janvier 2015

 

 

Mais que font donc les moines en hiver ? Comme une ruche, la communauté des moines est toujours vivante et profite de cette saison où moins de monde afflue à l'abbaye pour se ressourcer.

 

Au mois de décembre, un temps de retraite pour toute la communauté : chaque année, le rythme de vie s'adapte à l'écoute d'une parole extérieure. C'est le Père Basile, Prieur du monastère de Chauveroche qui, pendant une semaine, nous a partagé son amour des psaumes. Nous avons pu ainsi nous promener à travers ces joyaux de la prière que sont les psaumes. Toutes les joies et les peines de l'homme s'y retrouvent et ce sont des cris d'amour, des cris de joie, mais aussi, tellement souvent, des cris de détresse. Prière pétrie d'humanité avec ses grandeurs et ses péchés. Car avant d'être un poème, le psaume est d'abord un cri, une louange déchirée par la supplication. Et celui ou celle qui prie se heurte au silence de Dieu :"Pourquoi dors-tu Seigneur ? Réveille-toi. Viens à mon secours." Immense lamentation qui se heurte à la Shoah dans le silence incompréhensible de Dieu. Peut-on bénir toujours ? Comment ne pas lâcher l'amour quand survient l'épreuve ?

Cette retraite nous a préparé à célébrer Noël : de nouveau l'abbaye était pleine et c'est dans la joie et le recueillement que nous avons chanté la venue dans notre monde de Jésus le Sauveur.

Et puis janvier : de nouveau le silence. Sœur Véronique Margron, dominicaine, théologienne bien connue, nous a donné une session au cours de laquelle, partant du texte biblique de la création du monde, elle a pu nous faire approcher les situations actuelles de la famille, de la difficulté à s'engager, de la nécessité de se rendre responsable. Ecarter le mal pour que la communauté humaine vive, discerner quelles sont les bonnes et les mauvaises influences, respecter son prochain : toutes notions qui ont trouvé une application tragique dans le drame des assassinats de ce mois contre Charlie Hebdo et le supermarché casher.

Du côté de notre petite implantation en Norvège, vous savez qu'elle est comme une fleur de printemps, délicieuse et fragile : sous la neige, elle aspire à vivre. Mais un nouveau-né, c'est long à grandir. Et la petite communauté de moines en Norvège n'est-elle pas un nouveau-né ? Nous sommes au temps de la patience.

février 2015

C'est encore l'hiver, mais déjà nous préparons le programme de visites guidées de l'abbaye. Chaque année, du 1er mai à fin octobre, nous offrons la possibilité aux visiteurs de prendre contact avec la vie monastique. Au cours d'une visite qui dure 1 h ¼, les visiteurs sont plongés dans la vie de la communauté des moines en vivant les traits les plus fondamentaux de notre vie : les visites se font en silence; seul le ou la guide donne les explications. Les visiteurs font donc une expérience de silence, une expérience de lectio divina (lecture d'un texte spirituel), une expérience d'écoute de la parole dans une "salle du chapitre" reconstituée. Ils découvrent également, en visitant certains bâtiments anciens, l'art de la reliure des livres liturgiques, les manuscrits enluminés du XIIème siècle et l'influence des moines sur la vie économique de la région au cours des siècles : travail du bois, de la pierre, les cultures, la vigne, la forêt, l'hydraulique... Ces visites passionnent les nombreux visiteurs qui découvrent ainsi la vie monastique avec son équilibre de vie appelé à favoriser la prière et son impact sur la civilisation occidentale puisque les abbayes cisterciennes ont couvert l'Europe et se sont répandues maintenant dans tous les continents.

Pendant les mois d'été, notre équipe de guides habituels est renforcée par 3 jeunes, souvent des étudiants en histoire de l'art, qu'il s'agit de former. Une session a donc été organisée pour eux afin de leur faire découvrir la vie de la communauté monastique d'hier et d'aujourd'hui. Pendant une semaine, ils ont pu s'initier à la vie monastique et à son histoire et partager la vie des moines. Les voilà équipés pour répondre aux nombreuses questions des visiteurs qui découvrent que la vie monastique n'est pas seulement une relique du passé mais qu'elle est bien vécue aujourd'hui. Nombreux sont ceux qui, à l'issue de la visite, viennent participer à un des offices de prière de la communauté des moines.

Nous profitons aussi de l'hiver pour améliorer les aménagements de ce parcours de visites, aménagements qui ont permis d'avoir le label "Tourisme et Handicap" de sorte que les handicapés, moteurs, visuels, auditifs ou mentaux y ont accès.

mars 2015

C'est le Carême. Alors, n'allez pas croire que nous avons tous des figures de carême. Pas du tout ! Le carême, c'est le temps de la joie, le temps du désir. "Quand tu jeûnes, ne va pas prendre des airs de je ne sais quoi. Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage. Ton Père verra ce que tu vis dans le secret..."

C'est tout tournés vers la joie de Pâques que nous vivons ce carême.

Le carême, n'est-ce pas le temps de renouveler notre ferveur qui a toujours tendance à se faner ? Et pour ce faire, nous essayons d'être plus attentifs à nos frères, plus fidèles à la prière, plus soucieux de renouveler notre vie avec la Parole de Dieu. C'est la raison pour laquelle, pendant tout le carême, tous les frères de la communauté se retrouvent ensemble, le soir, pour avoir un temps de lecture spirituelle. Dans le silence, chacun lit le livre qu'il a reçu, des mains du Père Abbé, au début du carême. Ce temps où tout le monde se réunit renforce la cohésion de la communauté des moines en les recentrant sur l'essentiel.

Bientôt Pâques : à chacune, à chacun, nous souhaitons d'être renouvelés par la joie pascale.

avril 2015

"En avril, ne te découvres pas d'un fil." Vous connaissez le proverbe. Et c'est vrai que cette année, on aurait bien aimé avoir un peu plus de soleil.

L'évènement du mois, pour les moines de Cîteaux, c'est la "visite régulière". Tous les deux ans, chacune des communautés de notre Ordre prend un temps pour faire le point : où en sommes-nous dans notre vie monastique ? Comment vivons-nous l'appel de Dieu sur nous aujourd'hui ? Y a-t-il des choses à améliorer, à corriger ? Comment envisager l'avenir ?

Pour mener à bien cette réflexion, nous avons reçu la visite de notre Abbé Général, Dom Eamon Fitgerald, un Irlandais, accompagné de Mère Marie-Christine, Abbesse du Rivet près de Bordeaux. Chacun des frères est allé parler avec les visiteurs, puis des réunions ont eu lieu avec toute la communauté des moines. Ensuite, nos deux visiteurs sont partis en Norvège pour rencontrer la partie de notre communauté qui a commencé une fondation dans ce pays. A leur retour, ils nous ont laissé un document qui présente la physionomie de notre communauté aujourd'hui et des conseils pour poursuivre la route. Comme tout vivant, nous avons des défis à relever, des projets à mettre en route, des équilibres à trouver. Dans le monde d'aujourd'hui, quelle est la place des moines ? N'y a-t-il pas, plus que jamais, besoin d'un appel d'air vers les plus hautes valeurs de l'homme, vers un bonheur qui est inscrit au plus profond de chacun de nous, vers Dieu qui seul peut nous combler ?

Eté 2015

Eté 2015

Avec l'été, les visiteurs affluent. Nombreux sont ceux qui visitent l'abbaye, d'autant plus que les "climats" de Bourgogne viennent d'être classés au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Vous vous demandez peut-être ce qu'on appelle "climat". Ce terme date du 14ème siècle. Il est né chez les moines cisterciens et désigne une parcelle de vigne délimitée, souvent enclose d'un mur de pierre sèche. Il implique des facteurs que les moines avaient soigneusement pris en compte dans l'implantation des premières vignes : climat météorologique, exposition au soleil, qualité et types de sols et sous-sols... Le "climat", c'est en quelque sorte l'harmonisation du travail de l'homme et de la nature, au cours des siècles. Un héritage d’une valeur universelle exceptionnelle à transmettre aux générations futures. Quelques noms suffiront à vous mettre l'eau (ou plutôt le vin) à la bouche : Chambertin, Romanée-Conti, Clos de Vougeot, Montrachet, Corton, Musigny,...

Or l'abbaye de Cîteaux a joué un rôle essentiel dans le développement du vignoble de Bourgogne. Les moines ont sélectionné chaque plant et bâti des cuveries et pressoirs dont le plus prestigieux témoin est le Clos de Vougeot. Par un travail assidu, ils ont fait progresser la viticulture, la qualité et les rendements. Pendant des siècles ils ont œuvré à la notoriété des vins de Bourgogne.

Il va donc falloir que nous envisagions les moyens d'accueillir plus de monde. N'est-ce pas une occasion de faire connaître la vie monastique dont beaucoup de gens ignorent l'existence ? L'idéal serait que les touristes qui viennent surtout pour se promener, repartent en ayant vécu une expérience spirituelle, en découvrant peut-être la prière...

Cette année est également le 9ème centenaire de la fondation de l'abbaye de Clairvaux. C'est en 1115 que Saint Bernard, moine de Cîteaux, a été envoyé avec un groupe de moines pour fonder Clairvaux.

Peut-on encore lire Saint Bernard ? Nous offrons au public des lectures de ses lettres. Lues par des comédiens avec accompagnement de musique, elles nous stupéfient par l'actualité de ses réflexions sur les combats qui tissent nos vies. Les nombreux auditeurs découvrent ainsi la richesse des écrits de Saint Bernard et la force de sa parole.

hiver 2015

 

L'hiver c'est le temps du silence, le temps des secrètes germinations. La nature semble endormie, mais la vie se ressource et s'apprête à exploser au printemps. Les visiteurs ont déserté Cîteaux et nous en profitons pour nous ressourcer nous aussi. L'abbaye, plus silencieuse qu'en été, en profite pour organiser d'importantes rencontres : rencontres entre Frères et rencontres avec Dieu. Nous avons été encouragés par notre Abbé Général à approfondir nos relations fraternelles. Du coup, nous avons pris les grands moyens : avec l'aide d'un coach, nous avons eu 3 sessions pendant lesquelles les réunions de toute la communauté des moines ou par petits groupes ont permis de mieux découvrir la personnalité de chacun et de refonder notre vie fraternelle. Accueillir l'autre comme différent, dans le respect et l'amitié partagée. N'est-ce pas là un trésor qu'il serait bon que beaucoup partagent ? Ce temps de l'hiver nous a permis également d'avoir une rencontre de très grande qualité avec nos Frères qui sont depuis 5 ans en Norvège pour y commencer la fondation d'un nouveau monastère. Ils ont passé plusieurs jours au milieu de nous : retrouvailles très heureuses et mise à plat de la situation actuelle. Mettre au monde une nouvelle communauté monastique, c'est un enfantement qui est lent et long. Ne pas se décourager, avancer, trop lentement sans doute à notre goût, mais persévérer avec courage dans cette entreprise de foi où nous semons sans voir encore beaucoup de résultats. L'hiver nous a permis également d'avoir notre retraite annuelle, animée par le Père Césaire du monastère de Pra D’mil en Italie. Il nous a aidés, à partir de sa longue expérience, à approfondir notre vie monastique en commentant de façon très fouillée un chapitre de la Règle de Saint Benoît, celui qui traite de l'humilité.