Sentences

Je suis l'exemple des auteurs spirituels du passé. Beaucoup d'entre eux avaient l'habitude de rédiger leurs œuvres sous forme de sentences, chacune étant porteuse d'un message central. La sentence est une parole brève et succincte qui offre un conseil et enseigne à vivre, ou bien elle met en lumière un point de doctrine, de morale ou de bon sens, et - dans le meilleur des cas - de sagesse. Mais pour que la sentence témoigne de la sagesse il faut que celui qui écrit et celui qui lit goûtent et perçoivent la saveur de ce qu'ils font et vivent.


1. L'Esprit inspire l'Écriture, c'est pourquoi il est présent et parle par elle. S'il inspire, il "expire" également.
2. L'Écriture "expire" la vie par l'inspiration de l'Esprit, c'est pourquoi elle est la respiration du moine chrétien.
3. Tout ce Livre Vivant converge dans le Christ. Les divines Écritures constituent un livre unique : le Christ. Il est la Parole abrégée, vive et efficace.
4. Toute l'Écriture se rapporte au mystère du Christ : préfiguré dans l'Ancien Testament et présent dans le Nouveau, intériorisé par chaque chrétien et accompli dans la gloire.
5. Parce que Dieu est infini, infinie aussi est sa Parole : l'Écriture contient des mystères infinis, son sens est insondable.
6. Le sens littéral du texte doit toujours être le point de départ : la lettre renseigne sur les faits et présente les personnes ; l'histoire est le fondement.
7. L'Esprit nous transporte au-delà de la lettre, notre vie théologale nous ouvre les portes des différents sens :
- allégorique, qui édifie la foi en faisant découvrir le Christ et son Église ;
- tropologique, qui nous apprend à œuvrer dans la vérité de l'amour ;
- anagogique, qui nous oriente et nous attire vers ce que nous espérons encore.
8. L'Évangile est la bouche du Christ toujours prête à nous offrir un baiser d'éternité.
9. L'Évangile est corps et sang du Christ ; le prier et en vivre signifie le manger et le boire.
10. L'Évangile est force de Dieu parce qu'il nous indique le chemin et nous donne la force pour le suivre.
11. Ici on trouve la vie véritable, et mon esprit ne possède et ne veut rien d'autre que la lecture priante de ces mystères !
12. L'Église est l'unique caisse de résonance de la Parole de Dieu. En tant que Corps du Christ elle est elle-même Parole. L'Écriture nous donne vie dans l'Esprit quand elle est accueillie dans le contexte de la tradition et du magistère.
13. Notre Lectio Divina doit prolonger la Parole au-delà de la Liturgie afin de nous préparer à une célébration fructueuse de celle-ci.
14. Le cénobite comprend le sens profond de la Parole seulement quand il vit en communion et dans la concorde avec ses frères.
15. La conversatio monastique doit créer un climat biblique qui permette à tous et à chacun d'être protagonistes dans le dialogue du salut.
16. L'humus de l'humilité est la bonne terre où la Parole produit des fruits abondants.
17. Seul celui qui se recueille accueille, seul celui qui demeure dans le silence entend les battements du cœur de Dieu.
18. Nous parlons à Dieu quand nous prions avec amour, nous écoutons Dieu quand nous lisons sa Parole avec foi.
19. Quand notre persévérance et notre assiduité à la Lectio nous crucifient dans le Livre, nous comprenons la folie du Père très bon.
20. Pour connaître le Christ crucifié il faut être crucifié pour le monde.
21. "Me voici, que Dieu écrive en moi ce qu'il veut", a dit Marie. Quand notre cœur est une lettre écrite par Dieu, toutes les lettres de Dieu résonnent dans notre cœur.
22. Celui qui vit la Bonne Nouvelle offre au monde des raisons pour vivre et mourir.

 

Lettre de l’Abbé Général aux frères et sœurs de l’Ordre, 26 janvier 1993