour Marie, sa mère, de l’avoir porté dans ses entrailles et nourri de son lait ! Mais sa réponse nous entraîne beaucoup plus loin que ce bonheur passager que Marie a connu pendant quelques mois, et elle nous concerne tous, aussi bien les hommes que les femmes : Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent ! Loin d’être une parole blessante pour sa Mère, c’était un aveu de félicité. Qui a écouté la parole de Dieu avec plus d’attention que Marie ? Qui l’a gardée dans son cœur avec plus d’amour et de soin, avant même l’incarnation ?

Hier, en la messe de la vigile de l’Assomption, l’évangile rapportait donc le bonheur de la femme écoute. Un bonheur qui s’étend à tous ceux et celles qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent, tous ceux et celles qui pratiquent assidument la lectio divina. Aujourd’hui, en la messe du jour de l’Assomption, l’évangile chante le bonheur de la femme qui croit en l’accomplissement des paroles de Dieu. Un bonheur qui s’étend à tous ceux et celles qui croient que la parole de Dieu ne reste pas sans effet et qu’elle ne lui revient pas sans résultat. Hier, joie de l’écoute car Dieu est Amour et c’est l’Amour qui nous parle ! Aujourd’hui, joie de la foi, qui répond à l’Amour d’un cœur libre et généreux : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole.

Cher frère, chère sœur, tu veux croire, toi aussi ? Fais donc comme Marie ! écoute, tends l’oreille de ton cœur, et fais ce que le Psaume ajoute de manière péremptoire : Oublie ton peuple et la maison de ton père. Parole qui semble dure. Comment la comprendre ? Dieu serait-il jaloux de l’affection que nous portons à notre famille, à nos proches, à notre patrie ? Faut-il que je coupe avec toutes mes racines pour que ma foi lui soit agréable et que le Roi du ciel se déclare séduit par ma beauté ? Mais alors, pourquoi Marie, à peine enceinte, court-elle dans sa parenté, rendre visite à sa cousine Elisabeth et rester chez elle environ trois mois ? Elle n’oublie pas son peuple. Elle n’oublie pas qu’elle est fille d’Israël. Elle n’oublie pas la longue lignée à laquelle elle appartient, et son âme exalte le Seigneur. Voyez comme elle le chante : Il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais. Quelle méprise ce serait de concevoir Dieu comme quelqu’un qui confisquerait pour lui seul notre mémoire, notre intelligence et notre cœur ! Celui qui déclare dans la loi de Moïse : Honore ton père et ta mère, et qui fait ce vibrant aveu par la bouche de son prophète : Une mère oublierait-elle son enfant, moi je ne t’oublierai jamais ! peut-il nous demander de faire une croix sèche sur ce qui émeut le plus profond de nos entrailles d’hommes et de femmes ? Dieu aurait-il le cœur plus dur que le nôtre, moins tendre que le nôtre ?

Quel est donc l’oubli que Marie, fille d’Israël, a pratiqué pour que le Roi des Anges s’éprenne à jamais de sa beauté ? C’est l’oubli de tout ce qui nous retient d’avancer et de courir sur la route du Royaume des cieux. C’est le sevrage de tout ce qui empêche la foi de croître. Pour nous, moines, c’est la nourrice de saint Benoît qui nous ligote gentiment dans le paradis de nos affections charnelles. Or, la vie, ce n’est pas derrière, c’est devant ! La foi, c’est devant ! Oubliant ce qui est derrière, je vais droit de l’avant, dit saint Paul. Cîteaux, aujourd’hui, c’est devant ! Ce n’est pas le rêve d’un nouveau jeune Bernard, entré ici il y a 900 ans, qu’il faudrait ressusciter ! Tant mieux s’il y a des vocations, et nous prions pour ! Mais qui ne sait que le grand nombre peut être un piège ? Les véritables aventuriers du bonheur sont ceux de l’écoute de la parole de Dieu et de la foi qui répond : Me voici, Seigneur, pour faire ta volonté !

L’Eglise, aujourd’hui, ce n’est pas derrière, c’est devant, sans la garantie d’une pêche miraculeuse, quelle que soit la forme de nos célébrations, ordinaire ou extraordinaire ! 3 millions de jeunes à Rio : c’est merveilleux, bénissons le Seigneur ! Mais des prêtres, des évêques, des chrétiens enlevés en Syrie, maltraités au Nigéria, persécutés en Inde et ailleurs, est-ce moins merveilleux ? Hommes et femmes qui vont jusqu’au bout de leur foi, comme Marie au pied de la Croix ! Par la foi, elle a fait comme son père Abraham : elle à obéi à l’appel, et elle est partie sans savoir où la conduirait son Fiat. Son point d’appui, c’est le Seigneur dont l’amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Sa force, c’est le bras du Seigneur qui disperse les superbes. Son Dieu, c’est le pourvoyeur des humbles et des affamés. Sa joie, c’est l’humanité entière délivrée des puissances du mal et qui revit dans la résurrection du Christ. Sa gloire, c’est la Trinité Sainte qui l’élève aujourd’hui, avec son corps et son âme, dans la splendeur des cieux.

 

accordeon Homélie pour la Toussaint – année C 2013

 

TOUSSAINT  2013

À la joie, je t’invite. C’est le titre d’un livre qu’on nous lit en ce moment au réfectoire.
À la joie, je t’invite. Ne pensez-vous pas qu’on pourrait donner ce titre à l’évangile que nous venons d’entendre ? Jésus gravit la montagne, il s’assied, avec ses disciples autour de lui, et une grande foule qui est venue l’entendre. Et voilà que sortent de sa bouche des mots qui viennent du profond de son cœur : Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux ! Heureux les doux, ils recevront la terre en héritage ! Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ! Et il continue à dérouler cette annonce de bonheur, à déverser les grandes eaux du ciel comme des vagues qui, l’une après l’autre, viennent tantôt saluer, tantôt s’écraser, tantôt éclabousser la terre et ses habitants ! Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux!

La Toussaint, c’est donc une fête où la joie du ciel déborde sur la terre, une fête où le monde entier s’entend dire de la bouche du Très Haut : À la joie, je t’invite. Un jour comme celui-ci, il peut être bon de se demander : suis-je heureux ? Suis-je vraiment heureux ? Et pourquoi ? C’est la question que j’ai posé tout récemment à plusieurs moines d’un monastère que je visitais. Est-ce que tu es heureux et pourquoi ? Ce n’est pas une question piège ! D’ailleurs, c’est la question que saint Benoît, dans sa Règle, pose au candidat à la vie monastique : "veux-tu voir des jours heureux ?" Si oui, alors, essaie cette toute petite règle de vie, ce chemin que je te propose pour vivre de l’évangile ! À la joie, je t’invite !

Es-tu vraiment heureux ? En posant une telle question, il ne s’agit pas bien sûr de méconnaître ce qui fait la pâte de ma vie aujourd’hui. Si je suis malade ou si j’ai perdu un être cher, j’en suis forcément affecté, et ça sonnerait faux de  répondre comme si rien n’était : "bien sûr que je suis heureux !" Mais par ailleurs, si je suis en bonne santé ou que j’ai le plaisir de vivre un grand amour ou une grande amitié, est-ce que ça sonne forcément juste de dire : "bien sûr, je suis heureux !" ?
Car la véritable question est celle-ci : De quel bonheur parlons-nous ?

Pour comprendre le bonheur dont parle Jésus et pour en vivre, il faut bien distinguer ce qui fait notre vie profonde et ce qui en est la surface. A ce niveau, il n’est pas sûr que le bien portant soit plus heureux que le malade, il n’est pas sûr que la personne en deuil soit moins heureuse que la jeune mariée. Le bonheur auquel Jésus invite ne se confond pas avec les circonstances de notre vie présente. Le propre des circonstances, c’est d’être autour d’un centre, et donc de changer tandis que le centre demeure immuable : aujourd’hui, je suis malade, demain je serai bien portant ; aujourd’hui, j’ai un travail qui m’intéresse, demain, qui sait ? je serai peut-être au chômage ; aujourd’hui, tout le monde m’applaudit, mais demain la foule peut se retourner contre moi ! Combien de politiques, combien de stars sont tout à coup malheureux de ne plus être réélus ou ovationnés ? Que valait donc leur bonheur au temps de leur gloire ? Pas plus cher que l’herbe qui fleurit et qui demain se fane !

À l’inverse, le bonheur que Jésus annonce sur la montagne reste intact, quelles que soient les circonstances. Que l’on soit dans les roses ou dans les ronces, il est là, toujours là, comme la sève qui donne vie tantôt à la rose et tantôt à la ronce ! Qui ne sait d’ailleurs que les plus belles roses, celles qui ne sont pas artificielles et dont le parfum est le plus exquis, ont des épines ? Qui ne se griffe aux ronces les plus méchantes sans y trouver quelque part, cachée dans le fourré d’épines, des mûres ou des roses que l’on dit sauvages mais qui implorent notre pardon ?

Le bonheur que Jésus annonce ne dépend ni des roses ni des épines. Il est intact, ce qui ne veut pas dire qu’il est insensible. Il est pauvre, ce qui ne veut pas dire qu’il est incapable de combler, sinon le grand saint Paul n’aurait jamais dit en parlant de lui et des apôtres : on nous prend pour des pauvres, nous qui faisons tant de riches, pour des gens qui n’ont rien, nous qui possédons tout. Le bonheur que Jésus nous propose est plein de douceur, ce qui ne veut pas dire qu’il est dépourvu de force. C’est un bonheur qui pleure avec ceux qui pleurent, qui lutte sans relâche contre toute forme d’injustice, qui pardonne à qui nous offense, qui choisit la rude pureté de l’âme et du corps au lieu de la pornographie facile et à bon marché, qui œuvre inlassablement pour la paix là où la guerre n’en finit pas.

Chers frères et sœurs, vous l’avez compris, ce bonheur que personne ne peut nous ravir, ne vient pas de cette terre, il ne vient pas de notre monde, il ne s’achète pas avec l’or du monde. Ce n’est pas un bien que l’on possède, c’est Quelqu’un. Dieu, mon bonheur et ma joie ! chante le psalmiste, et il ajoute : je n’ai pas d’autre bonheur que toi !

Amen, Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! chantent les anges qui se tiennent en cercle devant le Trône de Dieu. Et une foule immense leur répond d’une voix forte : Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! Et nous qui sommes encore sur la terre, nous nous joignons réellement à cette foule en chantant dans notre eucharistie : À toi, le règne, à toi, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles ! Amen !

 

accordeon Homélie pour le 2 novembre – année C 2013

 

2 novembre 2013

Sg 2, 23…3, 9 ; 1Jn 4, 7-10 ; Lc 24, 13-35

Beaucoup de gens, ce week end, vont aller dans les cimetières pour se recueillir près des tombes où reposent des êtres chers, nos chers défunts. La plupart n’iront pas les mains vides. Ils apporteront des fleurs. Le langage populaire dit qu’ils iront fleurir leurs tombes. Un geste qui veut dire : nous pensons à toi, nous t’avons aimé et nous t’aimons encore, on espère bien te revoir, ne nous oublie pas !

Nous aussi, en début d’après-midi, nous irons en procession au petit cimetière de la communauté pour dire à nos frères – et à Sr Jeanine qui a été enterrée là cette année : nous nous souvenons de vous et nous vous aimons, nous espérons vous revoir, ne nous oubliez pas ! Nous n’irons pas avec des fleurs – ça, c’est l’affaire de Frère Michel et du noviciat qui, ces temps-ci, fait du ménage au cimetière ! – mais nous irons avec des chants. Et surtout nous irons avec le Seigneur et en chantant le Seigneur : Seigneur, qu’il est précieux ton amour, en toi est la source de la vie !

Ah, si seulement tous ces gens qui vont au cimetière ces jours-ci se savaient rejoints comme les pèlerins sur la route d’Emmaüs par Quelqu’un qui marche avec eux ! Nous parlions de Lui hier en la fête de la Toussaint, et nous disions : c’est quelqu’un qui ne se confond pas avec les circonstances mais qui les éclaire toutes de l’intérieur par sa mort et sa résurrection. Il est le centre, le Cœur du monde dont le Sang impulse tout ce qui vit et respire au ciel et sur la terre. Seigneur, qu’il est précieux ton amour, en toi est la source de la vie !

Nous n’irons pas au cimetière avec un visage triste puisque Jésus nous a rejoints sur la route et que nous allons le reconnaître à la fraction du pain. Et puis, quel plaisir nos frères et sœurs défunts auraient-ils à nous voir avec un visage triste, alors qu’eux aussi ont l’assurance que Jésus est ressuscité ? Et ils en ont le cœur brûlant ! Les nôtres seraient-ils froids ou tièdes ? Ils accepteront nos chants ou nos chrysantèmes d’autant plus volontiers que nous les porterons pleins de foi et d’espérance en Jésus ressuscité.

Allons donc visiter nos chers défunts, comme les pèlerins d’Emmaüs de retour à Jérusalem, avec des yeux qui ont vu, des oreilles qui ont entendu, un cœur enflammé par l’amour de Jésus, et réjouissons-nous avec eux, comme les pèlerins d’Emmaüs avec les Apôtres, car "c’est vrai : le Seigneur est ressuscité !" 

 

accordeon Homélie pour la messe de minuit : Noël 2013

NOËL 2013

Chers frères et sœurs,

Combien de fois, en ce temps de préparation à Noël, nous avons dit et redit, chanté et rechanté ce verset du psaume : « Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut ». Eh bien, en cette nuit de Noël, par-delà toute attente, le Seigneur que nous avons prié et supplié se donne à voir. Il nous montre son amour et nous donne son salut. Celui que tant de prophètes ont désiré voir – le Très Haut, le Très Saint, le Dieu de gloire et de majesté – se montre à toute notre humanité. Comment ? Dans l’ostensoir de la crèche. Là, un nouveau-né est emmailloté et couché dans une mangeoire. Ce petit bébé qui ne dit rien, qui est tout entier à la merci de son entourage, tout entier dépendant des gestes et de l’attention de sa maman, la Vierge Marie, et de saint Joseph, c’est Dieu, c’est le Fils du Dieu vivant, le Fils unique du Père éternel, engendré avant l’aurore des siècles. C’est notre Créateur et notre Sauveur. Nous t’adorons, Seigneur Jésus.

Regardons bien ce bébé, frères et sœurs. Il est semblable à tous les bébés du monde. Comme eux, il est le signe et le fruit d’un amour. Par contre, ce qu’on ne peut dire d’aucun bébé du monde, on doit le dire de lui : il n’est pas le signe et le fruit d’un amour humain, il est le signe et le fruit de l’Amour divin. Nous avons supplié le Seigneur de nous montrer son amour, de nous donner son salut : eh bien, le voilà tout entier livré à notre contemplation en cette nuit de Noël. Nous t’adorons, Seigneur Jésus.

L’amour de Dieu, c’est donc ça ? Oui, c’est ce bébé, ce visage là, ce premier visage de Dieu sur la terre des hommes. Visage d’enfant qui va grandir, devenir adolescent, puis homme. Visage resplendissant de grâce et de vérité qui, un jour, dans sa Passion, sera couronné d’épines avant d’être couronné de gloire et d’honneur dans sa Résurrection. Visage du Dieu fait homme, du Verbe fait chair. Visage de l’Amour enveloppé de silence aux siècles éternels qui, aujourd’hui, vit son premier jour sur notre terre.

Que dire encore du Visage de l’amour divin qui se révèle à nous en cette nuit de Noël ? Regardons bien ! Ce n’est pas un amour qui s’impose. Le vrai Dieu ne s’impose pas. L’amour véritable ne s’impose pas. Il se propose, c’est tout. Et d’ailleurs, un bébé, comment pourrait-il s’imposer ? On peut en faire n’importe quoi ! Mais ça finit par être embarrassant quelqu’un qui ne s’impose pas ! Ni par le prestige, ni par l’argent, ni par la force ! Celui qui ne s’impose pas, a-t-il sa place dans notre monde ? Trouvera-t-il où reposer la tête ? Ne risque-t-il pas d’être purement et simplement éliminé parce qu’il est de trop et qu’il dérange ? Pourquoi se fatiguer pour quelqu’un dont on ne tire aucun avantage ? Un bébé, c’est gênant ; un malade, c’est gênant ; un vieillard, c’est gênant ; c’est gênant toute cette population improductive qui finit par peser lourd sur nos sociétés et leur coûter cher. Quelles solutions pourrait-on bien trouver pour que nos modes de vie n’en soient pas encombrés ? Il ne manque pas de champions, aujourd’hui comme au temps de Jésus, pour sortir des rangs et provoquer les troupes du Dieu vivant, notre Eglise, nos Eglises, et disons-le franchement les chrétiens. Sous le couvert de législations habiles, apparemment pleines d’humanité, on se dispose à venir à bout de cette gêne, et beaucoup se laissent convaincre… et tombent sous le charme de législations empoisonnées.

A Noël commence le grand combat où le Fils de David, ce petit enfant qui nous est donné, vient briser tous les jougs de ces champions cuirassés de mort. Par sa vie et par sa mort, par sa résurrection et son ascension glorieuse, il vient réduire à rien tous ceux qui cherchent à s’imposer autrement que par l’amour. « Toutes les chaussures des soldats qui piétinent bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés ». Jésus ne s’impose que par l’amour, et son amour est invincible. Seigneur Jésus, nous t’adorons.

Chers frères et sœurs, je voudrais finir cette homélie par un rêve. Un rêve qui, à Noël, devient réalité : tout à l’heure, en regardant la carte du monde, je me trouvais comme un enfant qui regarde les nuages et qui trouve à chacun une forme particulière. Chaque pays, sur la grande carte du monde, a une forme particulière. L’Italie ressemble à une botte, le Japon s’étire comme un fin quartier de lune, l’Australie a la profil d’un fox à poil dur, la Norvège avec tous ses fjords a le dos échancré, le Portugal se dresse comme la colonne d’un temple, le Cameroun est un peu en forme de croix ou de trèfle aux bras disloqués, la République démocratique du Congo est un trône au cœur de l’Afrique, la Belgique se pose sur l’épaule de la France comme un petit oiseau prêt à s’envoler…et la France là-dedans ? C’est facile à trouver : une étoile hexagonale ! Tout ce monde-là est fait pour s’entendre en se retrouvant à la crèche. Cîteaux veut en être le signe. Dans tout ce monde, il y a des bergers, les ouvriers de l’évangile qui ont entendu le chant des anges et qui se rendent avec joie à Bethléem pour voir le visage de l’amour et recevoir le don du salut. Eh bien, allons-y, nous aussi. Allons voir comment l’amour se propose. Allons voir Celui qui, dès son premier jour, se donne à nous comme une hostie. Goûtons le Pain des Anges et vivons du Pain de la Vie.

 

accordeon Homélie pour l'Epiphanie 2014

A quoi servirait que naisse le Messie si cela ne concernait que Bethléem ou Jérusalem ? Ceux qui veulent suivre les naissances royales ont des journaux spécialisés pour ça. A quoi servirait que naisse le Messie si cela ne concernait que le seul peuple juif ? Les « contes et légendes », les histoires pour la veillée racontent des récits plus ou moins mythiques sur les origines de chaque peuple.

A quoi servirait que naisse le Messie si cela ne concernait que Dieu ? Une manifestation de l’Homme à lui-même s’y trouve donc : Il est tout petit, tout reçu, tout dépendant de Dieu qui lui donne vie de ceux qui l’entourent le gardent en vie et l’humanisent. C’est Marie et Joseph, les bergers et les voisins, les mages qui le reconnaissent dans son humanité. C’est Hérode qui le fait roi, en cherchant sa mort, déjà, en craignant pour son pouvoir ! Pour que prenne sens cette naissance de Dieu fait Homme avec nous, il faut que cela concerne toute la terre, tout l’univers, toute la Création, chaque peuple, chaque homme et chaque femme : qu’Il naisse comme le Christ « pour la multitude ». C’est cela que manifestent les trois Mages. Alors c’est vraiment la Bonne Nouvelle : le Royaume de Dieu déjà là, en germe.

L’Epiphanie est à Noël ce que la Pentecôte est à Pâques : ce qui est déjà réalisé devient manifeste et bouleverse radicalement le monde.

A Pâques le petit cercle des disciples s’est réjoui d’apparition en apparition que l’impossible devienne réalité : la mort est vaincue. A Noël, la stérilité de la vierge est devenue lumineuse fécondité. A l’Epiphanie, même les hommes du lointain Orient sont venus adorer et avec eux nous tous.

De l’Ascension à la Pentecôte, au Cénacle, dans la contemplation de la chambre haute s’est tissé la communauté fragilisée par la mort, la désertion de Judas, l’absence du douzième apôtre. A Noël, puis au cœur de la Sainte Famille s’est tissée selon la Loi, l’éducation d’un petit d’Homme pour qu’il croisse en taille, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les Hommes.

Comme il n’est pas de Pâque sans Vendredi Saint ni de Pentecôte sans persécutions, il n’est pas de Noël sans Saints Innocents ni d’Epiphanie sans fuite en Egypte. C’est comme l’ombre qui souligne les yeux, le terreau où la plante prend racine.

Jésus ne vient pas faire du tourisme en Terre Sainte. Il vient comme envoyé du Père. Sa naissance vient Le révéler.

En voici quelques Béatitudes :

Il se manifeste pauvre : Il nait au plus bas, dans une mangeoire, pas vraiment comme un homme ... et Il mourra comme un esclave. (Ph. 2, 7-8). Sa cour est constituée de bergers, exclus de la bonne société religieuse (car ne pratiquant pas le repos du Sabbat) et de Mages païens, plus éloignés encore des gens « comme il faut »… Et il leur offre le salut en leur révélant la Gloire de Dieu dans le chant des anges et la Lumière d’une Etoile. Pauvre, il est accessible à tous quelle que soit leur condition, au prix d’un brin d’humilité. Pauvre, il est objet d’aide des voisins pour rendre ses premières heures moins dures.Serait-il né dans un palais il aurait été inaccessible au plus grand nombre. Pauvre Il accueille trois puissants étrangers, païens qui ont d’assez bons moyens pour s’offrir un long voyage et gagner l’accès à une cour royale. La pauvreté du Christ est un moyen d’accès non un choix d’exclusion.

Il se manifeste Doux comme un enfant à la naissance, attendrissant en sa faiblesse … et Il pardonnera à ses bourreaux. (Lc 23, 33) après s’être tu dans la Passion, muet comme un agneau (Ac 8, 22).

Il se manifeste Affamé comme sait l’être un tout petit en attendant de trouver sa nourriture dans la Parole de Dieu comme au désert et la rencontre évangélisatrice comme à Sychar avec la Samaritaine et assoiffé du lait de Marie avant de l’être sur la Croix, dernier appel avant de devenir Fleuve d’Eau Vive. (Jn 19, 28 ; 7, 38). Il nait à Bethléem, Maison du Pain pour devenir notre Pain Rompu. La mangeoire y prend tout son sens.

Il se manifeste Persécuté Ses parents sont déplacés pour le recensement avant qu’ils ne deviennent des réfugiés politiques en Egypte puis se réfugier à Nazareth au point que cette ville le définira jusqu’à la Croix, mauvaise réputation comprise. (Mt 2, 13-23 ; Jn 19, 19)

Il manifeste ce qu’un tout petit peut vivre des Béatitudes, comme dans un avant-goût de ce qu’il manifestera en mots quand la parole faite Chair parlera et s’incarnera en actes dans son ministère.

Il se manifeste dans les présents reçus :

L’or, il le purifiera en une royauté nouvelle qui n’est pas de ce monde et qui ne défend pas ses intérêts par le glaive. Cet or, donné, nous pouvons sans peine le relier au respect dû aux autorités, à l’obéissance mutuelle dans un couple ou hiérarchique et mutuelle dans une communauté monastique.

 L’encens, il tournera nos prières vers Son Père et Notre Père et s’offrira lui-même pour le salut de la Multitude. Cet encens offert, nous pouvons sans peine le relier au culte divin auquel le moine ne doit rien préférer et donc au vœu de conversion qui est en est le fruit attendu.

La Myrrhe, il accepte ce signe prophétique de la souffrance et le gage d’éternité qu’elle donne d’espérer (car elle sert à l’embaumement). Elle permet la cohésion et donc d’éviter la désagrégation. Nous pouvons sans peine le relier au vœu de fidélité du mariage et de stabilité de la vie monastique.

Merci Seigneur Jésus de t’être manifesté pour la Multitude et donc pour chacun de nous. C’est pourquoi nous t’offrons nos vies en présents, hosties vivantes que tu transfigureras en Ton Corps et Sang. (Rm 12, 1) Amen.

 

accordeonHomélie pour la Présentation du Seigneur 2014

La fête d’aujourd’hui est très ancienne et elle a reçu plusieurs noms. Longtemps, on l’a appelée « fête de la purification de la Vierge Marie ». Depuis Vatican II, avec la révision du calendrier liturgique, on l’appelle « fête de la présentation du Seigneur ». Un autre nom, très répandu et peut-être le plus populaire lui a été donnée : c’est « la chandeleur », parce que, comme vous l’avez vu, on célèbre la fête en portant des chandelles (= des cierges), comme le vieillard Syméon a dans ses bras Jésus, la lumière qui éclaire les nations. Mais je voudrais m’arrêter plus longuement à un autre nom qui a été donné à cette fête, un nom qui vient des Églises d’Orient. Là, on l’appelle « fête de la rencontre ». C’est un nom qui pourrait convenir à bien d’autres fêtes, chrétiennes… ou non chrétiennes. Nous sommes si souvent en situation de « rencontre » ! Ne sommes-nous pas constitués dans notre être profond pour vivre la Rencontre, pour vivre des rencontres ? Regardons l’évangile : La visite des bergers à la crèche, n’a-t-elle pas été pour eux une rencontre inoubliable ? Pareillement pour les mages marchant à la rencontre du Roi dont l’étoile était le signe ! Quelle rencontre inoubliable aussi entre Marie et sa cousine Élisabeth  le jour de la visitation ! Et combien de fois, dans l’évangile, nous voyons Jésus en situation de rencontre ! Rencontres heureuses ou pénibles. Rencontres avec les foules ou en petit comité avec les apôtres. Rencontres seul à seul avec un homme (Nicodème) ou avec une femme (la samaritaine). Rencontres avec les malades ou les bien- portants. Rencontres avec des politiques (Pilate, Hérode) ou des bandits comme à la croix. Et même quand Jésus se retire seul dans la montagne pour prier, n’est-il pas en situation de rencontre ? N’est-ce pas pour lui la rencontre suprême, la plus réconfortante, la plus heureuse, avec Celui qui est son « Abba », son Père chéri et béni, Celui qu’il ne quitte jamais sinon pour se laisser envoyer au-devant des brebis qui l’attendent ?Alors pourquoi appelle-t-on « Rencontre » la fête d’aujourd’hui ? Qu’a-t-elle de si particulier que n’ont pas les autres rencontres de Jésus ? Si on était au catéchisme, je m’arrêterais pour vous laisser réfléchir, mais là je suis obligé de vous aider un peu, d’autant qu’on nous a rappelé dernièrement en communauté qu’une bonne homélie ne devrait pas dépasser 7 minutes ! Ce qui est particulier dans la rencontre que Jésus fait aujourd’hui, c’est qu’elle est sa première sortie officielle, publique. On est venu le voir (les bergers, les mages), mais là c’est lui qui se déplace et qui va au-devant de ceux qui l’attendent. Porté par Marie et Joseph, il vient pour la première fois à Jérusalem, la ville sainte, et pas n’importe où dans Jérusalem : dans le Temple. Première sortie officielle de Jésus. Première montée à Jérusalem. Première entrée dans le Temple. « Il entre dans le Temple le Seigneur que vous cherchez, le messager de l’Alliance que vous désirez ». Le Temple, c’est la Maison de Dieu, la Maison de prière pour tous les peuples, la Maison où le culte qui plaît à Dieu lui est rendu jour et nuit en présence des anges. Et là, qui rencontre-t-il ? Deux vieillards : un homme et une femme. Un homme juste et religieux, Syméon. Il attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. « L’Esprit lui avait révélé qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie du Seigneur ». Et il rencontre une vieille femme, Anne, demeurée veuve après sept ans de mariage, et qui avait atteint l’âge de 84 ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.Par-delà le côté touchant de cette scène évangélique, il s’en dégage un niveau de profondeur qui fait de cette rencontre le modèle de toute rencontre réussie. Qui en est l’agent principal ? C’est Dieu ! Père, Fils, et Saint Esprit. Le Père que le Fils vient honorer dans son Temple, et l’Esprit qui oeuvre en chacun de ceux qui se rencontrent, les jeunes (Marie et Joseph), et les vieux (Syméon et Anne). Ils se rencontrent chez Dieu et en Dieu, et ils s’ouvrent ensemble au mystérieux dessein de Dieu sur leur vie et sur la vie du monde : « ton fils provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée ». Puisque cette fête est la fête de la vie consacrée, je voudrais inviter ceux et celles d’entre nous qui sont religieux ou religieuses à se poser quelques questions en rapport avec l’évangile de la présentation du Seigneur au Temple : Un jour, après un temps de discernement plus ou moins long, j’ai fait au Seigneur l’offrande de toute ma vie. Est-ce qu’aujourd’hui, après 10, 20, 50, 70 ans de vie religieuse, je crois encore à la valeur de cette offrande, quelles qu’aient été par ailleurs le poids mes lâchetés ? C’est si grand une vie consacrée ! Aujourd’hui je peux renouveler mon offrande dans l’offrande même de Jésus! Il n’y a pas de vie consacrée sans appartenance à une communauté fraternelle. Dans ma communauté, est-ce que je suis quelqu’un de facile à rencontrer ou pas ? Est-ce que suis facilement abordable ? Est-ce que je vais volontiers à la rencontre de mes frères (ou de mes sœurs) ou est-ce que j’ai plutôt tendance à fuir toute rencontre avec eux ? Chose étonnante dans l’évangile de la présentation : Jésus, la Parole faite chair, ne parle pas, et pourtant il facilite la rencontre entre les jeunes et les vieux. Est-ce que, par ma manière d’être, je suis un facilitateur de rencontres ou un obstacle ? Est-ce que j’aime venir au Temple, à l’église, à l’oratoire où, sur l’autel, j’ai déposé et signé ma charte de profession monastique ? Mes rencontres cœur à cœur avec Dieu, ou corps à corps avec mes frères dans la liturgie, sont-elles de la mécanique sans âme, ou au contraire les grands moments de ma vie où tout s’éclaire à la lumière du Christ et respire au souffle de l’Esprit ?

 

accordeonHomélie pour le 5ème dimanche ordinaire année A 2014

"Vous êtes le sel de la terre, nous dit Jésus. Vous êtes la lumière du monde." Ces images que Jésus emploie sont faciles à comprendre, mais qu'en faisons-nous ?

Si nous nous regardons, avons-nous vraiment l'impression d'être sel, d'être lumière ? Qu'est-ce que ça veut dire dans notre vie de tous les jours ?

Le sel, ça sert à donner du goût et puis aussi à conserver. Ce n'est pas à des moines qui fabriquent du fromage qu'il faut apprendre cela. On fabrique une saumure qui est une eau à saturation de sel et on trempe les fromages dedans pour leur donner du goût et permettre à la croûte de se former. Et au cours de l'affinage, on frotte soigneusement les fromages avec du sel.

Qu'est-ce qui va nous permettre, dans notre vie chrétienne, d'être sel de la terre ? Comment, dans notre vie, allons-nous nous laisser affiner par Dieu ? N'est-ce pas en revivifiant sans cesse la grâce de notre baptême, en allant sans cesse à la source de la Parole de Dieu ? Ce qui fait que nous sommes chrétiens, n'est-ce pas notre foi au Christ Ressuscité ? Si je regarde ma vie, quelle place tient le Christ Ressuscité ? Suis-je en relation fréquente, ou même constante avec lui, ou bien n'est-ce qu'une idée comme une autre ?

Nous ne voulons pas d'une vie insipide, sans sel et sans saveur. Et la joie du Christ Ressuscité, nous voulons la communiquer aux autres.

Nous sommes la lumière du monde, nous dit Jésus. Vrai ou faux ?

Tu veux être lumière ? Alors, partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Le prophète Isaïe nous avait déjà donné la réponse. Vous avez remarqué les verbes employés ? "Partage, recueille chez toi, couvre le malheureux, ne fuie pas ton semblable." Autrement dit, pour que ta lumière jaillisse ouvre ton cœur et tes forces aux autres. On est à l'opposé de la vie bien tranquille, repliée sur elle-même.

Et cette affaire de lampe qu'on ne met pas sous le boisseau mais sur le lampadaire : de quoi s'agit-il ? Tout simplement de la lampe à huile ! C'est une scène de la vie quotidienne qui est évidente pour les auditeurs de Jésus. La lampe à huile est la seule source de lumière, au temps de Jésus. Et pour qu'elle ne s'encrasse pas dans la poussière de Palestine, quand on l'éteint, on la recouvre d'un pot, d'un boisseau, pour la protéger de la poussière. Personne n'aurait l'idée d'allumer la lampe puis de la recouvrir d'un pot. La lampe allumée, elle est faite pour être sur le lampadaire et éclairer toute la maison.

Et toi, chrétien, qui as été illuminé par ton baptême, que fais-tu de cette lumière ? Tu la recouvres d'un pot ou tu la fait briller haute et claire pour tout le monde ?

Nous voici donc, c'est Jésus qui nous l'a dit, sel et lumière. Mais est-ce possible pour nous ? Difficile de répondre. Nous avons plus l'expérience de nos

faiblesses que de notre force. Pour nous c'est impossible, mais tout est possible à Dieu. N'avons-nous pas à faire l'expérience de St Paul ? Faible, craintif, tout tremblant, il a laissé exploser en lui la puissance de Dieu.

Que le Christ ressuscité nous illumine, nous serons alors lumière pour notre monde qui a tellement besoin d'aurore. Que le goût de Dieu nous habite, nous serons alors sel pour notre terre qui se complait tellement souvent dans les querelles de bas étage.

Christ est ressuscité. Ma Joie !

 

accordeonHomélie pour l'Annonciation 2014

Nous avons ouvert cette fête de l'Annonciation hier aux Vêpres en commençant par nous adresser, tout éblouis, à la Vierge Marie. Bénie sois-tu Toi qui ravis le cœur de Dieu !

Et pourquoi l'acclamons-nous ainsi ? Parce que l'ultime étape de l'Exode que nous revivons dans ce carême, la voilà franchie. Toute notre préparation du carême n'est-elle pas pour nous ouvrir le cœur aux appels de Dieu qui veut faire en nous sa demeure ? Et voilà Marie qui reçoit l'appel de Dieu comme une terre la semence. Elle l'accueille et s'offre toute entière à l'espérance nouvelle.

L'Esprit-Saint viendra sur toi, la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre.

Avec le OUI de Marie, commence à poindre l'aurore de notre salut. A notre grand bonheur, Marie répond :

"Je suis la Mère de l'Amour. Venez à moi, vous qui me désirez, rassasiez-vous de mon fruit."

Nicolas Cabasilas nous l'a rappelé cette nuit : "Lorsque vint le moment où parut celui qui apportait l'annonce, elle crut, fit confiance et accepta le service... La volonté de Dieu sur nous n'aurait pas pu passer en acte si la Vierge n'avait pas cru et acquiescé... Dès que l'ange l'eut persuadée, tout l'œuvre de Dieu se réalisa aussitôt : Dieu revêtit l'homme et la Vierge devint Mère de son Créateur."

Dieu revêtit l'homme : mystère de l'Incarnation qui trouve son commencement au jour de l'Annonciation. Mystère qui nous plonge dans l'adoration de Dieu qui vient à nous.

Par Marie, la terre s'est ouverte à la divine semence.

Le mystère de l'Incarnation, c'est bien ce qui change notre vision de l'homme : Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. En tout homme se cache et se dévoile le visage de Dieu. N'est-ce pas là la raison profonde de notre respect de l'homme ? L'immense respect que nous avons pour l'homme, depuis sa conception jusqu'à sa mort ne trouve-t-il pas ici sa source ? La qualité des relations humaines que nous voulons avoir avec les autres n'est-elle pas le signe que, dans l'autre, nous recherchons et respectons le visage de Dieu ?

Dans l'autre, nous adorons Dieu. C'est bien ce qui nous permet d'accueillir l'autre avec le respect dû à une personne et cela doit se sentir. Et cela se sent d'ailleurs : n'est-ce pas la raison pour laquelle tant de personnes viennent ici en se sentant respectées dans leur différence, dans leur indigence peut-être, qu'ils soient nantis ou clochards ? Je pense à tous ceux et celles qui viennent épancher leurs difficultés et qu'une oreille et un cœur attentifs accueillent.

Aujourd'hui nous nous rappelons que la venue de Jésus s'est faite en passant par le OUI de Marie. Que l'Esprit-Saint qui a fait d'elle la Mère de Dieu nous habite et nous ouvre aux appels de Dieu sur nous.

 

accordeonHomélie pour le Jeudi Saint 2014

Je porte en moi une question que je voudrais partager avec vous. D’autres peut-être, dans notre assemblée, la portent aussi, et probablement que nous la portons tous plus ou moins consciemment au profond de nous-mêmes : Comment faire pour dire à quelqu’un qu’on l’aime ? Va-t-on lui dire spontanément presque sans réfléchir, ou au contraire va-t-on prendre son temps et chercher le meilleur moment et la meilleure manière de lui faire cet aveu ? Va-t-on lui dire notre amour avec des mots, de vive voix, ou bien va-t-on lui écrire ? Ou bien encore, va-t-on envoyer quelqu’un pour le lui dire ?... Comment faire ? Comment s’y prendre ?...

Peut-être on préférera ne rien dire du tout, car c’est tellement difficile de dire à quelqu’un : « je vous aime » ! Plutôt que des mots, on choisira alors des actes, des gestes, une manière d’être où l’amour pourra se dévoiler mieux encore ! On montrera de l’attention ; et plus que de l’attention, du dévouement ; et plus que du dévouement, de la tendresse ; et plus que de la tendresse, de la compassion… Si l’on aime vraiment, on ira jusqu’au bout d’une tendre compassion, sans jamais être à court de mots ou des gestes ! L’Amour est le plus grand moteur de la création, l’innovateur le plus génial pour trouver les bonnes solutions ! Personne ne dira le contraire ! C’est Lui que nous célébrons ce soir : l’Amour présent au milieu de nous, l’Amour en actes et en vérité.

Que fait Jésus, ce soir, lui que le Père a envoyé pour dire au monde l’amour qu’il lui voue de toute éternité ? Il fait du nouveau avec des gestes et des mots, du nouveau qui s’appelle la « Nouvelle et Eternelle Alliance » de Dieu avec l’humanité. Une Alliance que plus rien ne peut briser. Une Alliance « une fois pour toutes ». Une Alliance pour toujours.

Quelle est la matière de cette Alliance ? Du pain et du vin, fruits de la terre et du travail des hommes, autrement dit la nourriture de base, la boisson commune qui assurent la vie des hommes. Il les prend dans ses mains en disant : « Prenez et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous. Buvez-en tous : ceci est mon sang versé pour vous et pour la multitude ». Jésus prend donc sa vie en mains et il la donne. C’est plus que du pain qu’il nous donne, c’est son Corps qui est, nous le croyons, le Pain de la Vie. C’est plus que du vin qu’il nous donne, c’est son Sang qui est, nous le croyons, le Vin du Royaume éternel.

Voilà comment l’amour de Dieu pour nous s’est manifesté au dernier soir de sa vie. Par des gestes et des paroles que nous appelons l’eucharistie. Notre Dieu ne serait pas l’Amour s’il n’était pas un Dieu « pour nous », « pour nous jusqu’au bout ». Pas seulement pour nous quand tout va bien, mais pour nous aussi et plus encore quand tout va mal, quand on vit un échec, quand on vit une trahison, quand on vit dans le péché, quand la maladie nous emporte ou quand la peur nous paralyse. Jésus le dit clairement : « Ceci est mon corps livré pour vous ». Son corps n’est pas un corps pour lui, c’est un corps « pour nous », livré pour nous les hommes et pour notre salut ; son sang ne coule pas dans ses artères pour d’autres que pour nous, pour être versé pour nous et pour la multitude en rémission des péchés.

Comme l’a dit merveilleusement Maurice Zundel : « Dieu est un triple foyer d’éternel altruisme ». Jésus, ce soir, le manifeste dans la pleine lumière de ses gestes et de ses paroles. En son unique personne, il manifeste que l’Amour qui est Dieu est tout entier pour l’Homme, pour la promotion de l’Homme, et que l’Amour qui s’est fait Homme est tout entier pour la gloire de Dieu. S’il en est ainsi du Dieu véritable et de l’Homme véritable qu’est Jésus, le critère de l’authenticité évangélique d’une vie chrétienne, que nous soyons prêtre ou laïc, dans le mariage ou dans la vie religieuse, c’est évidemment le « pour l’autre » qui se manifeste dans nos vies.

Notre question de départ trouve alors sa véritable solution. La seule manière de dire à quelqu’un « je vous aime », que ce soit avec des mots ou avec des gestes, ou les deux ensemble comme dans un sacrement, c’est de faire de toute notre vie une offrande, un don pour l’autre, un don que l’on ne reprend pas, qui va jusqu’au bout dans la bonne ou la mauvaise fortune. L’eucharistie en est la forme la plus parfaite, la plus achevée. Jésus y joint le lavement des pieds comme pour éviter qu’on en reste à une eucharistie de surface, à une célébration peut-être magnifique dans sa forme mais sans foi et sans âme. La réalité de notre participation à l’eucharistie doit se vérifier dans le vécu du commandement de l’amour.

Si tu communies au Corps et au Sang du Christ, tu t’engages forcément à traiter la chair de ton frère avec autant de soin que le Seigneur qui a lavé les pieds de ses disciples. Si tu communies au Corps et au Sang du Christ, les mauvais traitements infligés en ce monde à quiconque a figure d’homme, de femme ou d’enfant devraient susciter ta douleur et ton indignation. Si tu communies au Corps et au Sang du Christ, tu entres dans la condition du Seigneur qui est venu non pas pour être servi mais pour servir et donner sa vie.

 

accordeonHomélie pour Pâques 2014

Que de chemin parcouru depuis dimanche dernier ! Les évènements ses sont précipités : L’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, la sainte Cène, le lavement des pieds, la trahison de Judas, le reniement de Pierre, le retournement de la foule sous la pression des chefs des prêtres et des anciens, la libération de Barabbas et la condamnation de Jésus, la montée au Calvaire, la crucifixion et la mort de Jésus, la mise au tombeau, le silence du tombeau, la mise en place d’une garde…et aujourd’hui le tombeau vide : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »

Marie-Madeleine court se décharger de la nouvelle auprès de Simon-Pierre et du disciple que Jésus aimait, et les voilà qui partent tous les deux ensemble, en courant eux aussi, pour faire le constat. Que s’est-il passé ? Marie-Madeleine, Pierre et Jean viennent se recueillir auprès d’un mort qui n’est plus là. Ils deviennent alors pour nous les premiers témoins d’une nouvelle qui, aujourd’hui encore, bouscule tous nos projets, nous oblige à les reprendre à la racine, à changer nos façons de voir, à entrer dans une nouvelle manière de vivre : la Foi, la vie de foi. Oui, le chef de notre foi est sorti du tombeau. Personne ne pourra nous empêcher de proclamer la nouvelle. Elle est au cœur de notre vie, elle est la joie de notre vie chrétienne. Jésus est vivant, il est présent au milieu de nous et il répand sur nous sa paix et sa joie !

Dans son enseignement qui touche tant de monde, le Pape François a un mot qui manifestement lui tient à cœur et fait figure de mot d’ordre pour toute l’Eglise. C’est le mot « sortir ». Il exhorte tous ceux qui croient en Jésus-Christ mort et ressuscité à « sortir » pour annoncer la joie de l’évangile. Et il prend soin de dire que cette « sortie », ce ministère, cette mission, n’est pas seulement l’affaire des prêtres et des religieux. C’est la tâche de tous les baptisés sans exception. Nous sommes tous membres d’une Eglise en sortie, en partance. Ses mots sont très forts : « Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ…Je préfère une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités ».

Tout cela nous fait réfléchir, n’est-ce pas ? Car c’est la conséquence de la Résurrection, c’est la mise en pratique de notre foi en Jésus Ressuscité. Il est sorti du tombeau et nous fait sortir de nos tombeaux. N’ayons pas peur de la vie ! N’ayons pas peur d’être bousculé par l’Esprit de Jésus qui est Seigneur et qui donne la vie ! Prenons maintenant quelques exemples pour nous inciter à « sortir ».

Le premier nous touche chacun au plus intime de nous-mêmes et nous rappelle d’où le baptême nous a fait sortir : de l’esclavage du péché. Jésus, notre nouveau Moïse, nous sauve des armées de pharaon, c’est-à-dire du diable et de toutes ses ruses. Il nous introduit dans la terre où coulent le lait et le miel, c’est-à-dire dans la liberté des enfants de Dieu ! C’est l’immense joie que nous partageons avec nos frères et sœurs, les baptisés de Pâques. Sortis des eaux de la mort, ils chantent « alléluia » et marchent avec nous sur la terre de vivants !

Mais cette terre des vivants, elle n’est pas sans rapport avec notre terre, avec les vivants de notre terre qui n’ont pas tous de quoi vivre. C’est vers eux que nous devons sortir, c’est à eux que nous devons porter la joie de l’évangile. Joie qui est pour tous, bien sûr, pour toutes les nations, mais Jésus nous dit clairement que les pauvres en sont les destinataires privilégiés. La Bonne Nouvelle, elle est pour eux, spécialement pour eux. Heureux les pauvres, car le Royaume des cieux est à eux ! C’est la première béatitude. Mais où les trouver ces pauvres ? C’est très facile, ce n’est pas un casse-tête ! Ils sont tout proches de nous, ce sont les plus proches de nos proches. Voulez-vous savoir qui sont ces pauvres pour moi ? Ils sont là dans les stalles : ce sont mes frères de communauté qui doivent supporter les exigences du père abbé ! Qu’ai-je à faire de la joie de l’évangile sinon à en vivre avec mes frères, et tous ensemble à nous laisser appauvrir par elle pour être moins accrochés à nos propres sécurités et plus ouverts aux signes des temps, sans renier bien sûr les engagements fondamentaux de notre vie monastique. Ce n’est pas tout simple, mais on s’y efforce !

En ce jour de Pâques, frères et sœurs, vous me permettrez d’avoir un peu d’audace avec vous : demandez-vous sérieusement aujourd’hui quelle sortie vous devez prendre pour vivre la joie de l’évangile et la rayonner ! C’est peut-être la sortie d’un bien-être qui anesthésie. Ne vous arrive-t-il pas d’être plus sensibles à ce que vous voyez sur le marché et que vous n’avez pas encore acheté qu’à ces vies brisées par manque de ressources dont le spectacle finit par ne plus nous troubler ? Dans la bouche du pape François, la culture du bien être et la culture du déchet ne sont pas de vains mots. Nous trempons de toutes parts dans ce bouillon-là, au risque de nous y noyer. Comme il faudrait que nos élus et nos responsables politiques en soient conscients !

Nous devons sortir de la mondialisation de l’indifférence qui a son origine dans une crise bien plus profonde que la crise économique et financière où nous sommes et qui s’appelle « la négation du primat de l’être humain ». L’homme, quel qu’il soit, de sa conception à sa mort, n’est pas un déchet soumis au froid dogmatisme des lois. Les chrétiens sont mieux placés pour faire émerger cette prise de conscience et opérer cette « sortie », parce que la résurrection du Christ les a fait sortir du tombeau de l’argent et entrer dans l’éternel foyer de l’amour.

 

accordeonHomélie pour la Pentecôte 2014

La parole que nous venons d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. Celui qui dit : « La paix soit avec vous ! », il est au milieu de nous. Celui qui montre ses mains et son côté, il est au milieu de nous. Oui, Jésus est là, au milieu de nous, le Vivant, le Ressuscité, et comme si ça ne suffisait pas de nous avoir dit une première fois : « La paix soit avec vous ! », il insiste et nous dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! » et il ajoute : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Et que fait-il ensuite ? L’évangile dit : « Il répandit sur eux son souffle en disant : Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »

Voilà, chers frères et chers amis, la bonne nouvelle de la Pentecôte pour nous aujourd’hui. La bonne nouvelle de Jésus, le Prince de la Paix. Remarquez bien que c’était déjà le message du jeune rabbi de Nazareth, entraînant avec lui les foules sur la montagne et promettant des jours heureux à tous ceux qui le suivraient sur le chemin des béatitudes. Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ! Tout était beau sur cette montagne, au bord du lac de Tibériade. Comme on était bien avec Jésus ! On pouvait l’écouter des heures et des heures sans se lasser ! Mais cela n’a pas duré longtemps. Un an peut-être ! Deux…, c’est pas sûr ! Trois, certainement pas ! C’est toujours facile de commencer à pratiquer l’évangile, c’est même enthousiasmant. Dans le mariage, dans la vie religieuse, dans nos divers engagements, c’est toujours facile de commencer. C’est plus difficile de continuer, et c’est encore plus difficile d’aller jusqu’au bout de nos engagements. C’est même impossible sans la force du Seigneur, sans le don de l’Esprit Saint. Qui, de tous ceux qui étaient là, assis autour de Jésus sur le mont des béatitudes, est encore là le Vendredi Saint ?

C’est que Jésus ne donne pas la paix comme le monde la donne. Bien sûr, la paix qui vient du monde n’est pas mauvaise, mais l’expérience montre qu’elle est fragile. C’est souvent une paix de compromis, une paix de façade, une paix qui ne dure pas, et qui a besoin des armes pour être maintenue. Croyez-vous que c’est ça la vraie paix ?

On a fêté vendredi dernier l’anniversaire du Débarquement en Normandie, un Jour qui promettait la délivrance et la paix. Il fallait le faire. Vous avez pu voir sur vos écrans les grands de ce monde et nos politiques se serrer la main. Mais qui sait si ceux qui se serrent la main aujourd’hui et se font des sourires, demain ne se tourneront pas le dos ? Ce n’est pas la paix que Jésus donne. Sa paix à lui, elle provient de son cœur ouvert et de ses mains transpercées. C’est la paix du cœur. Elle est inébranlable. Le monde est incapable de la donner et il ne peut pas la ravir à celui qui la possède. C’est elle que Jésus veut nous donner aujourd’hui. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, …la paix soit avec vous ! »

Cet après-midi, le Pape François va accueillir dans sa maison à Rome le président israëlien, Shimon Peres, le président palestinien Mahmoud Abbas, et le patriarche de Constantinople Bartholoméos 1er. Il a eu l’idée, un peu subite mais certainement inspirée, de les inviter à venir prier pour la paix. Il en a fait ses alliés pour mener à bien l’objectif de la paix. Ils ne vont pas prier ensemble, mais ils vont se retrouver ensemble pour prier, et le Pape nous demande de ne pas les laisser seuls. Alors, ne les laissons pas seuls. Faisons de ce 8 juin 2014 un nouveau débarquement pour la délivrance et la paix du monde, mais cette fois avec une seule arme : la prière. Aucune autre arme que la prière. Les autres armes, elles sont englouties dans la mer. Cheval et cavalier, il les jette à la mer ! Entrons dans la grande flotte de la prière des alliés d’aujourd’hui pour la paix. Nous comme chrétiens bien sûr, à la suite du Christ et avec la violence de l’Esprit Saint, pour s’en prendre à Dieu même. Soyons de cette grande flotte de prière que Dieu voit s’avancer vers lui (pour obtenir paix sur paix, grâce sur grâce) et qui lui fait dire avec la langue de Péguy :

« Toute cette immense flotte de prières chargée des péchés du monde m’attaque

Ayant l’éperon que vous savez : le Notre Père.

C’est une flotte de combat.

Comme une belle flotte antique, comme une flotte de trirèmes

Qui s’avancerait à l’attaque du roi.

Et moi que voulez-vous que je fasse : je suis attaqué.

Chaque Pater est comme un vaisseau de haut bord qui a lui-même son propre éperon…

Et derrière ces vaisseaux de haut bord les Ave Maria

S’avancent comme des galères innocentes, comme de virginales birèmes qui ne blessent point l’humilité de la mer…

Notre Père qui es aux cieux. Evidemment quand un homme a commencé comme ça. Quand il m’a dit ces trois ou quatre mots, après il peut continuer, il peut me dire ce qu’il voudra. Vous comprenez, moi, je suis désarmé…

Comment voulez-vous que je me défende. Mon fils leur a tout dit. Et non seulement cela. Mais dans le temps il s’est mis à leur tête » …pour m’attaquer.

Si ça vous parle, chers frères et sœurs, vous irez lire la suite dans le Mystère des Saints Innocents. Ce qui est sûr, c’est que le Royaume des cieux souffre violence, et les violents s’en emparent. Violence de la prière des Pater et des Ave Maria, et aussi de cette flotte invisible de prières qui ne sont pas même dites, mais que Dieu entend. Ces obscurs bons mouvements du cœur, ces secrets gémissements de l’Esprit qui jaillissent inconsciemment et qui montent vers Lui. Celui qui en est le siège ne les aperçoit même pas, mais Dieu les voit, les entend et les exauce.

 

accordeonHomélie pour l'Assomption de la Vierge Marie 2014

En préparant cette homélie pour la fête de l’Assomption, une question m’est spontanément venue à l’esprit : Avons-nous le droit aujourd’hui de nous réjouir avec Marie exaltée dans les cieux, alors que tant de drames ensanglantent notre terre ? Irak, Syrie, Israël, Gaza, Nigeria, Soudan, Centre Afrique… des populations sont obligées de fuir pour ne pas se faire massacrer ; des femmes sont enlevées, contraintes d’abjurer leur foi chrétienne et de se convertir à un Islam radicalisé sous menace de mort ; des chrétiens en grand nombre sont pourchassés et persécutés, au milieu d’une indifférence presque générale…Bien sûr, nous disons Non à tout cela et nous rejoignons ceux qui s’indignent de la paresse des instances politiques trop lentes à se mobiliser ! Mais notre Non ne nous oblige-t-il pas d’être plus courageux encore et de nous vraiment poser la question : Avons-nous le droit aujourd’hui de nous réjouir avec Marie exaltée dans les cieux, alors que tant de drames ensanglantent notre terre ? De qui dois-je me faire le prochain : de Marie qui visite sa cousine Elisabeth et chante « Magnificat » ou de ces hommes et femmes, chrétiens ou non, qui sont pris dans le fol engrenage de la barbarie et de la violence ?

Comme c’est souvent le cas, la Parole de Dieu, si nous l’écoutons vraiment,  répond mieux que toute autre à nos questions. A commencer par ce signe grandiose qui apparaît dans le ciel à Jean, le visionnaire de l’Apocalypse : une Femme qui a le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de 12 étoiles. Elle est enceinte et crie, torturée par les douleurs de l’enfantement. Devant elle se tient un énorme Dragon, rouge feu, avec 7 têtes et 10 cornes. Il est prêt à dévorer l’enfant qui va naître. Sans chercher coûte que coûte à faire coller cette vision avec ce que nous vivons aujourd’hui, on ne peut pas s’empêcher d’y voir un éclairage singulièrement ajusté pour comprendre ce qui se passe.

Que notre monde soit dans les douleurs d’un enfantement qui dure, saint Paul le disait déjà ! Plus de 2000 ans après lui, qui dira le contraire ? L’enfantement douloureux continue ! Le Dragon s’en prend toujours à la Femme qui est torturée dans les douleurs. Si l’Eglise a choisi de nous faire méditer ce texte pour l’Assomption de Marie, ce n’est certainement pas pour nous présenter une Madone indifférente à la douleur du monde, mais au contraire pour nous persuader qu’il n’y a pas de plus haute gloire pour Marie que d’être avec son Fils, Jésus-Christ, dans la mêlée de l’Histoire des hommes et cela jusqu’à la fin des temps. Jésus et Marie sont avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Le Dragon a beau balayer de sa queue les étoiles du ciel et les faire tomber sur la terre, c’est-à-dire étendre le règne de l’anthropolâtrie, il n’empêche pas le Fils de Marie d’être devenu, par sa mort et sa résurrection, le berger de toutes les nations. Et rien, désormais, ne peut éteindre la voix puissante qui proclame dans le ciel : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ ! » Nos liturgies lui font écho quand chantons : « A toi le règne, à toi la puissance et la gloire pour les siècles des siècles ! »         

Marie est dans la mêlée, chers frères et sœurs. Dans la mêlée de notre Histoire, de nos histoires personnelles, familiales, nationales, mondiales en butte aux attaques plus ou moins déclarées des puissances du mal. Elle est là, plus proche de nous dans la gloire de son assomption qu’elle ne l’était de sa cousine Elisabeth le jour de la visitation. Plus forte et plus puissante pour nous venir en aide et soutenir notre espérance qu’elle ne l’était en partant dans la montagne de Judée pour rendre visite à sa cousine. Nous ne sommes donc pas tiraillés par un choix que nous devrions faire – nous réjouir avec Marie ou pleurer avec ceux qui pleurent – parce que Marie, dans son passage corps et âme vers le ciel, est encore plus proche de nous qu’elle ne l’était dans les conditions limitées de son existence terrestre. L’amour qui l’unit au Christ lui fait prendre les dimensions de Dieu lui-même, sa longueur, sa largeur, sa hauteur et sa profondeur, pour se porter en hâte partout où il y a des pleurs, des cris, des gémissements, partout où la mort laisse des traces et fait des horreurs. Tous et chacun, nous sommes le prochain de son cœur. Tous et chacun, elle nous entraîne les uns vers les autres avec son propre cœur.

Regardons-la agir. Elle fait bien mieux qu’une homélie ou un cours de théologie. Elle laisse parler ses entrailles et son coeur. Ce lieu de nous-mêmes où nous sommes en souci pour l’autre et pour le monde entier. Ce lieu-source de l’amour à partir duquel nous supplions et nous rendons grâce. En accueillant Marie, Elisabeth fait de même, et voilà ces deux femmes qui témoignent, par la parole qui vient de leur chair, que le Fils de Dieu a planté sa tente en notre histoire, pour se lier d’amitié avec toute l’humanité. Spécialement avec les plus humbles, ces préférés du Fils et du Père. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Magnificat !

Chers frères et sœurs, en cette belle fête de l’Assomption, ne craignons pas de nous réjouir avec Marie. Que sa joie déborde sur nous ! Que nos voix s’éveillent, vibrent et chantent avec elle Magnificat anima mea Dominum ! Elle n’a jamais été si proche de nous qu’aujourd’hui où elle règne avec son Fils ! Son amour tendre et maternel n’a jamais pu s’étendre aussi loin qu’aujourd’hui où le Berger de toutes les nations prend avec lui sa Mère, la Reine du ciel et de la terre, pour courir après la brebis perdue. Nous sommes sauvés ! Magnificat !