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accordeonHomélie pour le jour de Pâques 2017

C’était donc vrai ce que Jésus avait dit de son vivant : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit crucifié, et le troisième jour il ressuscitera ». C’était donc vrai ce que nous avons chanté dans la liturgie du Vendredi Saint : « L’amour a gagné l’immense défaite, demain le Jour surgira du tombeau ». Chers frères et sœurs, Demain est arrivé ! Demain, c’est Aujourd’hui, nous y sommes ! Plongés dans cette vérité de foi, illuminés par ce Jour de lumière, transfigurés par l’amour vainqueur de la mort, nous exultons de joie, la vraie, celle qui ne passe pas, celle que personne ne pourra nous ravir : « Christ est ressuscité, alléluia, alléluia ! »

Jésus ne nous a pas trompés et nous ne trompons personne quand nous annonçons le Mystère de la foi. Nous sommes dans la Réalité la plus profonde, la plus sublime, la plus ferme, celle de la Vie contre laquelle la mort n’a plus d’empire. Jésus est Vivant, et c’est Lui qui est notre Vie et notre Résurrection !

Seulement voilà, quelque chose peut nous tromper : c’est que cette Réalité qui est Jésus, Christ et Seigneur, le Premier Né d’entre les morts, le Vivant pour les siècles des siècles, cette Réalité si profonde, sublime, inébranlable, est tellement discrète, tellement simple, tellement accessible que nous passons à côté d’elle sans la voir. Le vrai Dieu est tellement vrai homme jusque dans sa Résurrection que nos yeux et nos cœurs sont incapables de le reconnaître si la foi ne vient pas les guérir de leur aveuglement et de leur endurcissement.

« Il vit et il crut », dit l’apôtre Jean, à la fin de l’évangile que nous venons d’entendre. Qu’a-t-il donc vu ? Rien que des choses très simples : « La pierre enlevée du tombeau, les linges posés à plat, le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place ». Tout est rangé, soigneusement, en ordre. Jésus ne ressuscite pas en faisant de la casse ou du désordre. Oh que non, c’est tout le contraire ! Lui qui est la Vie d’en haut prend soin de toutes les choses d’en bas. Les moindres choses lui sont utiles. Comme l’ont été celles du Jeudi Saint : le tablier noué à sa ceinture, le bassin et l’eau pour laver les pieds des disciples, le pain et le vin pour se déposer lui-même sur la table de nos cœurs comme dans son Royaume. Les moindres choses lui sont utiles. Comme l’ont été aussi celles du Vendredi Saint : le vêtement de pourpre, la couronne d’épines, les fouets, les clous, la lance, la croix. Comme l’ont été celles Samedi Saint : les aromates préparés par les femmes, et surtout le silence du grand sabbat où lui, la Résurrection et la Vie, descend aux enfers pour le vider de tous les morts !    

Notre Dieu habite tellement l’ordinaire de nos vies que nous passons à côté de lui sans le voir ! Pourquoi avons-nous ce besoin quasi viscéral de voir de l’extraordinaire, de l’inédit, du jamais vu ? Serions-nous comme le roi Hérode qui, lors du procès de Jésus, avait réuni toute sa cour espérant bien que celui qui faisait la une en Galilée et en Judée allait se surpasser en fait de miracle et prodige…enfin il allait le voir ! La déception a été grande, car Jésus n’a rien dit ni rien fait. Notre Dieu n’est pas médiatique. Les idoles le sont, pas le Dieu des chrétiens.

C’est seulement la foi qui donne accès à la Réalité divine, à la Vie la plus profonde, la plus sublime et la plus ferme qui se manifeste à nous dans le Mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu, et dans celui de la Rédemption. Pour parler de cette Réalité divine, il faut bien des mots, même si nos mots sont et impuissants pour en faire le tour. Les chrétiens ont des mots bien à eux pour  dire cette Réalité, des mots qu’on ne trouve guère dans la grande presse et les discours que nous entendons en période électorale. J’en retiens un qui, me semble-t-il, explique bien pourquoi on ne peut s’ouvrir au Mystère de la Résurrection qu’avec les yeux de la foi : c’est le mot « humilité ». Notre Dieu est humble, humble, divinement humble. Il vient chez nous humblement : petit enfant déposé dans une crèche. Il repart plus humblement encore : pendu sur une croix entre deux bandits. Et quand il remonte du séjour des morts, il est tellement l’un de nous qu’il devient méconnaissable : Marie-Madeleine le prend pour un jardinier, les disciples d’Emmaüs pour un compagnon de voyage bien peu au courant des évènements qui viennent d’arriver ; quant aux apôtres, ils ont des doutes sur Celui qui se tient au milieu d’eux, tant et si bien que Jésus est obligé de le dire : « C’est bien moi ! Voyez mes mains et son côté ! » et il va jusqu’à manger devant eux un morceau de poisson grillé.

Chers frères et sœurs, voulez-vous qu’en cette fête de Pâques nous demandions à Jésus Ressuscité l’immense cadeau de son humilité ? Sans aucun doute, c’est sur lui, le Christ Jésus, et sur son humilité que saint Benoît dans sa Règle veut orienter le regard des moines. Il s’agit pour nous de suivre Jésus dans son humilité, car l’humilité est le chemin de la vérité. Pour nous aider à prendre ce chemin-là sans en dévier, saint Benoît prend une image, celle d’une échelle dont il faut gravir les échelons. Il y en a douze. Allez donc voir, chers frères et sœurs ! Si vous avez peur de prendre la croix, remplacez-la par cette échelle qui n’est pas réservée aux moines. Vous verrez : c’est très concret, tout en étant très paradoxal, car on ne peut monter cette échelle qu’en s’abaissant comme Jésus lui-même. On ne peut ressusciter qu’en s’humiliant comme Jésus lui-même. Échelle de la passion autant que de la résurrection, c’est l’échelle de Pâques : elle fait descendre le ciel sur la terre et monter la terre jusqu’au ciel. Eh bien, allons-y en chantant ‘alléluia’ !     

 

accordeonHomélie pour le Jeudi Saint 2017

Pour nourrir notre méditation de la Parole de Dieu et du grand Mystère que nous célébrons ce soir, je partirai d’un évènement très ordinaire qui m’a interpellé récemment. C’était lors d’une réunion du noviciat qui portait sur la Règle de saint Benoît. Nous en étions venus à échanger sur le Royaume des cieux. Jésus en parle souvent dans les évangiles, et la plupart du temps avec des petites paraboles très suggestives. Je ne sais plus pourquoi ni comment j’en suis venu à dire : « Le Royaume des cieux, c’est moi ! » L’affirmation frise l’impertinence. Il a fallu que je m’explique… et finalement un frère a dit : « Eh bien voilà, tu as trouvé ton homélie pour le Jeudi Saint ! »

Le Royaume des cieux, c’est moi ! Chacun peut se le dire : Le Royaume des cieux, c’est moi ! Le Royaume des cieux, c’est nous ici ce soir, rassemblés dans l’église de Cîteaux, en communion avec tous ceux qui célèbrent…partout dans le monde…la sainte Cène du Seigneur. Qui de nous contestera que le petit troupeau que nous formons est le signe, et plus que le signe, le sacrement de L’Église universelle, Corps du Christ et Temple de l’Esprit ? Baptisés dans le Christ, rassemblés dans le Christ, ne sommes-nous pas la préfiguration de la cité du ciel, cette Jérusalem d’en haut où Dieu est tout en tous ? Cela n’est pas autre chose que le Royaume des cieux qui est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint !

Le Royaume des cieux, c’est moi ! Mais bien sûr, ce n’est pas que moi ! C’est aussi toi, c’est aussi nous, c’est aussi tout ce que le Christ touche aujourd’hui en prenant dans ses mains très saintes le pain et la coupe remplie de vin, fruits de la terre et du travail des hommes. Le Royaume des cieux, c’est toute la création, touchée de l’intérieur, saisie à bras le corps par Jésus-Christ, libérée par son corps livré et son sang versé. C’est toute la création qui proclame la louange du Dieu de l’univers et s’écrie par la voix du prêtre : « C’est toi qui nous donnes la vie, c’est toi qui sanctifies toutes choses, par ton Fils, Jésus-Christ, notre Seigneur, avec la puissance de l’Esprit Saint ; et tu ne cesses de rassembler ton peuple, afin qu’il te présente partout dans le monde une offrande pure ».   

Chers frères et sœurs, si notre assemblée de ce soir annonce le Royaume des cieux et le célèbre ici et maintenant, alors faisons très attention aux gestes que nous allons poser et aux paroles qui les accompagnent, car ce sont les gestes et les paroles fondateurs du Royaume de Dieu sur la terre. Il n’y en a pas d’autres. Avec ces gestes-là et ces paroles-là, le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est né. Ce ne sont pas des gestes et des paroles familiers aux gens importants de notre monde. Nos rois, nos présidents, nos ministres, ont besoin d’un autre décorum pour se rendre importants. Trop souvent, ils se battent pour savoir qui est le plus grand. Et trop souvent nous nous laissons prendre à leurs jeux et nous tombons dans leurs pièges.

Le Royaume des cieux a d’autres expressions que les leurs. Il ne connaît ni clan ni parti. Inauguré sur terre il y a plus de deux millénaires, il subsistera dans les siècles des siècles. Ses sujets, ce sont tous ceux qui entendent avec l’oreille de leur âme ces paroles du Roi : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte, je prendrai la cène avec lui et lui avec moi ». Ce soir, nous lui ouvrons la porte le plus largement possible, et il vient établir son Royaume au-dedans de nous. Il vient reconquérir son Royaume au-dedans de nous. Comment ? Justement avec deux gestes fondateurs que nous allons reproduire en demandant instamment au Seigneur d’en marquer toute notre vie pour qu’elle soit le signe de Pâque :

Il y a d’abord le geste de l’eucharistie où Jésus nous donne à manger et à boire gratuitement. Avec du pain et du vin sur lesquels il prononce les paroles qui changent leur substance, il se donne lui-même en nourriture et en boisson à tous ceux qui ont le bonheur d’être invités au repas de ses noces.

Mais ce n’est pas tout : pour ne pas abuser de nous ni tromper notre bonne foi avec des promesses insoutenables, comme font trop souvent les grands de ce monde…, il nous ramène à la réalité de notre condition humaine en nous lavant les pieds, lui, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Dans son Royaume, tout le monde fait comme çà ! Se mettre au service les uns des autres dans la charité, c’est la loi ! Ça commence ici et maintenant, et ça durera éternellement.

 

accordeonHomélie pour la messe de Minuit de Noël 2016

Chers frères et sœurs,

Chaque année à Cîteaux, pendant l’Avent, nous avons notre retraite de communauté. C’est un temps où nous nous adonnons plus encore que d’habitude au recueillement et à la prière. Cette année, notre prédicateur a choisi comme fil conducteur de la retraite le dernier livre de la Bible, le livre de l’Apocalypse, celui vers lequel convergent tous les autres, aussi bien ceux de l’Ancien Testament que ceux du Nouveau Testament.

Dès sa première conférence, il nous a invités à mettre notre main dans celle de l’apôtre Jean, qui est l’auteur de l’Apocalypse, pour entrer dans le Ciel, car c’est là notre patrie. Le baptême a fait de nous des enfants de Dieu. La terre n’est pas notre patrie, c’est le Ciel qui est notre patrie. Pour bien voir la terre, il faut la regarder depuis le Ciel. Pour bien voir ce qui se passe sur terre, les évènements de l’Histoire, il faut les regarder du haut du Ciel.

Et qu’y a-t-il dans ce Ciel ? Qu’y a-t-il dans les hauteurs des cieux ? Il y a le Dieu de majesté, le Très Haut, le Très Saint, le Tout-Puissant, le Créateur du monde, Celui de qui nous recevons la vie, le mouvement, et l’être. En sa présence, il y a la foule innombrable des saints de toutes races, langues, peuples, nations, et aussi des Anges par myriades. L’Apocalypse en est remplie. Ce sont eux les messagers que Dieu envoie pour nous apprendre à lire dans le bon sens les évènements qui se passent sur terre. Croyez-vous aux anges, chers frères et sœurs ?

Regardez ce qui s’est passé pour Joseph, le fiancé de Marie. Qu’aurait-il fait si l’Ange du Seigneur ne lui était pas apparu pour qu’il puisse lire dans le bon sens ce qui se passait en elle ? « Ne crains pas, lui dit-il, de prendre chez toi Marie, ton épouse. L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (qui veut dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » ?

Et nous-mêmes, comment pourrions-nous comprendre dans le bon sens ce qui se passe à Noël si nous n’avions pas un Ange du Seigneur pour nous dire : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ». Noël n’a aucun sens si nous n’entendons pas cette parole de l’Ange. Et nos vies chrétiennes marchent à contre sens si nous n’allons pas à la crèche pour célébrer Noël. Car alors nous sommes pris dans le grand carambolage de l’Histoire et du monde, parce qu’on marche à contre sens ! On se rentre dedans. Il y a des morts, parfois en grand nombre. Et de toute manière, il y en  a toujours trop !

Faut-il donner des exemples ? Nous en avons tous en tête, mais n’allons pas les chercher très loin. Bien sûr, il y a Alep, il y a Berlin, il y a Istanbul… Je pense à d’autres carambolages plus graves parce qu’en fait ils sont à l’origine de tous les autres, de façon indirecte et sous le couvert du bien. Ce sont les grands carambolages dus à la lutte pour le pouvoir dans nos sociétés. Que de gens veulent prendre le pouvoir ! Prises de pouvoir politiques, prises de pouvoir économiques, prises de pouvoir religieux, pour ne nommer que les plus graves. Qui de nous n’en est pas victime, peut-être même inconsciemment ? Voilà ce que les anges de l’Apocalypse dénoncent en termes imagés, certes, mais qui disent bien ce qu’ils veulent dire : carambolages dramatiques provoqués par la Bête aux dix cornes à laquelle les grands de la terre ont remis leur pouvoir. Ensemble, ils font campagne contre l’Agneau de Dieu, mais l’Agneau sera vainqueur, car il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois. Voilà pourquoi, le jour de Noël, il faut aller à la crèche avec les bergers pour voir ce Seigneur et ce Roi, pour voir comment il prend le pouvoir et comment il règne.

Et que voit-on ? On s’attendrait à le voir sur un trône, et on le découvre dans une mangeoire ! On s’attendrait à le voir dans l’éclat de sa majesté, et on découvre un bébé emmailloté de langes ! On s’attendrait à trouver des gardes du corps pour le protéger, et on ne voit qu’un bœuf et un âne qui sont là sans même savoir pourquoi ! Comment ne pas être non seulement déroutés, mais stupéfaits, devant ce signe du Ciel ? Peut-on vraiment y reconnaître le Sauveur du monde ? Peut-on croire que ce bébé, c’est le Christ, le Seigneur, vrai Dieu et vrai homme, alors qu’on ne trouve là qu’un petit être d’une extrême innocence et d’une extrême fragilité, entouré seulement de deux personnes jeunes qui veillent dans l’adoration et l’attention la plus extrême : un homme et femme, reliés par un amour fort, chaste et pur qui manifestement les comble, et dont l’enfant est non pas le fruit mais la source  !

Entrons, chers frères et sœurs, dans ce lieu saint. Adorons le Seigneur qui nous a faits. Et là, laissons nous relier les uns aux autres par l’amour qui unit l’Enfant Jésus, Marie et Joseph. La Bête à dix cornes ne peut rien contre lui. C’est un  amour bâti pour toujours. Un amour qui vient du ciel pour nous faire renaître en lui. C’est l’amour jaloux du Seigneur de l’univers. Qu’il soit notre joie, notre espérance invincible, notre paix indestructible !

 

accordeonHomélie pour la messe de la TOUSSAINT 2016

Le jour de la Toussaint, la parole de Dieu nous fait rêver. Le ciel s’ouvre, et nous pouvons le regarder, le scruter, le contempler. Nous voyons une foule immense que nul ne peut dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues, qui se tient debout devant le Trône de Dieu et devant l’Agneau. Tous sont vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main, et ils s’écrient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! »

C’est une foule victorieuse qui est passée par une grande épreuve, qui a nettoyé, lavé, purifié, blanchi les vêtements de tous ces gens. C’est l’épreuve de la lutte contre le péché du monde. Si nos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige, avait dit le prophète Isaïe. La prophétie s’est réalisée avec le sang de Jésus-Christ.

Regardons encore ce ciel immense. On n’y voit pas que cette foule des rachetés que nul ne peut dénombrer. On y voit aussi tous les anges, nous dit saint Jean. Eux aussi se tiennent debout autour du Trône et de l’Agneau, et ils se prosternent en disant : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » Des mots que nous connaissons bien, et que l’Eglise nous apprend à dire et à redire chaque jour et plusieurs fois par jour quand nous chantons Dieu en présence des Anges : « Amen, gloire, louange, honneur, à Dieu pour les siècles des siècles ! » Et quand nous les moines, nous disons cela, nous ne restons pas assis dans nos stalles ou les jambes croisées comme dans des fauteuils de salon, nous nous levons et nous nous prosternons devant le Dieu Saint, et trois fois Saint de qui vient notre salut et à qui appartient la gloire pour les siècles des siècles.

Tout cela, c’est ce que nous contemplons émerveillés le jour de la Toussaint en regardant le ciel. Baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, c’est là notre véritable patrie. Nous sommes nés de Dieu, nous sommes déjà intrônisés en espérance avec le Christ à la droite du Père au plus haut des cieux.

Mais bien sûr, regarder le ciel ne nous dispense pas de regarder aussi la terre, et de la voir encore mieux, cette terre où nous marchons comme des pèlerins. Et que voyons-nous sur notre terre ? Beaucoup de choses qui ne sont pas très intéressantes et ne valent pas la peine d’être regardées. Par contre, avec les yeux de l’évangile de la Toussaint, nous voyons là aussi une foule immense qui entoure quelqu’un qui est assis, non pas sur un Trône comme dans l’Apocalypse, mais simplement par terre. Il s’appelle Jésus. Là, à la différence de l’Apocalypse, ce n’est pas la foule qui chante et proclame les louanges de Dieu avec les anges. La foule se tait. Elle écoute Dieu qui parle par la bouche de son Fils. Elle écoute et elle recueille les paroles de l’Agneau qui enlève le péché du monde. Alors que, dans l’Apocalypse, Dieu se tait et accueille l’Amen et les louanges que lui adresse la foule immense des rachetés, dans l’évangile c’est le contraire : la foule se tait, elle laisse Dieu parler et elle boit les paroles de bonheur qui sortent de sa bouche. Nous les connaissons bien ces paroles, et nous les aimons beaucoup : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage…etc. » Chers frères et sœurs, les béatitudes, c’est la marque du Dieu vivant sur le front de ses serviteurs ! C’est le sceau qui nous permet de reconnaître les véritables enfants de Dieu : la pauvreté, la douceur, la compassion, la justice, la miséricorde, la pureté, la paix, l’endurance et la patience dans la persécution. C’est notre marque, frères et sœurs, c’est notre sceau, c’est notre différence, c’est le signe qui ne trompe pas sur notre véritable identité : On nous appelle enfants de Dieu et nous le sommes.

On m’a offert tout récemment un recueil de poèmes qui se termine par quelques strophes sur les saints. On y retrouve les béatitudes chantées avec la plume d’un poète. Ca fait rêver, mais comme je l’ai dit, le jour de La Toussaint, c’est permis de rêver surtout quand on cherche à exprimer la réalité, comme Van Eyck peignant l’Agneau mystique ou comme Franz List qui rêve d’amour avec son piano :

Les saints…sont les invisibles de l’Eglise souterraine

En eux se rassemble la croisée de tous les chemins. Tous les sentiers du ciel et de la terre conjuguent leur lumière dans leurs artères ardentes.

On ne les voit pas, ils sont imperceptibles, discrets, silencieux. Ils sont les simples, les souriants, les serviteurs, ceux qui s’effacent et prennent soin de ne faire tort, ni ombre, ni forfait. Ils glissent sur la glace du silence, chaussés des patins artistiques de cet invisible esprit d’enfance qui ne brille que dans leurs yeux.

A la croisée de nos chemins, nous connaissons tous de ces gens simples, souriants, qui s’effacent et prennent soin de ne faire de tort à personne, et qui sont marqués de cet esprit d’enfance qui brille dans leurs yeux. C’est pour eux et avec eux que nous louons le Seigneur aujourd’hui. Tous les saints non-identifiés, non répertoriés dans canons de l’Eglise, ce sont eux que nous fêtons. Tous ces anonymes, que Jésus appelle les pauvres, les doux, les miséricordieux, les artisans de paix, et que la poétesse dans son recueil ose appeler « les alcooliques anonymes » parce que, dit-elle, ils se sont enivrés de Dieu et qu’ils débouchent pour nous depuis les cieux l’eau de la vie afin que chacun ait sa rasade dans les mille et une nuits et l’infini roulis des siècles.

Alors, buvons, mes amis, enivrons-nous, mes bien-aimés, car La Toussaint, c’est déjà notre fête !

 

accordeonHomélie pour la messe du 30e Dimanche Ordinaire C

Le pharisien et le publicain.

Ils sont venus tous les deux au Temple pour prier. Et nous aussi, nous sommes ici ce matin pour prier. Ils s'adressent l'un et l'autre à Dieu. "Mon Dieu, je te rends grâce" dit le premier. "Mon Dieu, montre-toi favorable" dit le second.

Mais est-ce au même Dieu qu'ils s'adressent ? Et nous, quand nous prions, à qui nous adressons-nous ? N'est-ce pas la question que nous avons à nous poser à l'écoute de cette parabole ?

Autrement dit, qui est Dieu pour le pharisien ? Qui est Dieu pour le publicain ? Qui est Dieu pour nous ? La réponse n'est peut-être pas si simple que ça.

Qui est Dieu pour le pharisien ? Il semble qu'on puisse répondre ceci : Dieu est le Maître, le Juge. Il convient donc d'être devant lui pur et sans péché. "Je jeûne deux fois la semaine, je fais l'aumône, je ne suis pas comme les autres qui sont voleurs, injustes, adultères, etc. Donc je suis impeccable." Mais quelle est ma relation à Dieu ? S'agit-il, pour nous chrétiens d'avoir une vie morale impeccable, d'être en règle avec un Dieu dont nous avons sans doute un peu peur, dont nous nous méfions peut-être pour ne pas avoir des retours de bâton quand nous en prenons à notre aise avec ses exigences ? Mais ce Dieu, pouvons-nous l'appeler Père ?

Qui est Dieu pour le publicain ? N'est-il pas le refuge des pécheurs ? Celui qui m'accueille, alors même que je suis tombé et retombé dans un péché que je n'arrive pas à surmonter ? Le risque pour le pharisien, c'est l'orgueil et l'endurcissement du cœur. "Convaincu d'être juste et méprisant les autres." Il n'a guère besoin de Dieu avec lequel il n'a pas de relation personnelle.

Le risque pour le publicain, c'est peut-être le découragement. Il sait par expérience qu'il est un pécheur et que bien souvent, il ne s'en sort pas de ce péché. Si le découragement le submerge, ne va-t-il pas glisser tout doucement dans la désespérance ? S'il a peur de Dieu, ne sera-t-il pas tenté de fuir ? Le seul remède est qu'il se jette dans les bras de la Miséricorde du Père, et que, en pleurant peut-être, il soit enfoui dans la douceur de Dieu. C'est la démarche de l'Enfant prodigue qui se présente devant son père un peu tremblant, mais c'est son Père qui se jette à son cou.

Il y a quelques années, il y a cinq ans, l'un de nos frères, le Père Maurice, que certains d'entre vous ont connu, est mort. Il avait 92 ans, et 8 jours avant sa mort, il montait encore les escaliers quatre à quatre, toujours débordant de l'enthousiasme que nous lui avons toujours connu. Et puis, en quelques jours, il est mort.

Sur la table de sa chambre, on a retrouvé un texte, écrit environ 15 jours avant. Il disait ceci : "Quand je partirai, quand j'arriverai devant Dieu, je ne lui dirai pas : je ne suis qu'un pauvre type, un misérable pécheur. Il ne le sait que trop, et à quel prix. Je me jetterai, je me précipiterai dans ses bras et je ne dirai qu'un seul mot "Abba ! Père !"

Voilà un chrétien ! Il sait qu'il est pécheur, il sait qu'il a besoin de la miséricorde de Dieu, mais il sait encore bien plus que le Père l'attend pour le serrer dans ses bras et essuyer toutes les larmes du pauvre pécheur qui arrive devant Lui.

Et cette assurance de la tendresse du Père lui donne un cœur paisible et enclin au pardon. Vous avez entendu, il y a quelques instants la lettre de St Paul ? Arrivé à la fin de sa vie, il relit ses douleurs : "Personne ne m'a soutenu; tous m'ont abandonné. Que cela ne soit pas retenu contre eux. Le Seigneur, lui, m'a assisté. Il m'a rempli de force... Il me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste."

Pas de regrets, pas de rancune. St Paul fait la paix, il pardonne comme Dieu lui-même pardonne.

Demandons cette grâce au Seigneur : que nous ne soyons pas des pharisiens au cœur dur et impitoyable pour les autres; que nous ne soyons pas des publicains désespérés; que nous soyons des artisans de réconciliation avec nous-mêmes et avec les autres; que nous soyons les enfants bien-aimés du Père des Lumières qui se jettent dans ses bras et lui disent : Père.

 

accordeonHomélie pour la messe de l'ASSOMPTION 2016

Frères et sœurs qui avez choisi de fêter l’Assomption à Cîteaux, je vous propose de méditer la liturgie de cette fête sous le regard de la Vierge Marie qui est là, présente dans notre église, à la croisée de la nef et du transept. Cette statue est une copie à l’identique d’une Vierge du XIVe siècle qui se trouve au musée du Louvre avec l’indication : « Vierge en provenance de Cîteaux ?»

Une première chose nous frappe quand on la regarde, c’est qu’elle n’est pas seule. C’est une Vierge à l’Enfant. Elle est debout, et elle porte au creux de son bras gauche l’Enfant Jésus qui, lui, joue avec une colombe qu’il tient dans la main gauche. Marie donne l’impression de porter l’enfant sans effort, comme un fardeau léger qui ne l’encombre pas. Au contraire, l’enfant semble donner de l’assurance à sa mère, et une sorte d’autorité royale qu’elle assume sans écraser personne.

Pleine de grâce, discrètement souriante, elle est aussi pleine de majesté. Sur ses cheveux tressés, elle porte une couronne imposante qui n’enlève rien à la rondeur de sa bonté. Et l’on peut penser que le sceptre qu’elle tient dans sa main droite a été providentiellement brisé par les révolutionnaires pour nous rendre plus facile le bonheur de l’approcher. C’est la Vierge du Salve. Chaque soir, elle accueille avec amour le dernier chant des moines : Salve Regina, Mater misericordiae. Nous te saluons, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre espérance…

Nous la regardons… mais regardons bien : où donc dirige-t-elle son regard ? Vers son enfant ? Non ! Vers nous ? Non plus ! C’est un regard plus centré, plus concentré, comme pour nous indiquer là où il faut regarder quand on est dans notre église. Pas vers elle, mais vers l’autel. C’est l’autel qui est au centre, et non Marie. Toute reine qu’elle est, elle ne fait jamais que se tenir de côté, à côté, comme elle l’a été pendant toute sa vie. Jamais, elle ne s’est mise au centre. Elle a toujours été à côté de Jésus, proche, tout proche de lui. Le centre, c’est la place de Dieu, c’est la place de l’autel, le symbole du Christ, le rocher qui nous sauve. Elle se tient de côté, comme Eve qui provient du côté d’Adam. Marie, la nouvelle Eve, l’Immaculée Conception, figure de l’Eglise, est née du côté du Nouvel Adam.

Dans notre église, elle est debout près de l’autel, et cela lui rappelle le jour où l’enfant qu’elle tient dans ses bras est allé jusqu’au bout de son amour pour nous. Il étendit les mains à l’heure de sa passion afin que soit brisée la mort et que la résurrection soit manifestée. Ce jour-là, elle était là, près de l’autel, près de la Croix, près de l’agneau du sacrifice. Et depuis, elle est toujours là, quand nous faisons mémoire de ce premier vendredi saint en célébrant l’eucharistie. Près de l’autel, comme au Calvaire près de la Croix, elle entend Jésus lui dire en nous montrant à elle : « Femme, voici tes enfants ». Et nous aussi, debout près de l’autel, à côté d’elle, comme l’apôtre Jean près de la croix, nous entendons Jésus nous dire : « Voici votre mère ». Nous la prenons chez nous et elle nous prend chez elle. Femme guidée par Dieu au désert de l’épreuve, tu nous vois chancelants sous le poids de la croix. Ta foi inébranlée soutient notre faiblesse et nous conduit.

Il y encore quelque chose à voir dans cette sculpture de la Vierge de Cîteaux, ce sont ses vêtements et la couleur de ses vêtements : le rouge de sa tunique et le bleu de son manteau. Certes, ce n’est pas un rouge éclatant ni un bleu très lumineux, mais quand même on les perçoit… Le rouge, dans la tradition chrétienne, figure les apôtres et les martyrs. Marie est reine des apôtres et des martyrs. Qui plus qu’elle a porté la bonne nouvelle du salut et l’a mise au monde ? Qui plus qu’elle lui voué sa chair, son âme, et son cœur ? Qui a chanté pour la première fois Magnificat anima mea Dominum… si bien que l’enfant de sa vieille cousine en a bondi de joie ? Et plus tard, quand l’heure fut venue, qui a reçu le coup de lance prédit par Siméon et donné par le soldat ? Elle nous a tous devancés par sa vie même pour nous enfanter tous avec Jésus son premier-né. Que l’on s’appelle Tarcisius, Maximilien Kolbe ou Jacques Hamel ! Que l’on soit du côté des victimes ou du côté des bourreaux, elle ne peut renoncer à être la Mère de Dieu et la Mère des hommes chargée de nous conduire à Dieu ! Mère de la Miséricorde, elle est aussi présente là où le sang coule que là où le vin nouveau déborde !

Voyez encore, frères et sœurs : Par-dessus sa robe rouge, elle porte un manteau bleu qui lui sert aussi de voile. Le bleu, c’est la couleur qui lui est propre. C’est la couleur du ciel. C’est aussi la couleur de la France quand elle ne se salit pas avec le Dragon. Et c’est la couleur de la Terre vue du Ciel. Marie, Reine du ciel et de la terre, nous recueille tous, les grands saints comme les grands pécheurs, dans son manteau lumineux, sans perdre personne.

 

Toi qui resplendis de gloire

A l’orient du dernier jour,

Devant Dieu garde mémoire

De cette terre où l’on meurt.

Femme tant priée des pécheurs,

Intercède pour nous.

 

accordeonHomélie pour la messe du 19e Dimanche Ordinaire 2016

 L’actualité nous permet ces jours-ci de voir l’Eglise sous des visages divers. Viennent de s’achever les JMJ : des millions de jeunes ; enthousiasmés, ils ont écouté les enseignements du Pape et des évêques ; ils ont prié ; ils ont chanté ; ils ont dansé; ils ont fait silence. Image d’une Eglise pleine de jeunesse, de dynamisme, qui veut s’engager dans l’évangélisation. Et c’est vrai que ces jeunes font là une expérience d’Eglise qui sera peut-être décisive pour leur vie. Ils ne sont plus tout seuls; ils reviennent, fiers de leur foi et prêts à retrousser leurs manches pour vivre leur vie chrétienne et faire partager leur enthousiasme. Ils ont entendu les appels pressents du Pape à donner leur vie et à construire un monde fraternel. Ils ont vécu une expérience très forte de rencontres avec des jeunes d’autres nationalités, d’autres cultures, qui parfois vivent des situations terribles dans des pays en guerre ou dans la persécution.

Ces JMJ nous remplissent d’optimisme. Et nous prions pour que tous ces jeunes persévèrent dans une foi joyeuse et active.

Autre visage de l’Eglise : dans la banlieue de Rouen, un beau matin d’été, au cœur des vacances. Oh, ils ne sont pas nombreux à la messe ce mardi matin : 5 personnes, pas plus, et le prêtre, âgé, qui célèbrent l’Eucharistie. 6 en tout. 6 perles fines ; de ces veilleurs qui attendent l’aurore. Le soleil illumine l’église presque vide où se joue le destin du monde. L’Eucharistie pleine de lumière vient féconder la terre et apporte la force de l’Esprit-Saint aux JMJ qui vont commencer.

En tenue de service, humblement, ces 6 là tiennent leur lampe allumée. Et cette petite flamme enflamme toute l’Eglise et sauve le monde. Comme la flamme du cierge pascal, leur prière monte vers le Seigneur. Elle brûle en pure perte, semble-t-il ; elle ne sert à rien. Et pourtant elle est la flamme du buisson ardent qui brûle sans se consumer. Et qui va permettre à la joie pascale de se répandre abondamment sur la multitude des jeunes rassemblés aux JMJ.

Dans cette église silencieuse de St Etienne du Rouvray, pas de chants, pas de danses, mais quelle plénitude dans le cœur de ces quelques baptisés qui attendent leur maître à son retour des noces. Vêtus de la robe nuptiale, ils accueillent l'Aube qui s'annonce; ils sont le peuple des veilleurs. Et voilà que soudain, de façon dramatique, les noces vont s’accomplir. Dans l’Eucharistie sont célébrées les noces de l’Agneau et ces noces sont baignées dans le sang du Christ répandu sur la croix. Car c’est bien là, sur la Croix, que le Christ a enfanté l’Eglise.

« Heureux les invités aux noces de l’Agneau. » Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir.

L’Eucharistie s’achève dans la paix et la joie du silence recueilli quand soudain le Mal se dresse dans l’horreur de la haine. Mais ce que le jeune tueur ne sait pas, c’est que dans sa violence déchaînée, il accomplit le sacrifice qui sauve le monde. Le vainqueur, ce n’est pas lui. C’est celui qu’il tue. Car celui qu’il tue accomplit au plus haut degré le sacrifice du Christ qu’il vient de célébrer. Son sang va se mêler au Sang de l’Agneau.

Comment ne pas citer la très belle lettre que Mgr Noyer a écrite au Père Jacques Hamel : "Vieux frère Jacques (…) le tout jeune frère qui t’égorge, sans le savoir, est venu ce matin offrir le sacrifice de la messe dont tu es, avec Jésus, le prêtre et la victime. Allez, la messe est dite ! Le silence est retombé sur la petite église. Que dis-tu, jeune assassin, toi aussi entré dans la paix de Dieu ? Ce geste t’a vidé de toute la haine qui faisait exploser ton cœur. As-tu croisé le regard de Jacques dans l’ultime moment ? Ton propre sang s’est mêlé au sang du Christ.

Je vous entends maintenant, Jacques et toi, redire, d’une même voix, les mots de Jésus : il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie…"

 

accordeonHomélie pour la messe du Jour de Pâques 2016

Le troisième jour, je ressusciterai ! Il l’avait dit…mais qui l’avait cru ? Il a été livré, flagellé, couronné d’épines, cloué à la croix. Il est mort, il a été enseveli, il est descendu aux enfers. Le troisième jour, il est ressuscité des morts ! C’est la victoire de l’amour et la victoire de notre foi. « Il vit et il crut », dit l’évangile que nous venons d’entendre, en parlant du disciple que Jésus aimait. Et nous, Seigneur Jésus, sans te voir, nous t’aimons ; sans te voir, nous croyons, et nous exultons de joie. Sûrs que tu nous sauves, nous croyons en toi.

Depuis Jeudi dernier, le Saint Jeudi, nous vivons les évènements qui sont le cœur de notre foi. Par le double miracle du lavement des pieds et de l’eucharistie, Jésus, notre Seigneur et notre Dieu, a jeté sur le monde le grand coup de filet qui, une fois pour toutes, change le cours de l’histoire. Nous n’avons plus d’autre Sauveur que lui. Nous n’avons plus d’autre Roi que lui. Nous n’avons plus d’autre Grand Prêtre que lui. Il nous a pris tout entier, de la tête aux pieds, corps, âme et esprit, pour nous faire passer avec lui et en lui du côté où la mort n’a plus d’empire. Dans la barque de son amour éternel et tout-puissant, il a saisi notre destin au cœur du sien pour le remplir de sa lumière.

Par quelle alchimie s’est faite cette transformation, ce retournement, de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, du péché mortel à la grâce de l’immortalité ? Nous n’avons qu’un mot pour le dire, et c’est un mot qui résonne fort cette année, partout où il y a des chrétiens : miséricorde. A Pâques, c’est l’alchimie de la Divine Miséricorde qui éclate et offre ses premiers bourgeons ! Nous jubilons à cause de la miséricorde de notre Dieu qui s’est manifestée d’un bout à l’autre de la vie de Jésus notre Seigneur. Nous jubilons à cause de son trop grand amour qui est venu nous tirer de l’abîme de notre misère, nous en faire sortir et remonter avec lui, saints et sans péché, pour nous présenter devant son Père. La voici la bonne nouvelle : on nous appelle « enfants de Dieu », et nous le sommes !...

Extraordinaire alchimie de la Divine Miséricorde qui ne nous empêche pas de voir la réalité de notre monde encore dans les douleurs de l’enfantement : Daech, Boko Haram, le Bataclan, Bruxelles, le terrorisme aux multiples visages. Tout ça existe. Ne fermons pas les yeux ! Mais est-ce bien nouveau dans l’histoire ? On voit ça hélas, depuis que le serpent s’est introduit dans le jardin d’Eden ! Tandis que la résurrection du Christ, et notre renaissance de l’eau et de l’esprit, c’est du jamais vu ! La mort mise à mort par la Vie, c’est le commencement absolu du monde nouveau !

Extraordinaire alchimie de la Divine Miséricorde qui ne nous empêche pas non plus de voir les ravages de la pédophilie, la pornographie, l’exploitation à des fins commerciales des êtres sans défense. Tout ça existe, et c’est grave, surtout quand ça vient de personnes auxquelles a priori on fait confiance. Là encore, ne fermons pas les yeux ! Indignons-nous ! Mais ne nous laissons pas berner par des gens ou par des médias qui ne mettent pas toujours le poids des informations au bon endroit ! Il y a une manière habile de détourner l’attention du grand public vers des faits à sensation qui ne sont pas contestables pour éviter que d’autres, plus graves, et touchant les magnats du pouvoir et de la finance, ne les obligent à dire mea culpa. Pourquoi, par exemple, est-il si difficile de mettre en lumière ce qui s’est passé pour nos sept frères de Tibhirine dont nous célébrons aujourd’hui le 20e anniversaire de l’enlèvement ? Vous me direz : ça ne changerait rien pour eux ! Vous avez raison : Ils sont allés jusqu’au bout du témoignage qu’ils voulaient librement rendre au Christ ressuscité. Mais si la vérité était faite à ce sujet, ça changerait sans doute pas mal de choses pour nous ! N’oublions pas que quelque chose d’assez semblable s’est passé, le jour de la Résurrection, quand, terriblement inquiets par la nouvelle que rapportait par les gardes, les grands prêtres et les anciens soudoyèrent des soldats avec une grosse somme d’argent pour qu’une chape de mensonge recouvre la vérité de l’évènement.

Pour faire la vérité et dénoncer le mensonge, il faut du courage, et non pas de l’argent. Jésus n’a cessé de le dire en paroles et en actes. Aujourd’hui, c’est avec ses plaies, les plaies glorieuses de ses pieds, de ses mains et de son côté qu’il met en pleine lumière pour nous ce qu’est l’amour de la vérité et la vérité de l’amour. Et ce n’est pas sans émotion que voyons ses plaies gravées dans le cierge pascal qui brûle au milieu de nous et qui symbolise le Christ vivant, hier et aujourd’hui, commencement et fin de toutes choses, Alpha et Oméga.

Le Jeudi Saint, Jésus nous a lavé les pieds. N’était-ce pas pour les clouer aux siens si fortement que toutes nos marches et nos démarches soient celles d’hommes et de femmes ressuscités ?

Le soir du Jeudi Saint, il s’est déposé dans nos mains. N’était-ce pas pour que toutes nos tractations, toutes nos poignées de main, tous nos gestes et tous nos coups de main portent la trace de ses mains clouées dont rien ne peut sortir qui ne soit pétri de miséricorde ?

Ce même soir encore, il s’est offert à nous sous la forme d’une bouchée de pain et d’une gorgée de vin. N’était-ce pas pour aller jusqu’à notre cœur et l’unir au Sien qui, le lendemain, serait transpercé ? De cette manière là, le Christ, notre Pâque, instaure dans le monde une nouvelle forme de communication, définitive et sainte. Celle de la miséricorde. Avec l’eau et le sang, le baptême et l’eucharistie, sa mort et sa résurrection, avec la foi des baptisés et avec le sang des martyrs, il fait place une fois pour toutes dans notre monde à l’amour et à la vérité. C’est notre foi, c’est notre espérance, et c’est notre joie.

 

accordeonHomélie pour la messe du Jeudi Saint 2016

Mes chers frères et sœurs,

Elle est arrivée l’heure vers laquelle converge toute la vie de Jésus. Tout est prêt maintenant pour que se réalise le projet de Dieu sur le monde. Tout est prêt pour que le Mystère enveloppé de silence aux temps éternels soit dévoilé et manifesté à tous les peuples. Tout est prêt : l’agneau, la table du mémorial, l’Amour qui se livre jusqu’au bout, la haine qui va se déchaîner contre lui, la lourde pesanteur qui plane sur les derniers moments de la vie de Jésus avec ses disciples, la bassine, l’eau, le linge, le pain, le vin… Tout est prêt. A l’horizon de Pâques, c’est l’heure où Jésus passe de ce monde à son Père, et nous prend tous avec lui dans ce passage.

Il nous prend par les pieds. Il nous prend par les mains. Il nous prend par la tête. Il nous prend des pieds à la tête pour nous prendre enfin par le cœur, car c’est là qu’il veut en venir. Au cœur. Au profond de notre cœur.

Il nous prend d’abord par les pieds. Voici qu’il se lève de table, dépose son vêtement, prend un linge qu’il se noue à la ceinture, et il se met à laver les pieds de ses disciples. Lui, le Seigneur et le Maître, on ne l’a encore jamais vu si bas, si incliné, si courbé, au ras du sol. Jusqu’ici, pour faire des miracles, Jésus a toujours été debout, et c’était pour faire du bien à des personnes particulières : un homme, une femme, un enfant, blessé dans sa chair ou dans son esprit. Il a touché les yeux des aveugles, ouvert les oreilles des sourds, délié la langue des muets, débloqué des mains et des jambes paralysées…mais pour faire tous ces miracles, il était toujours debout. Même pour ressusciter Lazare, il était plus que jamais debout…

Tandis que ce soir, pour le miracle qu’il veut faire, un miracle beaucoup plus grand que tous les autres, il ne peut pas rester debout. Pour guérir nos personnes, non seulement dans notre intégrité physique et psychique, mais dans nos relations interpersonnelles, pour que nous soyons des gens ouverts aux autres et non pas fermés sur nous-mêmes et nos petits intérêts particuliers, pour que nous soyons au service les uns des autres et non pas à la recherche d’un pouvoir à exercer sur les autres, il ne peut pas rester debout. Il se dépouille de tous les signes de sa seigneurie, il s’abaisse, s’agenouille devant chacun de ses disciples et lui lave les pieds, et de cette manière il débloque, il guérit toutes nos personnes en tant qu’elles sont faites pour être en relation les unes avec les autres. Il guérit nos relations humaines qui sont malades, exténuées, mortellement blessées par la peur, l’ambition, la convoitise, la falsification de la vérité, et même la bestialité, etc. Nos relations familiales, fraternelles, filiales, professionnelles, politiques, nationales, multinationales. Il est au milieu de nous comme celui qui sert…à genoux, pour nous remettre tous debout ensemble, et il nous dit : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Ce sera le signe que vous êtes vraiment mes disciples ».

Jésus nous prend donc par les pieds pour guérir nos relations mortellement blessées par le péché du monde. Mais il sait bien que, pour que cette guérison soit durable, il faut qu’elle aille plus loin encore. Il faut qu’elle atteigne le cœur. Il faut donc qu’il s’abaisse plus encore. Même à genoux, même au ras du sol, Dieu est encore trop grand. Il faut qu’il diminue, qu’il se réduise à une bouchée de pain, à une gorgée de vin. « Prenez et mangez-en tous : Ceci est mon Corps livré pour vous…Prenez et buvez-en tous : Ceci est mon Sang versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés ». Voilà comment il nous prend par les mains : en se déposant dans nos mains. Et voilà comment il nous prend par la tête : non seulement en pénétrant en nous par les yeux et les oreilles, mais aussi par la bouche qui est faite pour goûter le Pain de la Vie et boire le Vin du Royaume éternel.

Ce soir, le « venez et voyez » de la première heure trouve sa résolution finale dans le « prenez et mangez » de la dernière heure. Le « suis-moi » du premier jour nous entraîne et nous conduit au « suis-moi » du dernier jour qui est le « suis-moi » de la Sainte Cène où, par la communion à son Corps et à son Sang, Jésus s’introduit en nous, dans le temple de nos corps pour nous guérir au niveau le plus profond de nous-mêmes, au niveau du cœur, car c’est de là que sort tout le mal qui se déverse dans le monde. Il faut que nos cœurs de pierre deviennent des cœurs de chair, et cette guérison ne peut venir que de lui.

Le monde de l’eucharistie auquel nous avons accès ce soir, c’est le monde de l’amour et de la grâce. C’est le monde nouveau, tel que Dieu le veut.

 

accordeonHomélie pour la messe de Minuit de Noël 2015

Il est là ! Oui, il est là, celui que nous avons appelé avec insistance pendant tout le Temps de l’Avent : Viens, Seigneur Jésus ! Ô viens, Emmanuel ! Ô viens, Sauveur du monde ! Il est là, il n’a pas déçu notre attente : il est là, et il est arrivé le premier, il nous a devancés pour être là ! Ce qui n’est pas étonnant : il est habité par un si grand désir d’être avec nous ! D’ailleurs, c’est son nom : Emmanuel = Dieu-avec-nous, et c’est sa mission : Jésus = Dieu sauve !

Cette nuit, l’Emmanuel nous offre sa présence réelle dans la chair de notre humanité. Et nous lui offrons notre présence réelle dans la foi en sa divinité. Cette foi nous donne la joie de l’entrevoir, d’entendre son silence, de sentir quelque chose de son Royaume, de toucher et de goûter le sacrement de son Corps et de son Sang. En tout cela, rien d’éclatant, rien de triomphal, rien de bruyant, rien de violent. Si ce n’était pas lui faire injure, on pourrait dire que Sa présence réelle est dans « un rien ». Un rien que ce petit enfant qui pourtant est notre « TOUT ». Un rien que cette étable. Et la jeune maman qui est là n’a rien trouvé d’autre pour coucher son nouveau-né qu’une mangeoire…rien qu’une mangeoire … et pour le réchauffer, la compagnie bienveillante et chaleureuse du bœuf et de l’âne. Quant à Joseph, où est-il là-dedans ? Comme c’est étonnant : le récit n’en dit pratiquement rien !

Récemment on m’a offert un livre qui fait réfléchir sur la manière dont nous parlons de Dieu. L’auteur observe qu’apparemment il se dit beaucoup de choses sur Dieu, et il s’interroge : lui, qu’en dit-il ? A-t-il sa place dans tout ce qu’on  dit de lui ? On dirait qu’il n’aime pas qu’on parle officiellement de lui : il préfère qu’on le suggère, qu’on l’évoque, qu’on l’éveille dans les choses et les êtres où il se cache, « dans la crèche » où il dort… Nous y voilà : Dieu caché « dans la crèche où il dort ». Dieu, personne ne l’a jamais vu, mais lui, le Verbe fait chair, quand nous le regardons dans la crèche, il nous fait connaître Dieu. A Noël, Jésus commence son grand travail d’exégète de Dieu… avec presque rien.

Et l’auteur de poursuivre sa méditation : Aujourd’hui, il y a trop d’images. On est trop dans les images. Qui dira le contraire, surtout quand on est moine cistercien et qu’on a saint Bernard pour grand frère ? Il y a trop d’images de communication, trop d’images de consommation, trop d’images futiles et triviales, et même trop d’images sur Dieu. L’auteur va jusqu’à dénoncer « la boulimie audiovisuelle qu’organise Mammon », et qui est selon lui un véritable « génocide invisible et insaisissable jamais traduit en justice ». On fait de nous, frères et sœurs, des abrutis de l’image qui, au bout du compte, ne savent plus regarder ! Esclaves du net, accrocs parfois, nous succombons sous un bombardement d’images et nous perdons la faculté de contempler.

Noël nous remet sur le chemin de la contemplation véritable. Avec Marie, nous regardons le nouveau-né, non pas en passant, mais longuement. Avec Joseph, silencieux et plein de prière, nous prenons à la crèche un premier cours d’instruction  religieuse : la tendre délicatesse qui s’échange ici entre Marie et son divin Enfant nous révèle que Dieu attend de nous les soins qu’une mère prodigue à son petit enfant : beaucoup d’attention, un respect infini, et toutes ces marques d’amour qui obligent à prendre du temps. Même le bœuf et l’âne… ces deux grands contemplatifs, comme dit Charles Péguy,… sont là pour nous instruire. A la crèche, ils reconnaissent leur créateur et lui apportent, avec leur chaleur animale, l’hommage de tout ce qui vit et respire, l’hommage de toute la création.

Chers frères et sœurs, c’est indéniable, la nuit de Noël, à la crèche, nous devenons ou nous redevenons de véritables contemplatifs, c’est-à-dire des gens qui font de la résistance. Des gens qui résistent à l’insignifiance d’un monde qui a perdu ses repères. Des gens qui résistent à l’arrogance des puissances d’argent, mais aussi au gouffre du découragement, au défaitisme, à tout ce trop plein d’images et de bruits qui tuent notre humanité. Nous résistons à tout ce qui nous empêche de regarder avec des yeux fraternels, de voir dans « ce tout-petit rien » de la crèche ce qui nous permet de voir le réel du Réel qui ne se voit pas au premier coup d’œil. Quoi par exemple ? La délicatesse d’un amour qui cherche à s’exprimer, la tentative de réconciliation entre des êtres qui se sont déchirés, la profondeur d’un désarroi face au non sens d’un évènement – et Dieu sait si cette année il y a eu dans notre pays des évènements insensés ! -, mais aussi la beauté d’un visage, l’infinie subtilité d’une lumière matinale, ce qu’il y a derrière les gestes du travail, la vérité cachée d’un baiser ou d’une caresse ou d’une poignée de main ou d’un sourire, le sens d’un silence, l’extrême pudeur d’une émotion…C’est tout cela que nous apprenons à la crèche.

Et nous savons qu’à l’autre bout de la vie du nouveau-né de la crèche, il y a une autre crèche où Jésus couronne son travail d’exégèse : quand il dépose librement sa vie dans la patène et le ciboire de l’eucharistie. Il achève alors l’œuvre que le Père lui a donnée de faire. Mort, ressuscité, glorifié, Premier-Né de toute créature, il est pour toujours présent à son Église, et c’est elle qui est désormais la crèche où l’Amour s’offre à nous, Sa présence réelle à notre présence réelle, Sa force à notre faiblesse, Sa divine tendresse au plus tendre et au plus profond de notre foi.

 

accordeonHomélie pour la Commémoration des Fidèles Défunts 2015

Hier, en la fête de La Toussaint, nous nous posions la question : est-ce que je veux être un saint ? Est-ce que je veux vraiment être un saint, un saint joyeux de la joie de l’évangile ? Et Jésus nous donnait les clés de la sainteté joyeuse : les béatitudes qui sont toutes à notre portée, que l’on soit jeune ou vieux, riche ou pauvre, marié ou célibataire, malade ou bien portant.

Aujourd’hui, jour de prière pour nos frères et sœurs défunts, la question de la sainteté redouble et nous touche de plein fouet dans notre chair, comme le saint homme Job. La mort nous cerne de tous côtés, qu’elle se présente de manière violente, dramatique, ou au contraire comme une lente descente vers l’instant où l’âme et le corps se séparent. Nous sommes tous concernés par elle. Notre désir de la sainteté nous pousse à la désirer, car notre cité est dans les cieux : « Viens, Seigneur Jésus ! » et à la redouter car nous serons tous soumis au jugement de Dieu. Redoutable jugement, non pas parce que Dieu est méchant ou inique, mais précisément parce qu’il est saint et nous appelle être saint comme lui est saint. « Soyez saints, dit-il, car moi je suis saint. »

Il ne s’agit pas d’être des « petits saints », comme on le dit parfois gentiment en se moquant de personnes qui sont coincées par une piété accablante plutôt que libérante. Il s’agit d’être saint comme Dieu est saint. Et sans doute que l’image biblique la plus parlante pour évoquer la sainteté de Dieu est celle du feu. Dieu est un feu dévorant. Aussi longtemps que nous ne sommes pas en état de supporter ce feu divin, nous ne sommes pas encore saints. Les défunts pour qui nous prions aujourd’hui sont dans cette situation extrêmement heureuse et extrêmement douloureuse qui les tient dans l’attente brûlante de l’instant où, totalement consumés par le feu divin, débarrassés de tout péché, ils verront Dieu face à face. Pour l’instant, la sainteté leur est promise mais ils ne sont pas encore saints. C’est aussi notre situation avec cette différence : nous pouvons coopérer au travail de la grâce sanctifiante jusqu’à notre mort, tandis que nos frères et sœurs défunts, non encore parvenus à la pleine sainteté de Dieu, sont comme des mendiants à la porte du ciel. Pâques nous fait passer près d’eux avec toute l’Eglise, une, sainte, catholique, et apostolique, et surtout avec le Seigneur de l’Eglise. Saisis aux entrailles, nous nous arrêtons. Nous prenons tous frères et sœurs défunts sur la monture de notre prière, et avec la glorieuse Croix du Christ, nous frappons à la porte du ciel en apportant le prix de notre foi : Jésus, le Fils de Dieu, Jésus, la Résurrection et la Vie, qui est devenu par amour pour nous tous le Pain de la Vie et le vin du Royaume éternel.

 

accordeonHomélie pour la Toussaint 2015

On se pose tous beaucoup de questions dans la vie. Des questions parfois très banales, par exemple : Qu’est-ce que je pourrais bien faire ce week-end ? Ou bien : Il faut que je change la monture de mes lunettes : que choisir ? Ca peut être des choses plus sérieuses ou plus graves, par exemple : Demain, c’est l’anniversaire de Maman : qu’est-ce qui pourrait lui faire plaisir ? Ou bien : Hier, j’ai eu un gros différend avec mon frère, ou avec ma femme, ou avec mon patron, ou avec mon curé. Je ne veux pas en rester là. Qu’est-ce que je pourrais bien faire ? En cette fête de La Toussaint, je vous invite tous à vous poser une question encore plus importante : Est-ce que je veux devenir saint ? Est-ce que je veux vraiment devenir un saint ?

Je me souviens avoir posé cette question à un jeune novice. Je le revois baisser la tête, garder le silence quelques instants, puis relever la tête et, calmement, d’une voix ferme, dire : « Oui ! » Aujourd’hui, ce frère n’est plus à Cîteaux mais il continue un beau chemin d’évangile. Et nous, et vous, et moi, voulons-nous devenir saints ? Nous sommes chrétiens, et nous le voulons ! Mais qu’est-ce qu’un chrétien, sinon un homme, une femme, sanctifié par la puissance de la grâce baptismale qui a tout en lui pour devenir un saint, toute la force de l’Esprit, toute la joie l’Evangile, toute l’Eglise, une, sainte, catholique, et apostolique ! Nous avons tout en nous pour devenir saints, mais c’est à l’état de graine, de semence, de talent. Qu’en faisons-nous ?

J’aime ce proverbe que tout le monde répète depuis la nuit des temps : « Un saint triste est un triste saint ». Autrement dit, tout le monde comprend que l’envers de la sainteté, c’est la tristesse. Même les gens qui ne croient à rien comprennent cela : l’envers de la sainteté, c’est la tristesse. Remarquez que Jésus, dans l’évangile de La Toussaint, dit exactement la même chose, mais, au lieu de parler de la sainteté à l’envers, il en parle à l’endroit : Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux ! Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage ! Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ! Heureux…Heureux… Heureux ! Les béatitudes sont comme les grandes vagues de la joie qui déferlent sur la plage de l’église et du monde. Alors, frères et sœurs, sommes-nous des chrétiens heureux, heureux d’être chrétiens ? Sommes-nous des chrétiens à l’envers ou des chrétiens à l’endroit ? Ne nous habillons pas à l’envers mais à l’endroit !

La sainteté à l’endroit, c’est donc la joie. Une joie dont personne n’est exclu et qui est valable en toute circonstance. Pas besoin d’être riche, ni grand, ni beau, ni célèbre, ni bien portant. On a plutôt l’impression que c’est, là encore, une joie à l’envers !...Alors quoi ? La sainteté consiste-t-elle à être doublement à l’envers ? A l’envers de la tristesse, comme tout le monde le dit, et à l’envers des petites joies, des petits bonheurs qui conduisent en enfer, ceux que Jésus dénonce à toutes les pages de l’évangile : l’amour de l’argent, l’amour du pouvoir, l’amour des plaisirs …C’est-à-dire tout ce qui rend triste…

Il faut donc être doublement à l’envers, pour revenir à l’endroit. Le grand saint d’Assise avait bien vu cela quand il demandait dans sa prière : « Seigneur, là où se trouve la tristesse, que je mette la joie ! » Et prenez tous les saints, les saintes, vous verrez qu’ils ont bien vu cela. Ils ont vu cette joie de l’évangile qui rayonne sur la face du Christ et dans toute sa vie. Lui dont la naissance était annoncée comme une grande joie : « Je vous annonce une grande joie : ‘Aujourd’hui, un Sauveur vous est né, c’est le Christ, le Seigneur !’ » Et c’est ce même Seigneur qui, la veille de sa passion, à quelques heures de son agonie, dit à ses disciples : « Pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Le ciel, le paradis, la vie éternelle, le Royaume de Dieu, la Toussaint, c’est cela : la joie remise à l’endroit. A l’endroit où elle prend sa source, dans le Dieu trois fois saint. C’est la joie de Pâques qui nous oblige à nous retourner pour entendre le Ressuscité prononcer notre nom : « Marie ! ». Alors commence l’aventure, la grande aventure du bonheur. Jésus te dit : « Si tu veux voir des jours heureux, viens et suis-moi ! » Pierre, Jacques et Jean l’ont suivi, et tant d’autres ! Jeanne, Thérèse, Bernadette l’ont suivi ! Louis et Zélie Martin et tant d’autres ! Foule immense des saints qui chante : Sanctus, Hosanna, Alléluia ! Et toi, veux-tu le suivre ? Veux-tu devenir un saint ?

 

accordeonHomélie pour l'Assomption 2015

Que d’anniversaires en cette année 2015 ! Nous sommes encore dans le 50e anniversaire du Concile Vatican II, mais c’est aussi l’année de la vie consacrée qui va bientôt être relayée par le grand Jubilé de la miséricorde. C’est aussi le 900e anniversaire de la fondation de Clairvaux par Cîteaux. C’est aussi une grande année d’anniversaires pour nos frères de Taizé qui nous sont proches, non seulement géographiquement, mais surtout par l’amour de Jésus et de l’évangile. Et que d’autres anniversaires encore ! Dans notre communauté, certains passent une dizaine et deviennent des quadragénaires, des quinquagénaires, des nonagénaires ! On n’a pas encore de centenaire…mais on peut espérer en avoir un…s’il plaît à Dieu…dans 5 ou 6 ans !

Que vient faire au milieu de tous ces anniversaires la fête de l’Assomption de la Vierge Marie ? Nous avons la réponse dans la liturgie du 15 août, dans les lectures que nous avons entendues, dans les prières, et dans la magnifique préface qui sera chantée tout à l’heure. Mais comment le dire avec un mot qui nous accroche ? J’ai pensé qu’on pourrait dire que Marie, dans son assomption, emporte tous nos anniversaires, toutes nos vies et toute la vie du monde dans le «  climat » du Magnificat. « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! » Avouez que l’on n’est pas très loin avec ce Magnificat du Laudato si, mi Signore de saint François d’Assise qui donne le ton, le ton juste à la récente encyclique du Pape François.    

Qu’est-ce qu’on respire avec ce Magnificat de la Vierge Marie sinon le bienheureux climat de son cœur, le climat de son âme et de son corps, ce climat qui est promis à notre terre, à l’humanité qui habite notre sœur la terre, cette maison commune, si nous prenons soin d’elle comme des bons gérants de la création que Dieu nous donne ? Un climat d’exultation et de joie !

Pas plus tard que cette semaine, cela nous a été redit à Cîteaux par un moine qui a une longue expérience de la vie monastique et à qui nous faisons appel de temps en temps pour nous protéger des effets de serre en communauté. Eh oui, ça peut chauffer dans un cœur de moine, ça peut chauffer dans une communauté…ça peut trop chauffer ! Mais justement nous voulons protéger notre environnement communautaire pour que se maintienne le plus possible chez nous le climat marial qui devrait être celui de tous les jours quand on habite Notre-Dame de Cîteaux. Alors ce bon frère n’a pas manqué de nous redire, lui aussi, que « là où il y a des religieux, il y a la joie » ! C’était bon de l’entendre ...

Il a parcouru la Parole de Dieu en nous montrant comment cette joie mariale, qui n’est pas contraire à la souffrance, s’accroche toujours à quelque chose d’autre. Il nous disait : « la joie vit en couple ». On le voit bien dans l’évangile de l’Assomption qui nous présente une cascade de couples habités par la joie :

. Il y a ces deux femmes qui se rencontrent, ces deux mères, la jeune Marie et la vieille Elisabeth qui se saluent et laissent déborder la joie de leur maternité.

. Il y a les deux enfants qui sont en gestation dans le sein de leur mère : Jean, le futur Jean-Baptiste, qui tressaille d’allégresse dans le sein de sa mère à l’approche du fruit béni que Marie porte dans ses entrailles.

. Et il y a tous ces couples que Marie fait résonner dans son Magnificat : l’humilité et la joie, la miséricorde et la joie, la faim et la joie, la pauvreté et la joie. C’est tout cela le climat du cœur, de l’âme et du corps de Marie. Un climat que, dans son passage de la terre au ciel, elle communique à toute l’Eglise pour que l’Eglise le communique par contagion à toute la terre.

Cela nous interroge forcément. En cette journée du monde rural, le Magnificat nous provoque à entrer dans l’écologie mariale qui va bien sûr au-delà des questions que nous pouvons nous poser, et que nous devons nous poser, sur l’usage des insecticides, fongicides, désherbants et agro-chimiques toxiques qui ont inévitablement des conséquences sur notre environnement naturel. L’écologie mariale nous provoque à des questions beaucoup plus graves – et qui pourtant ne sont pas séparables de celles-ci, comme le Pape François le montre avec sagacité dans son encyclique : les questions concernant les relations humaines, politiques et sociales. C’est là que Marie, Reine de toute la création, nous attend pour nous faire entrer nous aussi, avec notre cœur, notre âme et notre corps, dans le climat de son Magnificat. Prêtons l’oreille à ce qu’elle nous dit en écho au Pape François  :

« Mes enfants, vous voulez un monde de paix et de joie : revoyez votre manière de vivre. Depuis trop longtemps, vous êtes dans la dégradation morale, en vous moquant de l’éthique, de la bonté, de la foi, de l’honnêteté. L’heure est arrivée de réaliser que cette joyeuse superficialité vous a peu servi… » (Laudato si, 229) 

« Entrez dans ma manière de vivre, celle de la grâce de Dieu qui s’est déployée en moi. Le Seigneur renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles :

Soyez humbles les uns devant les autres. Entourez de tendresse tout ce qui existe. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes : soyez des protecteurs du monde et non des prédateurs. Vivez en frères et sœurs sans causer de dommages à personne. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides : Secourez les abandonnés et les oubliés de cette terre qui valent tant aux yeux du Seigneur. Et contemplez, émerveillés, sœur terre qu’Il vous a donnée. En la gardant et en la cultivant, vous vous garderez les uns les autres et vous serez au service les uns des autres dans la charité. Aux côtés de mon Fils ressuscité, le Premier-Né de la nouvelle création, je suis avec vous tous les jours dans votre lutte pour la justice, l’amour et la paix ».

 

accordeonHomélie pour la Pentecôte 2015

A Pâques, on se réjouit beaucoup, et on a bien raison de se réjouir. Après un long Carême, après une Semaine Sainte chargée des dernières paroles de Jésus, de ses derniers gestes qui bouleversent nos manières de faire et nos manières de voir – l’eucharistie et le lavement des pieds - , après la montée au Calvaire, la mort sur la Croix, après la mise au tombeau et la pierre roulée qui veut dire que tout est fini…c’est l’incroyable nouvelle du matin de Pâques : Christ est ressuscité, il est vivant ! La Vie a vaincu la mort ! La Croix a vaincu l’enfer ! Alléluia, alléluia, alléluia ! C’est notre cri de joie : Alléluia ! Mais ce n’est que le commencement de notre joie…parce que cette joie de la Vie qui triomphe de la mort, à Pâques, elle n’est encore que celle du Berger, du Bon Pasteur. Elle n’est pas encore celle des brebis et du troupeau. En Jésus seul la Vie déborde. En lui seul la Vie jaillit. Sur lui seul, la mort n’a plus aucun pouvoir. Il faut attendre la Pentecôte pour que la Vie qui déborde dans le Bon Pasteur pénètre dans les brebis. C’est ce jour là que la joie qui est dans la Tête de l’Eglise, dans le Christ ressuscité, pénètre dans tout son Corps par le don de l’Esprit Saint. A Pâques, notre joie est là, mais elle nous tient encore à distance : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ! » Pentecôte abolit la distance. Pentecôte unit dans l’amour. C’est l’œuvre de l’Esprit. Aujourd’hui, nous sommes vraiment au sommet du Temps Pascal. Nous sommes dans la plénitude des Temps. L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

A Cîteaux, pendant tout le Temps Pascal, nous avons été copieusement servis pour nous préparer à la Pentecôte. Mes frères sont peut-être étonnés de m’entendre dire cela, et ils peuvent se demander ce que je veux dire…?

. Je pense à toute la liturgie du Temps Pascal, cette liturgie que nous avons vécue nuit et jour et d’heure en heure pendant 50 jours. Elle est tellement riche et tellement belle. C’est le coeur de notre vie ! Chaque jour, ici même, il a été dit par le prêtre à l’autel : « Vraiment, il est juste et bon de te glorifier, Seigneur, en tout temps, mais plus encore en ces jours où le Christ notre Pâque, a été immolé ».

. Je pense à la lecture des Actes des Apôtres dont nous venons d’entendre un extrait. C’est clair que le comportement des Apôtres à la Pentecôte n’est plus du tout le même que leur comportement à Pâques. A Pâques, Jésus est là au milieu d’eux. Dans leur joie, ils ont peine à y croire. Ils sont avec lui, mais ils restent enfermés, ils ne sortent pas. A Pentecôte, l’Esprit Saint est en eux, et ils sortent pour annoncer les merveilles de Dieu.   

. Je pense au bon coup de vent que fut pour nous à Cîteaux la Visite Régulière, qui s’est ouverte par la messe du Saint Esprit. Chacun de nous dans sa propre langue a parlé aux visiteurs, et après nous avoir tous entendus, ils nous ont laissé ce qu’on appelle une « Carte de visite ». C’est un document  dans lequel ils nous disent non pas le détail ce qui est à faire, mais comment ensemble, en améliorant tout ce qui peut être amélioré dans nos relations, nous pouvons faire de bonnes choses, de belles choses, et en quelque sorte des merveilles… des merveilles de Dieu !  Quel dommage pour vous, frères et sœurs, vous ne savez pas ce qu’est une visite régulière ! Mais vous pouvez avoir l’équivalent. Il existe des conseillers pédagogiques, des conseillers familiaux, des retraites organisées pour les couples et même pour les familles. Profitez-en ! N’attendez pas que ça aille mal pour en profiter. Profitez au contraire que ça va bien pour que ça aille mieux encore !   

Je pense aussi à un livre que nous entendons tous les soirs au réfectoire depuis un bon moment. C’est une méditation fouillée de l’hymne de la Pentecôte Veni Creator. J’ai beaucoup appris en écoutant cette lecture. Une page m’a particulièrement interpellé. L’auteur – dont le nom donne envie de chanter, il s’appelle Raniero Cantalamessa - évoque ce qu’il appelle « une pneumatologie pour l’ère de l’ordinateur » et il cherche à nous convaincre que, si nous voulons éviter à l’humanité de retomber dans une ère glaciale, « nous devons laisser plus de place aux ‘raisons du cœur’». Je me suis laissé convaincre.        

Depuis longtemps, c’est vrai, on travaille à la création d’un ordinateur capable de « penser », et beaucoup sont convaincus que l’on y parviendra. Mais personne (heureusement !) n’a encore envisagé la possibilité d’un ordinateur qui « aime », qui s’émeuve, qui vienne à la rencontre de l’homme sur le plan affectif en l’aidant à aimer. 

Et puis, voyez comme on s’intéresse au fameux Q.I., le quotient intellectuel, qui est une des idolâtries du monde moderne ! Mais qui s’intéresse au « quotient du cœur » ? Pourtant ce que dit saint Paul est toujours juste : « La science enfle, c’est la charité qui édifie ». J’aurai beau être l’homme le plus intelligent du monde, être sorti premier des plus grandes écoles, s’il me manque l’amour, ça ne sert à rien ! Comme je suis à plaindre !

Le drame que nous vivons se situe là. Nous avons beau augmenter nos connaissances avec des outils hypersophistiqués – il faut reconnaître que l’ordinateur est quelque chose de prodigieux ! – n’empêche que pour rencontrer quelqu’un en vérité, il faut toujours autant de temps, autant de tact, autant d’écoute, autant de disponibilité à l’ère de l’ordinateur qu’à celle d’Abraham et de Melchisédech. 

Le bonheur ou le malheur sur la terre ne dépend pas tant de la connaissance ou de l’ignorance que de l’amour reçu et donné, du fait d’être aimé et d’aimer. Puisque l’amour a été répandu dans nos cœurs, nous en sommes les premiers responsables. Que la joie des cœurs purs éteigne la rage des passions charnelles ! Que la violence des pacifiques décourage la folie des tueurs ! Que la patience et la force des doux renouvellent la face de la terre !

 

accordeonHomélie pour le 4e Dimanche de Pâques 2015

Chers frères et sœurs !

Que le Seigneur aime à nous gâter pendant ce Temps Pascal !  De tous les côtés les textes de la Liturgie débordent d’expressions qui devraient nous remplir le cœur de joie et de gratitude.  Par exemple aujourd’hui, en ce 4ème dimanche de Pâques, l’Église nous invite à approfondir le si beau thème du « Christ Bon Berger ».   Mais « Christ Bon Berger » est bien plus qu’un très joli thème !   En effet, ce n’est pas un poète ou un prédicateur quelconque (comme moi, par exemple !) qui nous l’annonce ; c’est le Seigneur Jésus lui-même qui nous regarde dans les yeux, et avec toute l’ardeur de son Cœur nous révèle son identité : Je suis le bon berger.  C’est le Fils de Dieu lui-même, mort et ressuscité, qui nous parle !  Et qu’est-ce qu’il vient chercher auprès de nous ?  Tout simplement, que nous lui donnions la permission de s’occuper de nous !  Jésus est bien le Bon Berger ; mais nous autres, sommes-nous de bonnes brebis ?  Voulons-nous seulement l’être ?  N’est-ce pas un peu humiliant que d’être appelé une « brebis », animal célèbre par sa stupidité ?  Nous avons la tête tellement pleine de projets, de désirs, d’un sens exagéré de nos propres capacités, que si nous sommes honnêtes nous devrons avouer que nous n’aimons pas trop cette idée d’être regardés comme des brebis, même si c’est Dieu lui-même qui veut être notre Berger !   Oui, il y a tellement de choses qui doivent d’abord changer chez moi pour que je puisse me réjouir d’avoir été élu pour l’humble troupeau de Jésus Christ !

Tout d’abord il me faut admettre ma condition d’égaré.  Je ne serai sensible à l’approche de ce Berger divin, au son de sa voix, que si je ressens le besoin urgent d’être cherché et trouvé par quelqu’un qui puisse me sauver de ma condition d’égaré.  Pour cela il me faut de l’humilité et du réalisme, et aussi une certaine connaissance honnête de moi-même.  Parfois il faut tomber très bas pour que notre orgueil enfin capitule sous l’action de la grâce, et que je crie du fond du cœur : ‘Seigneur, sauve-moi !  Maintenant je sais que je ne peux me sauver moi-même !’  Oui, au sein de notre famille, de notre communauté, nous devons avoir l’humilité et le réalisme pour nous regarder les uns les autres et avouer que nous sommes tous ensemble des brebis stupides etégarées, et que ce n’est pas parmi nous que nous trouverons un Berger qui nous sauve : ni les chefs d’état, ni les politiciens, ni les scientifiques, ni les économistes, ni surtout pas les généraux et leurs soldats, dont le dieu est la guerre.  Mais il n’est pas facile de renoncer à chercher instinctivement le salut parmi ceux que la société nous présente comme les « forts » de ce monde !

Il faut chercher ailleurs, et réaliser que le seul qui peut nous sauver est celui qui nous déclare aujourd’hui sur le ton d’un amoureux : Je suis le bon berger : le bon berger donne sa vie pour ses brebis. C’est une déclaration belle et émouvante, certes, mais difficile à accepter, et cela pour deux raisons.  D’abord, il nous semble insensé qu’un berger puisse sauver ses brebis en s’offrant lui-même en sacrifice au loup.  Pourquoi donc ce loup s’arrêterait-il après avoir dévoré le berger ?  Et la deuxième raison nous touche de plus près: si ce Berger-là sauve les autres en donnant sa vie, ne nous sera-t-il pas exigé, en tant que sauvés, selon sa logique divine inexorable, que nous aussi nous donnions à notre tour nos propres vies pour les autres ?  Cela nous pose une énorme menace parce qu’il nous est difficile de croire que Dieu peut donner une nouvelle vie—et une Vie Éternelle !—à celui qui meurt par amour ! 

La Parole de Dieu que nous venons d’entendre, par contre, frères et sœurs, voudrait nous persuader de devenir plus disponibles, plus consentants à l’action de Dieu dans nos vies à travers la venue de son Fils.  Où nous situons-nous exactement par rapport aux vérités de foi que nous proclament ces lectures ? 

Le Mystère Pascal exige que je change toute ma logique normale.  Comme Pierre,rempli d’Esprit Saint, je dois arriver à être totalement convaincu qu’il n’y a que Dieu qui puisse ressusciter celui que les hommes ont mis à mort.  Dieu choisit précisément ce que les hommes rejettent pour construire le salut du monde : En nul autre que lui, il n’y a de salut, [Jésus Christ, le Nazôréen]; car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. La force de faire cette affirmation devant le monde entier et toute son hostilité ne peut nous venir, comme dans le cas de Saint Pierre, que du Saint-Esprit !

L’Esprit versé dans nos cœurs nous introduit à la vie divine.  À vrai dire, l’intimité avec lui à laquelle Notre Seigneur nous a invités est telle qu’elle ne trouve rien de pareil ailleurs que dans l’amour et la confiance réciproques de son intimité de Fils avec le Père : Je suis le bon berger, dit-il, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme mon Père me connaît et que je connais mon Père.  Ceci est presque inimaginable (ne trouvez-vous pas ?) : que la connaissance réciproque, éternelle, l’amour de deux Personnes divines qui sont indissociables, nous ait été communiqués à nous, pauvres créatures!  Et le Seigneur ajoute : Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. 

Merveille finale : l’amour éternel du Père envers le Fils a depuis toujours prévu le sacrifice que le Fils ferait de sa vie pour le salut du monde.  Cet amour du Père envers le Fils peut surprendre d’ailleurs par son aspect indiscutable de gratitude paternelle. Oui, le Père remercie le Fils parce que le sacrifice que le Fils fait de soi-même révèle au monde de façon inégalable ce que Dieu veut que nous sachions coûte qui coûte : qu’il est Amour qui cherche et qui sauve ce qui est perdu, en se donnant à nous et en nous unissant à lui, pour que nous vivions de sa propre vie et partagions sa propre joie d’être Amour sacrificiel. Nous laisserons-nous enfin vaincre par la tendresse de cette Grâce Pascale ?      

 

accordeonHomélie pour le jour de Pâques 2015

Chers frères et sœurs,

Vous savez sûrement ce que veut dire Pâques ! Pâques veut dire « passage », et Jésus, notre Pâque, est non seulement le Bon Pasteur, mais il est aussi le grand et l’unique Passeur de nos vies, celui qui nous fait passer des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, d’une vie de pauvre pécheur à la vie des justes. Et c’est vrai. Chrétiens, nous sommes pris, soulevés, enlevés par Jésus Ressuscité du monde d’en bas au monde d’en haut, de la figure d’un monde qui passe à la joie éternelle du Royaume des cieux, là où le Christ s’est assis à la droite de Dieu.

Je suis toujours impressionné par ce moment de la Vigile pascale où nous renouvelons notre profession de foi baptismale. Le prêtre interroge solennellement l’assemblée en disant : « Croyez-vous en Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, qui est né de la Vierge Marie, a souffert la passion, a été enseveli, est ressuscité d’entre les morts, et qui est assis à la droite du Père ? » Et nous répondons avec une belle assurance : « Nous croyons ». C’est notre profession de foi qui montre bien que Jésus est tout le contraire d’un magicien ou d’un gourou qui subjugue les foules par ses tours de passe-passe, sans que cela lui coûte le moindre sou. Notre Seigneur et notre « Passeur » nous a rachetés à grand prix. Nous valons cher à ses yeux. Rien de moins que son Sang. C’est dire comme est précieuse notre vie, la moindre vie humaine ! Comme nous devons en prendre soin et nous défendre contre ceux qui voudraient nous la voler avec des lois qui font bonne figure mais qui pourraient bien nous conduire, si nous n’y prenons garde, à des crimes contre l’humanité !

C’est que nous, chrétiens, nous ne portons pas sur ce monde le même regard que ceux qui n’ont pas la foi. D’ailleurs, l’évangile ne manque pas de dire que Jésus ressuscité et le monde de la résurrection ne se laissent voir qu’à ceux qui ont la foi. Pour les autres, tout s’arrête au Vendredi Saint. Ils ne peuvent pas voir plus loin parce qu’ils n’ont pas la foi. Pas question de résurrection. Il est mort, cet imposteur. Nous l’avons enfin tué celui qui nous reprochait de filtrer le moustique et d’engloutir le chameau ! Nous, chrétiens, nous voyons les choses autrement. Par exemple, nous voyons bien tout ce que déversent les médias avec des nouvelles à sensation qui  tantôt endorment, tantôt inquiètent, tantôt flattent notre libido et nos penchants animaux, ou encore nous provoquent à des expériences d’un nouveau genre… où l’humanité serait enfin affranchie de l’étau des cultures et du diktat des religions. Mais se laisser piloter de la sorte, c’est aller droit dans le mur.

Alors, comment nous situer en tant que chrétiens dans ce monde qui, de bien des côtés, semble faire naufrage ? La foi ne nous dispense pas de penser, de réfléchir, de raisonner, et surtout d’agir. Elle ne fournit pas de réponse directe à toutes nos questions de politique sociale, économique, nationale ou internationale. Mais elle ne nous coupe pas non plus de ce monde en recherche. Au contraire, les Pères du Concile Vatican II l’ont fortement rappelé en disant : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes et des femmes de notre temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi  les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur ». C’est dire combien un chrétien, si sa foi est vivante, est solidaire de l’humanité d’aujourd’hui, en commençant par exprimer sa solidarité avec ceux et celles qui lui sont proches. Il pleure avec ceux qui pleurent, il se réjouit avec ceux qui sont dans la joie. Il soutient toutes les causes qui lui semblent servir la grandeur et la dignité de la personne humaine, mais courageusement il dénonce toutes les autres.  

Par les temps qui courent, ce dont nous avons peut-être le plus besoin et que nous pouvons demander au Seigneur comme un cadeau de Pâques, c’est de la petite sœur de la foi : la vertu d’espérance. Avec elle, nous voyons forcément plus loin que le Vendredi Saint. Là où les autres ne voient que le grain qui meurt, nous voyons le blé qui lève. Avec elle dans le cœur, avec elle qui nous ancre et nous branche sur Jésus ressuscité, la mort prend un autre visage, nos impasses deviennent des passages, et ce qui paraissait impossible reçoit tout à coup un autre éclairage : je vois mieux comment faire cette démarche qui me coûte, je reconnais mes torts dans une affaire où j’étais persuadé d’avoir raison, je découvre de plus en plus la face lumineuse de ceux et celles qui me sont proches. Avec cette petite sœur de la foi, quelque chose a changé dans ma vie : je vois mieux ce qui va de travers !…mais c’est parce que je vois beaucoup mieux tout ce qui va bien. Je me sens pacifié, libéré, joyeux et même léger. (Comprenez bien que ce « je », ce n’est pas moi, mais chacun de ceux qui accueillent cette petite sœur, espérance »). Je peux dire alors plein de foi et plein de joie : Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ ressuscité qui fait son œuvre en moi.

Le monde ne m’apparaît plus comme un enfer, il est avec Jésus, le Seigneur de l’histoire, tous les jours et jusqu’à la fin des temps. Louange à toi qui étais mort, louange à toi qui es vivant, ô toi qui es ressuscité, alléluia, alléluia !

 

accordeonHomélie pour le 3e dimanche ordinaire 2015

Le Temps ! Le Temps presse ! Voila le thème de nos lectures d’aujourd’hui : Ecoutez plutôt le Livre de Jonas : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » Et la réponse des ninivites : « Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu »

St Paul ajoute : « je dois vous le dire : le temps est limité ».

Et dans l’Evangile le rythme s’accélère encore : « Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Et voyez la réponse des apôtres : « Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.»

Mais pourquoi donc le Temps presse-t-il ?

1/ A cause de la souffrance de la Création en douleurs d’enfantement …. Et la péridurale de la consommation pour anesthésier les souffrances de l’attente d’enfanter ne suffit pas indéfiniment à apaiser les cœurs. Mariage, pleurs, joie, achats, profiter de ce monde deviennent pour Paul des activités secondes, sinon secondaires.

2/ Parce que nous sommes au Jour du Seigneur, inauguré par la Résurrection. Vous me direz que ça dure depuis 2.000 ans et que l’on ne voit pas pourquoi ça ne continuerait pas. Effectivement, si la première venue du Seigneur datent de 2.000 ans et l’ultime venue est à une date que seul connaît le Père, mais il en est une autre, la nôtre, personnelle, toute proche, celle dont parle tant St Bernard, cette douce venue du Verbe en nos cœurs qui vient comme un voleur, sans s’annoncer: « Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi.»

3/ Parce qu’il y a urgence à donner sens à sa vie pour pouvoir l’ordonner, faire du chaos un cosmos, une réponse unifiée à une conviction, une vocation. Moine, veut dire unifié, appelé à s’unifier. La Foi chrétienne donne un sens au monde : de la Création au retour du Seigneur, en contemplant Son Incarnation, nous échappons aux cycles du Temps païen : saisons météo, des soldes, des vacances, des années scolaires, des naissances et des morts. Elles nous informent mais ne nous enferment plus. Entre déjà là et pas encore le Règne de Dieu est tout proche.

Alors oui, il y a urgence pour chacun à choisir la Vie. En quoi consiste ce choix ?

- Croire en la Bonne Nouvelle du Christ qui vient nous sauver, en se tournant vers Lui qui nous offre gratuitement, gracieusement Son Amour qui pardonne. Et commence alors le Salut.

- Se détourner du mal et choisir le Bien, ce que nous faisons liturgiquement chaque année à la veillée pascale et dont nous avons fait mémoire en recevant l’aspersion. Et commence alors l’Alliance.

- Avancer ensemble, encordés sur ces chemins qu’enseigne le Seigneur comme nous l’a dit le psalmiste, c'est-à-dire dans l’Unité pour laquelle le Seigneur a prié la veille de sa Passion. Et commencent alors les fruits.

Ces points essentiels : Foi, Conversion de vie et Unité dans la communauté sont les clés fondamentales de toute vie chrétienne. Ce sont les clés du témoignage pour notre monde. La Semaine de l’Unité va bien au-delà de nos bonnes relations entre Eglises Sœurs. C’est un appel à l’Unité avec Dieu Lui-même. Comme les rayons d’une roue sont plus proches entre eux quand ils arrivent au centre, en nous convertissant, nous approchons de Dieu, donc de l’Unité.

Voulez-vous un témoin de cela ? C’est Paul au jour où nous faisons discrète mémoire de sa conversion, ce jour où culmine justement la Semaine de l’Unité année après année. Marchons dans ses pas. Faisons-lui confiance : il s’est converti d’une vision fermée, rigide, excluante de la Foi à un accueil inconditionnel du Christ qu’il persécutait naguère. Saisi par Dieu il est devenu le chantre de l’amour de Dieu dans la Charité fraternelle.

N’ayons pas peur d’avoir « raté le coche », « raté la chance de sa vie » comme on dit souvent avec ce fatalisme pessimiste qui est le contraire de la Foi … Et plus important encore : ne tardons pas à profiter de cette admirable rencontre. Elle vaut largement de miser sa vie sur elle. Et plus vite nous vivons et goûtons cette rencontre avec le Christ, cette Visite du Verbe, cette Effusion de l’Esprit, plus vite nous vivons heureusement.

Remettons au Seigneur à l’Offertoire notre vie entière pour que l’Esprit nous convertisse plus avant, dirige notre vie selon Son amour, nous recrée à l’Image du Fils bien-aimé, que nous portions des fruits en abondance.… car il est Temps !

 

accordeon Homélie pour le Baptême du Seigneur 2015

 

Est-il possible aujourd'hui de commenter la Parole de Dieu comme si de rien n'était ? Comme si notre vie chrétienne était située sur un petit nuage, ignorant les drames de ces jours-ci ? Alors que la violence déchaînée bouleverse notre pays, où est-il le Fils bien-aimé dans lequel le Père trouve toute sa joie ?Pouvons-nous, si près des évènements dramatiques, tenter quelques réflexions ?Le pape François a ouvert la messe de jeudi matin par ces mots : « L’attentat d'hier à Paris nous fait penser à toute cette cruauté, cette cruauté humaine ; à tout ce terrorisme, que ce soit du terrorisme isolé, ou du terrorisme d’État. De quelle cruauté l'homme est-il capable ! »« Quelle qu'en soit sa motivation, la violence homicide est abominable, elle n'est jamais justifiable », ajoutait le pape en appelant à « s'opposer par tous les moyens à la diffusion de la haine et de toute forme de violence, physique et morale, qui détruit la vie humaine, viole la dignité des personnes, mine radicalement le bien fondamental de la cohabitation pacifique entre les personnes et les peuples malgré les différences de nationalité, de religion et de culture ».

Ces paroles du pape nous réconfortent, mais posent aussi un certain nombre de questions : si la liberté d'expression est une des composantes fondamentales de notre société, jusqu'où cette liberté peut-elle aller ? Jusqu'où peut-on aller trop loin en utilisant le dessin comme une arme qui peut être mortelle et qui tourne au blasphème pour mon voisin ?Ne devons-nous pas réfléchir en profondeur à l’articulation entre la légitime liberté de la presse et le respect de ce qu’il y a de plus sacré dans la vie des hommes, ce qui peut contribuer à  provoquer la colère, la haine, la violence envers des innocents ?Il ne s'agit pas d'excuser les tueurs fous, mais il ne faut pas non plus gommer les ravages que peuvent faire des caricatures insultantes.L'art de la satire est délicat à manier : d'un côté, il provoque et réveille et c'est bien, mais il risque aussi de détruire et de semer la haine.Hier et aujourd'hui, à Paris et dans bien des villes, il y a des rassemblements pour exprimer notre solidarité, notre refus des violences, notre refus de la peur. C'est bien. On se réunit en masse, on se serre les coudes, on fait corps pour exprimer notre désaccord. Mais où est l'amour ?Nous chrétiens, nous avons l'immense bonheur d'avoir reçu le baptême à la suite du Christ. Nous sommes pécheurs comme tout le monde, nous savons bien que la violence traverse notre propre cœur. Mais nous savons aussi que le seul remède qui puisse arrêter la spirale de la violence, c'est l'amour. Parce que Dieu est amour. Et qu'il nous a créés à son image.La seule réponse au déchaînement de la violence, c'est le déchaînement de l'amour. Il n'est que d'écouter les appels de Dieu sur nous aujourd'hui : "Vous tous qui avez soif, venez, voici de l'eau. Venez. Écoutez. Prêtez l'oreille. Cherchez le Seigneur." Ces mots, ces invitations pressantes, ce sont celles du Bien-aimé qui nous appelle. Qui nous appelle à le suivre sur le chemin de l'amour, l'amour qui donne sa vie pour ceux qu'on aime.Non à l'intolérance, non à la peur, mais aussi non à la vengeance. L'autre n'est pas pour moi d'abord un étranger, d'abord un ennemi à abattre. L'autre c'est d'abord un frère qu'il va me falloir apprendre à respecter, à aimer dans sa différence. Nécessité absolue du dialogue sans cesse à renouer, du pardon sans cesse à mettre en œuvre. Nous en savons quelque chose nous qui vivons en communauté. Le respect mutuel, le pardon sans cesse redonné, c'est dur. Mais nous voulons être chrétiens oui ou non ?"Tu es mon Fils bien-aimé" a dit le Père. En écho à cette parole, l'Esprit-Saint ne nous invite-t-il pas à dire à l'autre : "Tu es mon frère bien-aimé; en toi je trouve ma joie ?"

 

 

accordeon Homélie pour la messe du jour : Noël 2014

 

Aujourd’hui c’est fête ! Et demain ? Aujourd’hui c’est fête ! Nous nous donnons le droit d’être heureux comme des enfants émerveillés devant les pas du messager de Bonne Nouvelle d’Isaïe.Aujourd’hui c’est fête ! Nous nous invitons mutuellement à la joie, à la réconciliation, à la Paix. Nous nous embrassons, nous faisons des cadeaux, nous couvrons d’attention.Aujourd’hui c’est fête ! Comme si nous étions déjà dans le Royaume. Nous prenons le temps de nous aimer les uns les autres et rien, ni les soucis, ni le travail, ni les vieilles histoires n’ont le pouvoir de ternir notre Joie.

Aujourd’hui c’est fête ! Parce qu’aujourd’hui nous vivons en Filles et Fils de Dieu. Le Verbe, la Lumière du Monde nous a « donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » nous dit l’Évangile.Aujourd’hui c’est fête !

Le Père nous donne à la suite du messager d’Isaïe de crier de joie car « le Seigneur console son peuple » Aujourd’hui nous pouvons être heureux et fiers même, d’être chrétiens, que Dieu nous donne tant de valeur qu’il vienne demeurer parmi nous, se remettre littéralement entre nos mains comme un Tout Petit, comme une hostie.Aujourd’hui c’est fête ! Parce que nous avons attendu, préparé cette fête ! Nous nous sommes levés du bon pied, délibérément. Nous nous sommes lavés, bien habillés, pour être à l’aise, pour faire plaisir à ceux que nous aimons. Aujourd’hui c’est fête ! Et demain ? Quand l’ambiance ne s’y prêtera plus autant avec la rentrée ? Demain sera aussi fête si nous écoutons la liturgie : « nous célébrons ce jour très saint où Marie dans la Gloire de sa virginité, enfanta le Sauveur du Monde » comme le dira la prière eucharistique tout à l’heure et tous les jours qui viennent.

Et demain ? Demain sera aussi fête si nous y mettons autant de cœur, de rêves, de bonne volonté qu’aujourd’hui. Il faut si peu de choses : un sourire, un baiser, un regard amical pour briser la glace de nos timidités, nous donner le droit d’être, mieux, de demeurer en fête !Et demain ? Demain sera aussi fête si nous contemplons ce Royaume tout proche. Il est même déjà arrivé jusqu’à nous car le Seigneur se plaît à nous le donner. Il est déjà là, c’est cela la Bonne Nouvelle que Jésus est venu annoncer. Il suffit de se pencher un peu pour le ramasser comme la manne  au désert: à chacun sa ration nécessaire pour aujourd’hui, libres du lendemain et de ses soucis.

C’est cette Espérance que nous portons, chevillée au cœur qui fait de nous des ferments, des levains pour la terre. Pour vivre aujourd’hui cette Joie de l’Évangile et encore demain, écoutons le Pape François pour vivre la Joie de l’Évangile :« Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs » .C’est en invitant autour de soi les isolés du quotidien, les pauvres en Amour que nous nous donnons un milieu porteur.Ne nous laissons pas voler la Joie de l’évangélisation ! C’est en invitant autour de soi à vivre l’ambiance de Noël au quotidien que nous en faisons notre Pain quotidien, en couple, en famille, en communauté de vie, de travail etc.Ne nous laissons pas voler l’Espérance!C’est en voyant d’avance le Royaume se tisser, se déployer au quotidien que nous osons le premier pas, tel l’amoureux qui révèle son amour pour permettre une relation nouvelle.Ne nous laissons pas voler la communauté ! Seuls nous ne pouvons aimer durablement, ensemble, nous devenons Lumière.Ne nous laissons pas voler l’Évangile ! C’est en voyant la Bonne Nouvelle s’incarner, se déployer au quotidien que nous entrons dans cette dynamique.Ne nous laissons pas voler l’idéal de l’Amour fraternel ! C’est le second commandement … Ce que nos frères juifs appellent « les délices du shabbat » : le culte vécu ensemble nous emmène à prendre le temps de nous parler, nous connaître, nous aimer.Ne nous laissons pas voler la force missionnaire ! Elle nait de la joie de vivre cette ambiance de Noël au quotidien, de savoir que ce n’est pas un doux rêve mais une simple réalité.Aujourd’hui et demain c’est fête ! Et chaque aujourd’hui que tu vis dans l’Amour, de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force.Alors Joyeux Noël à chacun, de tout cœur !      

Amen !

 

 

accordeon Homélie pour la messe de minuit : Noël 2014

 

Étrange nuit que la nuit de Noël ! Étrange nuit où notre monde plongé dans les ténèbres voit s’allumer un peu partout quelque chose qui ressemble à des étoiles. Des étoiles qui ne sont pas dans le ciel mais sur la terre. Des astres de lumière qui parlent et qui chantent la gloire de Dieu et le salut du monde. Ils sont milliers de milliers, myriades de myriades, et ils brillent joyeusement. Certains sans rencontrer d’obstacle pour luire librement. D’autres au contraire brillent tout autant, et peut-être davantage, mais il y a autour d’eux des bottes qui frappent le sol, des manteaux couverts de sang, des hordes chargés de les éteindre et qui n’y arrivent pas… parce que leur feu éteint sur place reprend toujours ailleurs !

Voyez-vous ce que je veux dire ? Voyez-vous quels sont ces astres qui brillent des clartés de la vraie lumière ? Quelles sont ces étoiles qui ne sont pas au ciel mais sur la terre en train de chanter la gloire de Dieu et la paix donnée aux hommes que Dieu aime ? Quels sont-ils ? Quelles sont-elles ? C’est nous, chers frères et sœurs ! C’est nous ! Ce sont toutes les communautés chrétiennes, petites ou grandes, où brûle en cette nuit de Noël le grand feu de la messe sur le monde. Un feu qui a pris à Bethléem, et qui, de proche en proche, n’a cessé de s’allumer, de prendre ailleurs et de se rallumer, en dépit de tous ceux qui cherchent à l’éteindre, car c’est le feu de l’amour, le vrai, le fort, l’indomptable, celui qui ne passera jamais, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers.

Tout à l’heure, à l’office des vigiles, nous avons entendu un oracle du prophète Isaïe – qui vivait huit siècles avant l’Incarnation du Verbe et dont les lèvres ont été purifiées par un tison de feu. Il annonçait ce qui allait se passer quand le feu de l’Emmanuel allait prendre sur terre : « Il jugera les faibles avec justice, il se prononcera dans l’équité envers les pauvres du pays. » Autrement dit, tous ceux qui sont dans une situation de faiblesse ou de fragilité, ceux qui sont inquiets pour leur avenir, ceux qui ont peur d’être fauchés non plus par un fou du volant comme c’est arrivé dimanche dernier à Dijon – ce qui nous a tous bouleversés - mais beaucoup plus gravement par les adorateurs de Mammon, par les politiciens de tous bords incapables de tenir leurs promesses, et jusque dans l’Église par des bergers qui abusent des brebis grasses et oublient celles qui sont malades. C’est pour tous ces gens en situation de grande fragilité, inquiets pour l‘avenir, que le feu s’est allumé et qu’il ne s’éteindra pas. C’est pour eux que les étoiles brillent sur la terre en cette nuit de Noël, et qu’elles chantent, unanimes, avec les anges du ciel : « Aujourd’hui un Sauveur nous est né, c’est le Christ, le Seigneur ! »

Le feu de l’Enfant Jésus fait plus encore. Non seulement il réconforte ceux qui n’en peuvent plus, mais il rassemble et unit ceux qui, par eux-mêmes, sont incapables de vivre ensemble. Ce n’est pas un feu qui prend plaisir à meurtrir et à diviser, mais c’est un feu qui prend plaisir à unir et à rassembler. S’il frappe, s’il brise, s’il brûle, c’est toujours pour mieux unir ceux qui, sans lui, sont incapables d’habiter ensemble. Comment voulez-vous que le loup habite avec l’agneau, le léopard avec le chevreau sans ce feu divin qui brûle à la crèche ? Où donc le lion mangera-t-il du fourrage comme le bœuf, sinon à la crèche ? Et quel nourrisson peut s’amuser sur le nid du cobra sinon celui que ses parents conduisent jusqu’à la crèche ? C’est là que l’oracle d’Isaïe entendu tout à l’heure trouve son accomplissement. Quand Jésus est accueilli pour de bon dans une famille ou une communauté chrétienne, par un pays, par un peuple, alors le miracle de la crèche s’accomplit. Une nouvelle étoile brille sur la terre. Et si vous voulez bien, nous allons lui donner un nom : nous l’appellerons l’étoile de la fraternité universelle. Stella universalis fraternitatis.

Pourquoi est-ce que nous nous appelons « frères » à Cîteaux, alors qu’il y a dans notre communauté toute la ménagerie dont parle Isaïe : lion, vipère, agneau, cobra, chevreau, bœuf, vache, ourse, et avec tout ça quelques nourrissons ? Pourquoi… sinon parce que nous avons tous entendu l’appel d’un tendre Père qui nous parle aujourd’hui par son Fils et nous supplie de tendre l’oreille de notre cœur pour entendre le message de la crèche : « Tu es mon Fils bien aimé, moi aujourd’hui je t’ai engendré ». Petite étoile de Cîteaux, que ta clarté se joigne à toutes les étoiles qui brillent en cette nuit de la joie de Noël !  Et vous tous, frères et sœurs qui êtes dans nos murs en cette fête, entendez l’appel de la crèche et répandez-le autour de vous : « Aujourd’hui un Sauveur nous est né, c’est le Christ, le Seigneur ! »

Nous prions ensemble - et c’est une prière universelle - pour que tous ceux qui tuent aujourd’hui dans le monde entendent l’appel de la crèche ! Nous prions pour que tous ceux qui, en de nombreux pays, s’opposent à la pratique libre de la religion de son choix, entendent l’appel de la crèche ! Nous prions pour que tous ceux qui subtilement, sous prétexte de liberté, imposent à nos sociétés des lois qui favorisent de nouveaux esclavages dans l’éducation des jeunes et le respect de la vie, entendent l’appel de la crèche ! « Aujourd’hui, un Sauveur vous est né, c’est le Christ, le Seigneur ! » 

 

 accordeonHomélie pour l'Annonciation 2014

                   Dimanche dernier, en commençant cette retraite, je vous avais invités, mes frères, à vous mettre comme Marie « en état d’annonciation » et après la conférence, un frère m’a tiré par la manche et m’a dit : « Regarde bien » en me faisant découvrir la sculpture qui se trouve à l’entrée du cloître. Et là, je me suis émerveillé en contemplant Marie, les mains ouvertes, à l’écoute, en état d’annonciation. Contempler le mystère : ce mystère, nous dit st Paul, resté caché dans le silence, et aujourd’hui manifesté. Je voudrais insister sur l’aujourd’hui, puisque c’est aujourd’hui que nous célébrons le mystère de l’Annonciation. Rappelez-vous ce que Jésus disait dans la synagogue de Nazareth : « Cette parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »

                   On pourrait redire les choses ainsi : « C’est aujourd’hui que tu entends la Parole et que tu es appelé à y répondre avec toute ta vie, ton corps et ton cœur, avec tes limites, tes maladies, tes joies et tes peines, tes désirs et ton espérance. Oui, Dieu vient prendre corps dans ta vie aujourd’hui.» Voilà le mystère de l’Incarnation qui continue de s’accomplir : aujourd’hui comme pour Marie, Dieu entre « chez toi », il frappe à ta porte, il te salue, il t’annonce des choses, des grandes choses (avec Dieu, rien n’est petit), mais il te laisse libre de dire ‘Oui’.

                   Si nous avions été à la place de Marie,  qu’aurions-nous fait, qu’aurions-nous dit ?  Vous allez me répondre : Nous ne sommes pas Marie, et à sa place nous aurions plutôt protesté comme Jonas ou Jérémie : ‘Oh  Seigneur, je t’en prie, ce n’est pas pour moi, je n’en suis pas capable, ce n’est pas possible.’

                   Marie, nous montre, au contraire, comment accueillir  l’inattendu de Dieu ; Marie a été surprise, et même bouleversée par le salut de l’ange, qui la rassure pourtant : « Sois sans crainte, Marie ». Elle se met dans une attitude d’écoute ou plutôt elle l’est déjà. C’est l’attitude fondamentale de la prière, le silence qui permet d’écouter Dieu. Dieu ne fait pas de bruit ; quand il frappe à la porte de Marie à Nazareth, il n’y a pas de coup de sonnette, même pas la vibration d’un portable, mais seulement un cœur qui écoute. Elle ne dit pas oui tout de suite, elle écoute d’abord.

                   A-t-elle compris ce que l’ange lui dit ? Il lui annonce une naissance, donc une bonne nouvelle. Elle comprend qu’elle sera mère du Messie attendu depuis des siècles, promis par Dieu, fils de David. Et Marie répond de façon admirable : pas un mot de trop, mais seulement une question sur le comment ; elle ne demande pas de signe, elle ne pose pas de condition, et l’ange répond à sa question : « L’Esprit Saint viendra sur toi » et puis il lui donne un signe qu’elle n’a pas demandé, avec cette petite phrase qui est le cachet de Dieu : « Rien n’est impossible à Dieu » et que nous ferions bien de prendre avec nous, de  nous redire souvent, car nous manquons tellement de foi et de confiance.

                   Demandons-nous encore une fois : si  cela nous était arrivé, qu’aurions-nous dit ? Prenons modèle sur Marie ; elle répond simplement : « Voici la servante du Seigneur »  c’est à dire  « Me voici, je suis partante. Si je peux faire quelque chose, si je peux être utile, me voici. »

                   Or Marie ne sait pas ce qui va lui arriver ; elle ne sait pas si elle en est capable. Dieu lui demande seulement d’être là et d’avoir confiance, de consentir à l’action de l’Esprit en elle : voilà sans doute le moment le plus prodigieux de l’histoire du salut : Dieu prend chair de notre chair et s’incarne dans le sein d’une femme, simplement parce qu’elle a dit « Oui ». En fait Marie n’a pas dit « Oui », elle a dit littéralement « Qu’il me soit fait » « Fiat » « Qu’il m’advienne,  Que tout se passe pour moi selon ta Parole » Et cela s’est fait sans bruit, dans le silence d’un cœur qui écoute et qui répond. Quelle invitation pour nous aujourd’hui à l’écoute et au silence !

                   Car c’est çà, la bonne nouvelle de l’ange : Dieu vient naître parmi les hommes, Dieu demande à entrer dans nos vies, à naître et à renaître. Ce mystère de l’incarnation, il continue très concrètement et sans bruit dans le monde et dans l’Église, dans le cœur des hommes aujourd’hui.

                   Plusieurs fois au cours de la retraite, j’ai évoqué nos frères de Tibhirine en Algérie ; ils nous laissent un tel exemple d’abandon à ce que Dieu voudra et je voudrais citer un texte bien connu du P. Christian de Chergé, leur prieur, où il relate cette nuit de Noël 1993 lorsque le groupe armé du GIA est venu les visiter : « A travers ces événements, disait-il, nous nous sommes sentis invités à naître. La vie d’un homme va de naissance en naissance… Dans notre vie il y a toujours un enfant à mettre au monde : l’enfant de Dieu que nous sommes… Cette naissance nous est proposée dans l’Église. L’Église, c’est l’incarnation continuée. Elle n’a que nous ici pour continuer l’incarnation. Pour le meilleur et pour le pire. »

                   Ces paroles du P. Christian de Chergé nous invitent à regarder les choses autrement, à célébrer Noël autrement, à répondre à Dieu comme Marie en lui faisant confiance, en nous laissant conduire par des chemins inattendus, « car rien n’est impossible à Dieu. »

 

accordeon Homélie pour l'Immaculée Conception 2014

La fête que nous célébrons aujourd'hui n'est-elle pas la fête de l'aurore, celle qui nous fait passer des ténèbres à la lumière ?

L'auteur du Livre de la Genèse, un immense théologien et un très grand poète, nous a décrit la descente aux enfers du 1er couple. Dieu est à sa recherche : "Où es-tu ?" Et l'homme se cache de Dieu. "J'ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché."

"Qu'as-tu fait ?" Et l'homme répond : "C'est pas moi, c'est elle." Et la femme répond : "C'est pas moi, c'est lui." Le mal est entré dans le monde. Ce qui était lumière, ce qui était paradis, devient enfer.

Et "l'homme appela sa femme : Ève (c'est-à-dire : la vivante), parce qu'elle fut la mère de tous les vivants." Pauvres vivants, marqués par le péché, et dont la vie sera sans cesse défigurée par la mort, l'assassinat, la guerre, la jalousie, la souffrance, etc.

"Comment vais-je les sortir de là, dit Dieu ? La création était si belle. J'avais vu que tout cela était très bon. Et voilà que maintenant la terre produit épines et chardons, le travail créateur est devenu une souffrance, l'homme et la femme, ces bien-aimés, sont à la porte du paradis, sans cesse en rébellion entre eux et contre eux-mêmes.

Eh bien, je vais leur envoyer mon Fils, mon Bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour. Lui seul pourra les sauver."

Mais ni Adam, ni Ève, ni aucun de leurs descendants ne sont capables de donner naissance à Jésus. Comment donner une mère à Jésus sinon en la préparant dès avant sa naissance, en la créant immaculée, vierge de tout péché, parfaite aurore d'une humanité nouvelle qui puisse mettre au monde la lumière du monde ? Et la lumière a lui dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas reçue...

C'est cette aurore que nous célébrons aujourd'hui. Préservée de toutes les séquelles du premier péché, comblée de grâce pour préparer au Fils bien-aimé une mère vraiment digne de lui. Ce sont les mots que la Préface de cette Eucharistie met dans notre bouche. Et cette mère devient signe d'espoir puisqu'elle préfigure l'Église, la fiancée sans ride, sans tache, resplendissante de beauté.

C'est par un chant de beauté et d'innocence que s'ouvre la vie de Marie. Voici la demeure de Dieu parmi les hommes. C'est sur elle que va reposer l'Esprit-Saint.

Reste quand même une question : Marie, dans sa prière, a récité les psaumes. Comment a-t-elle pu dire le psaume 50 : "Contre Toi et Toi seul j'ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l'ai fait." A ces paroles, n'entendait-elle pas, tout au fond de son cœur, la voix du Père qui lui disait : "Mais non, ma tourterelle, Tu es l'Immaculée ?"

Cette question, je crois que je la lui poserai quand j'arriverai devant elle.

 

accordeonHomélie pour le 2e dimanche de l'Avent 2014

“Commencement de l’Évangile concernant Jésus, Christ, Fils de Dieu”

Pourquoi “commencement” ? Bien sûr, commencement !

Mais ce mot est chargé de sens; c’est bien ainsi que la Bible ouvre son message :

                                                  “Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.”

Saint Jean dit aussi : “Au commencement était le Verbe”

On dirait qu’il n’y a que des commencements.

Et ce n’est pas faux; Dieu ne peut faire autre chose que du nouveau.

Ce qu’il y a de plus passionnant dans la vie, disait l’acteur Jean Marais, c’est les commencements. Et à 70 ans il apprit à sculpter, il nous a laissé un buste de Jean Cocteau.

Dieu est un artiste qui ne peut faire que du neuf ; et à la fin des temps il a façonné dans le sein de la Vierge son Fils Unique - celui dont saint Paul dira qu’il est une “créature nouvelle.”, le “nouvel Adam” et “le premier né d’entre les hommes”.

La naissance d’un bébé est également un commencement absolu ; un acte créateur par délégation ; une nouveauté absolue ; ce qui faisait dire à la rose : “je suis née en même temps que le soleil”.

Dieu c’est l’éternelle nouveauté ; en bon artiste, il ne se répète jamais.

C’est pour cela que Marc écrit : “Commencement de la bonne Nouvelle concernant Jésus, Christ, Fils de Dieu”.

Mais pourtant cela n’était-il pas annoncé par les prophètes ?

Oui et non.

Jésus c’est sa nature humaine, et les prophètes l’avaient annoncé : Fils de David, fils de l’homme.

Christ s’est sa mission, et les prophètes l’avaient annoncé : l’oint du Seigneur.

Mais Fils de Dieu, personne ne s’y attendait ; on peut le découvrir caché dans la jungle des oracles prophétiques. Il est bien dit que l’homme est fils de Dieu, mais cela est dit de façon analogique ; fils adoptif soit.

Et ce fut le drame.

La nature divine du messie n’était pas prévue.

Sans doute les Juifs auraient-ils reconnu en Jésus le Messie ; et beaucoup l’ont reconnu ainsi : “qui dit-on que je suis, Un prophète ?”

Mais très peu ont reconnu en lui le Fils de Dieu. Donc Dieu lui même. Ce n’était pas prévu. C’est un blasphème. Il mérite la mort.

La première phrase de cet Évangile constitue en fait le résumé de l’Évangile ; elle mérite d’être imprimée sur la couverture du livre. Elle annonce tout de drame qui va suivre.

Jésus par sa naissance

Christ par sa mission

Fils de Dieu par sa nature.

Les fruits ont passé la promesse des fleurs.

C’est bien là un commencement.

Aujourd’hui encore l’Église nous invite aujourd’hui à regarder chaque jour qui se lève comme un commencement absolu.

L’œil n’a jamais vu, ni l’oreille jamais entendu ce que Dieu préparé pour ceux qu’il aime.

 

accordeon Homéliepour la Toussaint 2014

Vous est-il jamais arrivé, chers frères et sœurs, en vous trouvant devant quelqu’un d’avoir pensé en vous-même : ça, c’est un saint ? Si c’est le cas, ce fut sûrement une rencontre inoubliable. Et vous êtes-vous demandé pourquoi vous avez eu cette impression, quelque chose comme une certitude intérieure que cette personne-là, c’était un saint ? Qu’est-ce qui vous a touché en elle ? Qu’est-ce qui a été touché en vous ? Un jour comme celui-ci est une bonne occasion pour réveiller notre mémoire et nous demander : quels sont les saints, canonisés ou pas, qu’il m’a été donné de rencontrer ?

En préparant cette homélie, j’ai repassé dans ma mémoire toute une galerie de personnes qui m’ont apporté, sans le chercher, comme à leur insu, ce qui ressemble vraiment à de la graine de sainteté. Il y a quelques jours, j’ai encore eu cette grâce ! Je me disais : là, vraiment, je reçois de la graine de sainteté pour devenir moi-même un saint, avec la grâce de Dieu.

La graine de sainteté, voilà ce qui nous est donné aujourd’hui dans la liturgie de La Toussaint. A quoi ça ressemble, la graine de sainteté ? Ca ressemble à toutes ces graines de béatitude dont Jésus vient de nous parler. Ca ressemble à un cœur pauvre. C’est la première béatitude. Ca ne suffit pas d’être pauvre pour avoir un cœur pauvre, et l’on peut rencontrer des gens riches qui ont un cœur pauvre. Regardez par exemple notre père Abraham. C’était un homme riche, mais il n’était pas prisonnier de ses richesses. Quand il a entendu l’appel du Seigneur, il est parti sans savoir où il allait. Sa foi l’a mobilisé et il est parti, sûr de répondre à l’appel du Seigneur, et il est devenu le père des croyants, de tous les croyants.  Juifs, musulmans, chrétiens, nous pouvons dire ensemble : notre père Abraham.

Regardez aussi les bergers et les mages de l’évangile. Ils font partie de tous les saints que nous fêtons aujourd’hui. Les bergers étaient des gens pauvres, tandis que les mages étaient riches, mais les uns comme les autres avaient un cœur pauvre, disponible pour se laisser complètement mobiliser par la grande joie de l’évangile : ils partent, ils se mettent en route. Pour les bergers, ce n’était pas très difficile, car Bethléem n’était pas loin, mais pour les mages, c’est une autre affaire : ils viennent de loin, ils demandent leur chemin, et finalement ils trouvent Celui pour qui ils ont fait tout ce voyage. Alors, dit l’évangile, ils se prosternent devant lui et ils l’adorent, puis ils ouvrent leurs coffrets et lui offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Sommes-nous prêts à nous laisser mobiliser par la joie de l’évangile pour devenir des saints ? 

Récemment à Cîteaux, nous avons reçu deux jeunes qui avaient 22 / 23 ans. Comme les mages, ils venaient de loin, de l’Orient. Ils avaient choisi de donner 6 mois de leur vie pour travailler dans l’humanitaire en Birmanie, et ils ont pris 6 autres mois pour revenir en France non pas sur des chameaux mais…en vélo ! Et ils nous ont raconté leur voyage. Ils sont passés par la Chine, le Kaszkstan, l’Ouzbékistan, le Kurdistan, l’Iran, la Turquie, etc… Partout ils ont été bien reçus. C’est ça aussi la sainteté : bien accueillir l’hôte – j’ai été hôte et vous m’avez reçu-, bien accueillir l’autre – j’étais un étranger et vous m’avez reçu -. Sans doute conduits par la Providence, ils ont atterri à Cîteaux et ils sont restés ici 8 jours, histoire de se poser et relire toute cette grande aventure. Ce fut un bonheur de les voir et de les entendre. En voyant ces deux grands gars, je me disais en moi-même : il y a là de la graine de sainteté ! Bien sûr, ce n’est que de la graine, mais un arbre ne peut pas devenir un arbre sans commencer par être une graine !

Nous sommes tous, frères et sœurs baptisés dans le Christ, de la sainteté en graine, appelée à devenir un arbre dans le paradis de Dieu, un arbre qui accueille dans ses branches tous les oiseaux du ciel pour chanter la gloire de Dieu!

Jésus, le grand semeur de sainteté, jette donc sa graine pour nous à profusion, sans mesure, sans calcul et n’importe où, sur tous les terrains. Et il ne tient qu’à nous de prendre de cette graine. Il y a la graine de la pauvreté de cœur, mais il y en a plein d’autres : la graine de la tendresse et de la douceur, la graine de la compassion (pleurer avec ceux qui pleurent), la graine de la justice (qui dénonce le gaspillage des sociétés opulentes quand ailleurs on meurt de faim), la graine du pardon qui va jusqu’à 70 fois 7 fois, la graine de la pureté du cœur qui ouvre les yeux sur les merveilles de Dieu toujours en travail, la graine de la paix qui brille dans les yeux de Jésus ressuscité… Avouez que nous avons l’embarras du choix avec toutes ces graines de sainteté ! Toutes, toutes contiennent et apportent le bonheur vrai et la joie qui ne passe pas. Alors servons-nous sans hésiter. Tous les saints nous y invitent (le bon pape Jean XXIII, le grand Jean-Paul II, le bienheureux Paul VI). Ils s’adressent à nous un peu comme quand on dit à quelqu’un : regarde, tu ferais bien de prendre de la graine ! Alors n’hésitons pas : dans le grand semoir de l’évangile, à pleine mains, prenons de la graine !

 

accordeon Homélie pour le 26e dimanche ordinaire 2014

Que pouvons-nous dire de l'Evangile que nous venons d'entendre ? Qui est-il cet homme qui a deux fils ? A l'un il dit : Va. La réponse est NON. Mais ensuite il y alla. Au deuxième il dit : Va. La réponse est OUI, et il n'y alla pas. Qui est-il cet homme sinon Dieu même ? Et qui sont-ils les fils sinon chacun de nous ?

Et Dieu nous dit : Va. Quelle va être notre réponse ?

Mais, direz-vous, je n'ai jamais entendu Dieu me parler de cette façon. En êtes-vous sûrs ? Les appels de Dieu, ils sont fréquents dans nos vies et ils prennent des formes variées. N'est-ce pas Dieu qui appelle quand le blessé de la vie appelle un bon Samaritain ? N'est-ce pas Dieu qui appelle quand des malades ont besoin d'être visités ? Quand un pauvre (et Dieu sait s'il y a une grande variété de pauvretés) quand un pauvre demande notre secours ?

Quelle va être notre réponse ?

La réponse, elle peut être celle du prophète Jonas. Quand Dieu lui dit : Va, il s'enfuit dans la direction opposée, épouvanté par la mission qui lui est donnée.

La réponse peut être celle du prophète Jérémie qui gémit et pleure d'amertume devant la difficulté de sa mission. "Tu m'as séduit Seigneur et je me suis laissé séduire. Tu m'as maîtrisé, tu as été le plus fort. A cause de la parole du Seigneur, je suis en butte à longueur de journée aux outrages et aux sarcasmes. Quand je dis : Je n'en ferai plus mention, je ne dirai plus la parole en son nom, elle devient au dedans de moi comme un feu dévorant."

La réponse peut être celle d'Abraham. A l'appel de Dieu, il partit, sans savoir où il allait...

Lorsque je mise ma vie sur Dieu, je m'engage à partir, à aiguiser mes oreilles pour pouvoir discerner l'appel de Dieu qui peut être très ténu. A répondre à cet appel sans savoir jusqu'où ça me conduira. Jusqu'au bout du don ?

Dans beaucoup de nos vies, il y a des moments, des épreuves, où nous sommes mis devant des choix décisifs. Et où nous sentons que Dieu appelle. Ce sera l'épreuve d'une vie conjugale frappée par la tempête, l'épreuve d'une santé qui défaille, l'épreuve d'un parent proche gravement malade dont le poids devient insupportable, l'épreuve d'enfants qui prennent une mauvaise route, etc.

Il y a des moments où nous sentons que nous sommes à un tournant. Où Dieu nous appelle à un OUI peut-être extrêmement difficile à dire et à vivre. Où la possibilité de dire NON est là.

Si je dis NON, personne ne s'en apercevra : c'est un secret qui m'appartient. Mais une lumière se sera éteinte en moi et dans le monde.

Mais souvent, Dieu revient à la charge ! Et de nouveau, son appel raisonne. Récemment, une religieuse me racontait sa vocation : "Dans ma jeunesse, à plusieurs reprises, j'ai senti l'appel de Dieu. Et je me suis cramponnée dans mon refus. NON et NON pas moi ! Jamais ! Et puis, un jour, j'ai dit OUI. Ça a bouleversé ma vie. J'ai goûté une paix et une liberté que jamais je n'aurais imaginées."

Comment ne pas évoquer le Frère Christophe de Tibhirine qui écrivait : "Un jour, j'ai su que Dieu me disait : « Je t'aime ». Je ne m'en suis jamais remis !"

La difficulté à dire OUI, Jésus l'a connue : Il a bien ressenti la tentation de dire NON, au Jardin de Gethsémani quand il a supplié son Père : "Que ce calice s'éloigne de moi." Mais sa réponse finale a été : "Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux."

Dans cette Eucharistie prions Dieu pour qu'il transforme nos cœurs. Si nous sommes le fils qui a dit NON, que Dieu mette en nous le repentir pour que nous suivions Sa volonté. Si nous sommes le fils qui a dit OUI mais qui n'a rien fait, que la force de l'Esprit-Saint nous mette en route, à la suite du Christ, le Bien-Aimé, qui a tout donné, jusqu'à sa vie, par amour.

 

accordeon Homélie pour l'Assomption de la Vierge Marie 2014

En préparant cette homélie pour la fête de l’Assomption, une question m’est spontanément venue à l’esprit : Avons-nous le droit aujourd’hui de nous réjouir avec Marie exaltée dans les cieux, alors que tant de drames ensanglantent notre terre ? Irak, Syrie, Israël, Gaza, Nigeria, Soudan, Centre Afrique… des populations sont obligées de fuir pour ne pas se faire massacrer ; des femmes sont enlevées, contraintes d’abjurer leur foi chrétienne et de se convertir à un Islam radicalisé sous menace de mort ; des chrétiens en grand nombre sont pourchassés et persécutés, au milieu d’une indifférence presque générale…Bien sûr, nous disons Non à tout cela et nous rejoignons ceux qui s’indignent de la paresse des instances politiques trop lentes à se mobiliser ! Mais notre Non ne nous oblige-t-il pas d’être plus courageux encore et de nous vraiment poser la question : Avons-nous le droit aujourd’hui de nous réjouir avec Marie exaltée dans les cieux, alors que tant de drames ensanglantent notre terre ? De qui dois-je me faire le prochain : de Marie qui visite sa cousine Elisabeth et chante « Magnificat » ou de ces hommes et femmes, chrétiens ou non, qui sont pris dans le fol engrenage de la barbarie et de la violence ?

Comme c’est souvent le cas, la Parole de Dieu, si nous l’écoutons vraiment,  répond mieux que toute autre à nos questions. A commencer par ce signe grandiose qui apparaît dans le ciel à Jean, le visionnaire de l’Apocalypse : une Femme qui a le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de 12 étoiles. Elle est enceinte et crie, torturée par les douleurs de l’enfantement. Devant elle se tient un énorme Dragon, rouge feu, avec 7 têtes et 10 cornes. Il est prêt à dévorer l’enfant qui va naître. Sans chercher coûte que coûte à faire coller cette vision avec ce que nous vivons aujourd’hui, on ne peut pas s’empêcher d’y voir un éclairage singulièrement ajusté pour comprendre ce qui se passe.

Que notre monde soit dans les douleurs d’un enfantement qui dure, saint Paul le disait déjà ! Plus de 2000 ans après lui, qui dira le contraire ? L’enfantement douloureux continue ! Le Dragon s’en prend toujours à la Femme qui est torturée dans les douleurs. Si l’Eglise a choisi de nous faire méditer ce texte pour l’Assomption de Marie, ce n’est certainement pas pour nous présenter une Madone indifférente à la douleur du monde, mais au contraire pour nous persuader qu’il n’y a pas de plus haute gloire pour Marie que d’être avec son Fils, Jésus-Christ, dans la mêlée de l’Histoire des hommes et cela jusqu’à la fin des temps. Jésus et Marie sont avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Le Dragon a beau balayer de sa queue les étoiles du ciel et les faire tomber sur la terre, c’est-à-dire étendre le règne de l’anthropolâtrie, il n’empêche pas le Fils de Marie d’être devenu, par sa mort et sa résurrection, le berger de toutes les nations. Et rien, désormais, ne peut éteindre la voix puissante qui proclame dans le ciel : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ ! » Nos liturgies lui font écho quand chantons : « A toi le règne, à toi la puissance et la gloire pour les siècles des siècles ! »        

Marie est dans la mêlée, chers frères et sœurs. Dans la mêlée de notre Histoire, de nos histoires personnelles, familiales, nationales, mondiales en butte aux attaques plus ou moins déclarées des puissances du mal. Elle est là, plus proche de nous dans la gloire de son assomption qu’elle ne l’était de sa cousine Elisabeth le jour de la visitation. Plus forte et plus puissante pour nous venir en aide et soutenir notre espérance qu’elle ne l’était en partant dans la montagne de Judée pour rendre visite à sa cousine. Nous ne sommes donc pas tiraillés par un choix que nous devrions faire – nous réjouir avec Marie ou pleurer avec ceux qui pleurent – parce que Marie, dans son passage corps et âme vers le ciel, est encore plus proche de nous qu’elle ne l’était dans les conditions limitées de son existence terrestre. L’amour qui l’unit au Christ lui fait prendre les dimensions de Dieu lui-même, sa longueur, sa largeur, sa hauteur et sa profondeur, pour se porter en hâte partout où il y a des pleurs, des cris, des gémissements, partout où la mort laisse des traces et fait des horreurs. Tous et chacun, nous sommes le prochain de son cœur. Tous et chacun, elle nous entraîne les uns vers les autres avec son propre cœur.

Regardons-la agir. Elle fait bien mieux qu’une homélie ou un cours de théologie. Elle laisse parler ses entrailles et son coeur. Ce lieu de nous-mêmes où nous sommes en souci pour l’autre et pour le monde entier. Ce lieu-source de l’amour à partir duquel nous supplions et nous rendons grâce. En accueillant Marie, Elisabeth fait de même, et voilà ces deux femmes qui témoignent, par la parole qui vient de leur chair, que le Fils de Dieu a planté sa tente en notre histoire, pour se lier d’amitié avec toute l’humanité. Spécialement avec les plus humbles, ces préférés du Fils et du Père. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Magnificat !

Chers frères et sœurs, en cette belle fête de l’Assomption, ne craignons pas de nous réjouir avec Marie. Que sa joie déborde sur nous ! Que nos voix s’éveillent, vibrent et chantent avec elle Magnificat anima mea Dominum ! Elle n’a jamais été si proche de nous qu’aujourd’hui où elle règne avec son Fils ! Son amour tendre et maternel n’a jamais pu s’étendre aussi loin qu’aujourd’hui où le Berger de toutes les nations prend avec lui sa Mère, la Reine du ciel et de la terre, pour courir après la brebis perdue. Nous sommes sauvés ! Magnificat !

 

 

accordeon Homélie pour la Pentecôte 2014

La parole que nous venons d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. Celui qui dit : « La paix soit avec vous ! », il est au milieu de nous. Celui qui montre ses mains et son côté, il est au milieu de nous. Oui, Jésus est là, au milieu de nous, le Vivant, le Ressuscité, et comme si ça ne suffisait pas de nous avoir dit une première fois : « La paix soit avec vous ! », il insiste et nous dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! » et il ajoute : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Et que fait-il ensuite ? L’évangile dit : « Il répandit sur eux son souffle en disant : Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »

Voilà, chers frères et chers amis, la bonne nouvelle de la Pentecôte pour nous aujourd’hui. La bonne nouvelle de Jésus, le Prince de la Paix. Remarquez bien que c’était déjà le message du jeune rabbi de Nazareth, entraînant avec lui les foules sur la montagne et promettant des jours heureux à tous ceux qui le suivraient sur le chemin des béatitudes. Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ! Tout était beau sur cette montagne, au bord du lac de Tibériade. Comme on était bien avec Jésus ! On pouvait l’écouter des heures et des heures sans se lasser ! Mais cela n’a pas duré longtemps. Un an peut-être ! Deux…, c’est pas sûr ! Trois, certainement pas ! C’est toujours facile de commencer à pratiquer l’évangile, c’est même enthousiasmant. Dans le mariage, dans la vie religieuse, dans nos divers engagements, c’est toujours facile de commencer. C’est plus difficile de continuer, et c’est encore plus difficile d’aller jusqu’au bout de nos engagements. C’est même impossible sans la force du Seigneur, sans le don de l’Esprit Saint. Qui, de tous ceux qui étaient là, assis autour de Jésus sur le mont des béatitudes, est encore là le Vendredi Saint ?

C’est que Jésus ne donne pas la paix comme le monde la donne. Bien sûr, la paix qui vient du monde n’est pas mauvaise, mais l’expérience montre qu’elle est fragile. C’est souvent une paix de compromis, une paix de façade, une paix qui ne dure pas, et qui a besoin des armes pour être maintenue. Croyez-vous que c’est ça la vraie paix ?

On a fêté vendredi dernier l’anniversaire du Débarquement en Normandie, un Jour qui promettait la délivrance et la paix. Il fallait le faire. Vous avez pu voir sur vos écrans les grands de ce monde et nos politiques se serrer la main. Mais qui sait si ceux qui se serrent la main aujourd’hui et se font des sourires, demain ne se tourneront pas le dos ? Ce n’est pas la paix que Jésus donne. Sa paix à lui, elle provient de son cœur ouvert et de ses mains transpercées. C’est la paix du cœur. Elle est inébranlable. Le monde est incapable de la donner et il ne peut pas la ravir à celui qui la possède. C’est elle que Jésus veut nous donner aujourd’hui. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, …la paix soit avec vous ! »

Cet après-midi, le Pape François va accueillir dans sa maison à Rome le président israëlien, Shimon Peres, le président palestinien Mahmoud Abbas, et le patriarche de Constantinople Bartholoméos 1er. Il a eu l’idée, un peu subite mais certainement inspirée, de les inviter à venir prier pour la paix. Il en a fait ses alliés pour mener à bien l’objectif de la paix. Ils ne vont pas prier ensemble, mais ils vont se retrouver ensemble pour prier, et le Pape nous demande de ne pas les laisser seuls. Alors, ne les laissons pas seuls. Faisons de ce 8 juin 2014 un nouveau débarquement pour la délivrance et la paix du monde, mais cette fois avec une seule arme : la prière. Aucune autre arme que la prière. Les autres armes, elles sont englouties dans la mer. Cheval et cavalier, il les jette à la mer ! Entrons dans la grande flotte de la prière des alliés d’aujourd’hui pour la paix. Nous comme chrétiens bien sûr, à la suite du Christ et avec la violence de l’Esprit Saint, pour s’en prendre à Dieu même. Soyons de cette grande flotte de prière que Dieu voit s’avancer vers lui (pour obtenir paix sur paix, grâce sur grâce) et qui lui fait dire avec la langue de Péguy :

« Toute cette immense flotte de prières chargée des péchés du monde m’attaque

Ayant l’éperon que vous savez : le Notre Père.

C’est une flotte de combat.

Comme une belle flotte antique, comme une flotte de trirèmes

Qui s’avancerait à l’attaque du roi.

Et moi que voulez-vous que je fasse : je suis attaqué.

Chaque Pater est comme un vaisseau de haut bord qui a lui-même son propre éperon…

Et derrière ces vaisseaux de haut bord les Ave Maria

S’avancent comme des galères innocentes, comme de virginales birèmes qui ne blessent point l’humilité de la mer…

Notre Père qui es aux cieux. Evidemment quand un homme a commencé comme ça. Quand il m’a dit ces trois ou quatre mots, après il peut continuer, il peut me dire ce qu’il voudra. Vous comprenez, moi, je suis désarmé…

Comment voulez-vous que je me défende. Mon fils leur a tout dit. Et non seulement cela. Mais dans le temps il s’est mis à leur tête » …pour m’attaquer.

Si ça vous parle, chers frères et sœurs, vous irez lire la suite dans le Mystère des Saints Innocents. Ce qui est sûr, c’est que le Royaume des cieux souffre violence, et les violents s’en emparent. Violence de la prière des Pater et des Ave Maria, et aussi de cette flotte invisible de prières qui ne sont pas même dites, mais que Dieu entend. Ces obscurs bons mouvements du cœur, ces secrets gémissements de l’Esprit qui jaillissent inconsciemment et qui montent vers Lui. Celui qui en est le siège ne les aperçoit même pas, mais Dieu les voit, les entend et les exauce.

 

accordeon Homélie pour Pâques 2014

Que de chemin parcouru depuis dimanche dernier ! Les évènements ses sont précipités : L’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, la sainte Cène, le lavement des pieds, la trahison de Judas, le reniement de Pierre, le retournement de la foule sous la pression des chefs des prêtres et des anciens, la libération de Barabbas et la condamnation de Jésus, la montée au Calvaire, la crucifixion et la mort de Jésus, la mise au tombeau, le silence du tombeau, la mise en place d’une garde…et aujourd’hui le tombeau vide : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »

Marie-Madeleine court se décharger de la nouvelle auprès de Simon-Pierre et du disciple que Jésus aimait, et les voilà qui partent tous les deux ensemble, en courant eux aussi, pour faire le constat. Que s’est-il passé ? Marie-Madeleine, Pierre et Jean viennent se recueillir auprès d’un mort qui n’est plus là. Ils deviennent alors pour nous les premiers témoins d’une nouvelle qui, aujourd’hui encore, bouscule tous nos projets, nous oblige à les reprendre à la racine, à changer nos façons de voir, à entrer dans une nouvelle manière de vivre : la Foi, la vie de foi. Oui, le chef de notre foi est sorti du tombeau. Personne ne pourra nous empêcher de proclamer la nouvelle. Elle est au cœur de notre vie, elle est la joie de notre vie chrétienne. Jésus est vivant, il est présent au milieu de nous et il répand sur nous sa paix et sa joie !

Dans son enseignement qui touche tant de monde, le Pape François a un mot qui manifestement lui tient à cœur et fait figure de mot d’ordre pour toute l’Eglise. C’est le mot « sortir ». Il exhorte tous ceux qui croient en Jésus-Christ mort et ressuscité à « sortir » pour annoncer la joie de l’évangile. Et il prend soin de dire que cette « sortie », ce ministère, cette mission, n’est pas seulement l’affaire des prêtres et des religieux. C’est la tâche de tous les baptisés sans exception. Nous sommes tous membres d’une Eglise en sortie, en partance. Ses mots sont très forts : « Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ…Je préfère une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités ».

Tout cela nous fait réfléchir, n’est-ce pas ? Car c’est la conséquence de la Résurrection, c’est la mise en pratique de notre foi en Jésus Ressuscité. Il est sorti du tombeau et nous fait sortir de nos tombeaux. N’ayons pas peur de la vie ! N’ayons pas peur d’être bousculé par l’Esprit de Jésus qui est Seigneur et qui donne la vie ! Prenons maintenant quelques exemples pour nous inciter à « sortir ».

Le premier nous touche chacun au plus intime de nous-mêmes et nous rappelle d’où le baptême nous a fait sortir : de l’esclavage du péché. Jésus, notre nouveau Moïse, nous sauve des armées de pharaon, c’est-à-dire du diable et de toutes ses ruses. Il nous introduit dans la terre où coulent le lait et le miel, c’est-à-dire dans la liberté des enfants de Dieu ! C’est l’immense joie que nous partageons avec nos frères et sœurs, les baptisés de Pâques. Sortis des eaux de la mort, ils chantent « alléluia » et marchent avec nous sur la terre de vivants !

Mais cette terre des vivants, elle n’est pas sans rapport avec notre terre, avec les vivants de notre terre qui n’ont pas tous de quoi vivre. C’est vers eux que nous devons sortir, c’est à eux que nous devons porter la joie de l’évangile. Joie qui est pour tous, bien sûr, pour toutes les nations, mais Jésus nous dit clairement que les pauvres en sont les destinataires privilégiés. La Bonne Nouvelle, elle est pour eux, spécialement pour eux. Heureux les pauvres, car le Royaume des cieux est à eux ! C’est la première béatitude. Mais où les trouver ces pauvres ? C’est très facile, ce n’est pas un casse-tête ! Ils sont tout proches de nous, ce sont les plus proches de nos proches. Voulez-vous savoir qui sont ces pauvres pour moi ? Ils sont là dans les stalles : ce sont mes frères de communauté qui doivent supporter les exigences du père abbé ! Qu’ai-je à faire de la joie de l’évangile sinon à en vivre avec mes frères, et tous ensemble à nous laisser appauvrir par elle pour être moins accrochés à nos propres sécurités et plus ouverts aux signes des temps, sans renier bien sûr les engagements fondamentaux de notre vie monastique. Ce n’est pas tout simple, mais on s’y efforce !

En ce jour de Pâques, frères et sœurs, vous me permettrez d’avoir un peu d’audace avec vous : demandez-vous sérieusement aujourd’hui quelle sortie vous devez prendre pour vivre la joie de l’évangile et la rayonner ! C’est peut-être la sortie d’un bien-être qui anesthésie. Ne vous arrive-t-il pas d’être plus sensibles à ce que vous voyez sur le marché et que vous n’avez pas encore acheté qu’à ces vies brisées par manque de ressources dont le spectacle finit par ne plus nous troubler ? Dans la bouche du pape François, la culture du bien être et la culture du déchet ne sont pas de vains mots. Nous trempons de toutes parts dans ce bouillon-là, au risque de nous y noyer. Comme il faudrait que nos élus et nos responsables politiques en soient conscients !

Nous devons sortir de la mondialisation de l’indifférence qui a son origine dans une crise bien plus profonde que la crise économique et financière où nous sommes et qui s’appelle « la négation du primat de l’être humain ». L’homme, quel qu’il soit, de sa conception à sa mort, n’est pas un déchet soumis au froid dogmatisme des lois. Les chrétiens sont mieux placés pour faire émerger cette prise de conscience et opérer cette « sortie », parce que la résurrection du Christ les a fait sortir du tombeau de l’argent et entrer dans l’éternel foyer de l’amour.

 

accordeon Homélie pour le Jeudi Saint 2014

Je porte en moi une question que je voudrais partager avec vous. D’autres peut-être, dans notre assemblée, la portent aussi, et probablement que nous la portons tous plus ou moins consciemment au profond de nous-mêmes : Comment faire pour dire à quelqu’un qu’on l’aime ? Va-t-on lui dire spontanément presque sans réfléchir, ou au contraire va-t-on prendre son temps et chercher le meilleur moment et la meilleure manière de lui faire cet aveu ? Va-t-on lui dire notre amour avec des mots, de vive voix, ou bien va-t-on lui écrire ? Ou bien encore, va-t-on envoyer quelqu’un pour le lui dire ?... Comment faire ? Comment s’y prendre ?...

Peut-être on préférera ne rien dire du tout, car c’est tellement difficile de dire à quelqu’un : « je vous aime » ! Plutôt que des mots, on choisira alors des actes, des gestes, une manière d’être où l’amour pourra se dévoiler mieux encore ! On montrera de l’attention ; et plus que de l’attention, du dévouement ; et plus que du dévouement, de la tendresse ; et plus que de la tendresse, de la compassion… Si l’on aime vraiment, on ira jusqu’au bout d’une tendre compassion, sans jamais être à court de mots ou des gestes ! L’Amour est le plus grand moteur de la création, l’innovateur le plus génial pour trouver les bonnes solutions ! Personne ne dira le contraire ! C’est Lui que nous célébrons ce soir : l’Amour présent au milieu de nous, l’Amour en actes et en vérité.

Que fait Jésus, ce soir, lui que le Père a envoyé pour dire au monde l’amour qu’il lui voue de toute éternité ? Il fait du nouveau avec des gestes et des mots, du nouveau qui s’appelle la « Nouvelle et Eternelle Alliance » de Dieu avec l’humanité. Une Alliance que plus rien ne peut briser. Une Alliance « une fois pour toutes ». Une Alliance pour toujours.

Quelle est la matière de cette Alliance ? Du pain et du vin, fruits de la terre et du travail des hommes, autrement dit la nourriture de base, la boisson commune qui assurent la vie des hommes. Il les prend dans ses mains en disant : « Prenez et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous. Buvez-en tous : ceci est mon sang versé pour vous et pour la multitude ». Jésus prend donc sa vie en mains et il la donne. C’est plus que du pain qu’il nous donne, c’est son Corps qui est, nous le croyons, le Pain de la Vie. C’est plus que du vin qu’il nous donne, c’est son Sang qui est, nous le croyons, le Vin du Royaume éternel.

Voilà comment l’amour de Dieu pour nous s’est manifesté au dernier soir de sa vie. Par des gestes et des paroles que nous appelons l’eucharistie. Notre Dieu ne serait pas l’Amour s’il n’était pas un Dieu « pour nous », « pour nous jusqu’au bout ». Pas seulement pour nous quand tout va bien, mais pour nous aussi et plus encore quand tout va mal, quand on vit un échec, quand on vit une trahison, quand on vit dans le péché, quand la maladie nous emporte ou quand la peur nous paralyse. Jésus le dit clairement : « Ceci est mon corps livré pour vous ». Son corps n’est pas un corps pour lui, c’est un corps « pour nous », livré pour nous les hommes et pour notre salut ; son sang ne coule pas dans ses artères pour d’autres que pour nous, pour être versé pour nous et pour la multitude en rémission des péchés.

Comme l’a dit merveilleusement Maurice Zundel : « Dieu est un triple foyer d’éternel altruisme ». Jésus, ce soir, le manifeste dans la pleine lumière de ses gestes et de ses paroles. En son unique personne, il manifeste que l’Amour qui est Dieu est tout entier pour l’Homme, pour la promotion de l’Homme, et que l’Amour qui s’est fait Homme est tout entier pour la gloire de Dieu. S’il en est ainsi du Dieu véritable et de l’Homme véritable qu’est Jésus, le critère de l’authenticité évangélique d’une vie chrétienne, que nous soyons prêtre ou laïc, dans le mariage ou dans la vie religieuse, c’est évidemment le « pour l’autre » qui se manifeste dans nos vies.

Notre question de départ trouve alors sa véritable solution. La seule manière de dire à quelqu’un « je vous aime », que ce soit avec des mots ou avec des gestes, ou les deux ensemble comme dans un sacrement, c’est de faire de toute notre vie une offrande, un don pour l’autre, un don que l’on ne reprend pas, qui va jusqu’au bout dans la bonne ou la mauvaise fortune. L’eucharistie en est la forme la plus parfaite, la plus achevée. Jésus y joint le lavement des pieds comme pour éviter qu’on en reste à une eucharistie de surface, à une célébration peut-être magnifique dans sa forme mais sans foi et sans âme. La réalité de notre participation à l’eucharistie doit se vérifier dans le vécu du commandement de l’amour.

Si tu communies au Corps et au Sang du Christ, tu t’engages forcément à traiter la chair de ton frère avec autant de soin que le Seigneur qui a lavé les pieds de ses disciples. Si tu communies au Corps et au Sang du Christ, les mauvais traitements infligés en ce monde à quiconque a figure d’homme, de femme ou d’enfant devraient susciter ta douleur et ton indignation. Si tu communies au Corps et au Sang du Christ, tu entres dans la condition du Seigneur qui est venu non pas pour être servi mais pour servir et donner sa vie.

 

accordeon Homélie pour l'Annonciation 2014

 

Nous avons ouvert cette fête de l'Annonciation hier aux Vêpres en commençant par nous adresser, tout éblouis, à la Vierge Marie. Bénie sois-tu Toi qui ravis le cœur de Dieu !

Et pourquoi l'acclamons-nous ainsi ? Parce que l'ultime étape de l'Exode que nous revivons dans ce carême, la voilà franchie. Toute notre préparation du carême n'est-elle pas pour nous ouvrir le cœur aux appels de Dieu qui veut faire en nous sa demeure ? Et voilà Marie qui reçoit l'appel de Dieu comme une terre la semence. Elle l'accueille et s'offre toute entière à l'espérance nouvelle.

L'Esprit-Saint viendra sur toi, la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre.

Avec le OUI de Marie, commence à poindre l'aurore de notre salut. A notre grand bonheur, Marie répond :

"Je suis la Mère de l'Amour. Venez à moi, vous qui me désirez, rassasiez-vous de mon fruit."

Nicolas Cabasilas nous l'a rappelé cette nuit : "Lorsque vint le moment où parut celui qui apportait l'annonce, elle crut, fit confiance et accepta le service... La volonté de Dieu sur nous n'aurait pas pu passer en acte si la Vierge n'avait pas cru et acquiescé... Dès que l'ange l'eut persuadée, tout l'œuvre de Dieu se réalisa aussitôt : Dieu revêtit l'homme et la Vierge devint Mère de son Créateur."

Dieu revêtit l'homme : mystère de l'Incarnation qui trouve son commencement au jour de l'Annonciation. Mystère qui nous plonge dans l'adoration de Dieu qui vient à nous.

Par Marie, la terre s'est ouverte à la divine semence.

Le mystère de l'Incarnation, c'est bien ce qui change notre vision de l'homme : Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. En tout homme se cache et se dévoile le visage de Dieu. N'est-ce pas là la raison profonde de notre respect de l'homme ? L'immense respect que nous avons pour l'homme, depuis sa conception jusqu'à sa mort ne trouve-t-il pas ici sa source ? La qualité des relations humaines que nous voulons avoir avec les autres n'est-elle pas le signe que, dans l'autre, nous recherchons et respectons le visage de Dieu ?

Dans l'autre, nous adorons Dieu. C'est bien ce qui nous permet d'accueillir l'autre avec le respect dû à une personne et cela doit se sentir. Et cela se sent d'ailleurs : n'est-ce pas la raison pour laquelle tant de personnes viennent ici en se sentant respectées dans leur différence, dans leur indigence peut-être, qu'ils soient nantis ou clochards ? Je pense à tous ceux et celles qui viennent épancher leurs difficultés et qu'une oreille et un cœur attentifs accueillent.

Aujourd'hui nous nous rappelons que la venue de Jésus s'est faite en passant par le OUI de Marie. Que l'Esprit-Saint qui a fait d'elle la Mère de Dieu nous habite et nous ouvre aux appels de Dieu sur nous.

 

accordeon Homélie pour le 5ème dimanche ordinaire année A 2014

 

"Vous êtes le sel de la terre, nous dit Jésus. Vous êtes la lumière du monde." Ces images que Jésus emploie sont faciles à comprendre, mais qu'en faisons-nous ?

Si nous nous regardons, avons-nous vraiment l'impression d'être sel, d'être lumière ? Qu'est-ce que ça veut dire dans notre vie de tous les jours ?

Le sel, ça sert à donner du goût et puis aussi à conserver. Ce n'est pas à des moines qui fabriquent du fromage qu'il faut apprendre cela. On fabrique une saumure qui est une eau à saturation de sel et on trempe les fromages dedans pour leur donner du goût et permettre à la croûte de se former. Et au cours de l'affinage, on frotte soigneusement les fromages avec du sel.

Qu'est-ce qui va nous permettre, dans notre vie chrétienne, d'être sel de la terre ? Comment, dans notre vie, allons-nous nous laisser affiner par Dieu ? N'est-ce pas en revivifiant sans cesse la grâce de notre baptême, en allant sans cesse à la source de la Parole de Dieu ? Ce qui fait que nous sommes chrétiens, n'est-ce pas notre foi au Christ Ressuscité ? Si je regarde ma vie, quelle place tient le Christ Ressuscité ? Suis-je en relation fréquente, ou même constante avec lui, ou bien n'est-ce qu'une idée comme une autre ?

Nous ne voulons pas d'une vie insipide, sans sel et sans saveur. Et la joie du Christ Ressuscité, nous voulons la communiquer aux autres.

Nous sommes la lumière du monde, nous dit Jésus. Vrai ou faux ?

Tu veux être lumière ? Alors, partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Le prophète Isaïe nous avait déjà donné la réponse. Vous avez remarqué les verbes employés ? "Partage, recueille chez toi, couvre le malheureux, ne fuie pas ton semblable." Autrement dit, pour que ta lumière jaillisse ouvre ton cœur et tes forces aux autres. On est à l'opposé de la vie bien tranquille, repliée sur elle-même.

Et cette affaire de lampe qu'on ne met pas sous le boisseau mais sur le lampadaire : de quoi s'agit-il ? Tout simplement de la lampe à huile ! C'est une scène de la vie quotidienne qui est évidente pour les auditeurs de Jésus. La lampe à huile est la seule source de lumière, au temps de Jésus. Et pour qu'elle ne s'encrasse pas dans la poussière de Palestine, quand on l'éteint, on la recouvre d'un pot, d'un boisseau, pour la protéger de la poussière. Personne n'aurait l'idée d'allumer la lampe puis de la recouvrir d'un pot. La lampe allumée, elle est faite pour être sur le lampadaire et éclairer toute la maison.

Et toi, chrétien, qui as été illuminé par ton baptême, que fais-tu de cette lumière ? Tu la recouvres d'un pot ou tu la fait briller haute et claire pour tout le monde ?

Nous voici donc, c'est Jésus qui nous l'a dit, sel et lumière. Mais est-ce possible pour nous ? Difficile de répondre. Nous avons plus l'expérience de nos

faiblesses que de notre force. Pour nous c'est impossible, mais tout est possible à Dieu. N'avons-nous pas à faire l'expérience de St Paul ? Faible, craintif, tout tremblant, il a laissé exploser en lui la puissance de Dieu.

Que le Christ ressuscité nous illumine, nous serons alors lumière pour notre monde qui a tellement besoin d'aurore. Que le goût de Dieu nous habite, nous serons alors sel pour notre terre qui se complait tellement souvent dans les querelles de bas étage.

Christ est ressuscité. Ma Joie !

 

 

accordeon Homélie pour la Présentation du Seigneur 2014

La fête d’aujourd’hui est très ancienne et elle a reçu plusieurs noms. Longtemps, on l’a appelée « fête de la purification de la Vierge Marie ». Depuis Vatican II, avec la révision du calendrier liturgique, on l’appelle « fête de la présentation du Seigneur ». Un autre nom, très répandu et peut-être le plus populaire lui a été donnée : c’est « la chandeleur », parce que, comme vous l’avez vu, on célèbre la fête en portant des chandelles (= des cierges), comme le vieillard Syméon a dans ses bras Jésus, la lumière qui éclaire les nations. Mais je voudrais m’arrêter plus longuement à un autre nom qui a été donné à cette fête, un nom qui vient des Églises d’Orient. Là, on l’appelle « fête de la rencontre ». C’est un nom qui pourrait convenir à bien d’autres fêtes, chrétiennes… ou non chrétiennes. Nous sommes si souvent en situation de « rencontre » ! Ne sommes-nous pas constitués dans notre être profond pour vivre la Rencontre, pour vivre des rencontres ? Regardons l’évangile : La visite des bergers à la crèche, n’a-t-elle pas été pour eux une rencontre inoubliable ?

Pareillement pour les mages marchant à la rencontre du Roi dont l’étoile était le signe ! Quelle rencontre inoubliable aussi entre Marie et sa cousine Élisabeth  le jour de la visitation ! Et combien de fois, dans l’évangile, nous voyons Jésus en situation de rencontre ! Rencontres heureuses ou pénibles. Rencontres avec les foules ou en petit comité avec les apôtres. Rencontres seul à seul avec un homme (Nicodème) ou avec une femme (la samaritaine). Rencontres avec les malades ou les bien- portants. Rencontres avec des politiques (Pilate, Hérode) ou des bandits comme à la croix. Et même quand Jésus se retire seul dans la montagne pour prier, n’est-il pas en situation de rencontre ? N’est-ce pas pour lui la rencontre suprême, la plus réconfortante, la plus heureuse, avec Celui qui est son « Abba », son Père chéri et béni, Celui qu’il ne quitte jamais sinon pour se laisser envoyer au-devant des brebis qui l’attendent ?Alors pourquoi appelle-t-on « Rencontre » la fête d’aujourd’hui ? Qu’a-t-elle de si particulier que n’ont pas les autres rencontres de Jésus ? Si on était au catéchisme, je m’arrêterais pour vous laisser réfléchir, mais là je suis obligé de vous aider un peu, d’autant qu’on nous a rappelé dernièrement en communauté qu’une bonne homélie ne devrait pas dépasser 7 minutes !

Ce qui est particulier dans la rencontre que Jésus fait aujourd’hui, c’est qu’elle est sa première sortie officielle, publique. On est venu le voir (les bergers, les mages), mais là c’est lui qui se déplace et qui va au-devant de ceux qui l’attendent. Porté par Marie et Joseph, il vient pour la première fois à Jérusalem, la ville sainte, et pas n’importe où dans Jérusalem : dans le Temple. Première sortie officielle de Jésus. Première montée à Jérusalem. Première entrée dans le Temple. « Il entre dans le Temple le Seigneur que vous cherchez, le messager de l’Alliance que vous désirez ». Le Temple, c’est la Maison de Dieu, la Maison de prière pour tous les peuples, la Maison où le culte qui plaît à Dieu lui est rendu jour et nuit en présence des anges. Et là, qui rencontre-t-il ? Deux vieillards : un homme et une femme. Un homme juste et religieux, Syméon. Il attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. « L’Esprit lui avait révélé qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie du Seigneur ». Et il rencontre une vieille femme, Anne, demeurée veuve après sept ans de mariage, et qui avait atteint l’âge de 84 ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.

Par-delà le côté touchant de cette scène évangélique, il s’en dégage un niveau de profondeur qui fait de cette rencontre le modèle de toute rencontre réussie. Qui en est l’agent principal ? C’est Dieu ! Père, Fils, et Saint Esprit. Le Père que le Fils vient honorer dans son Temple, et l’Esprit qui oeuvre en chacun de ceux qui se rencontrent, les jeunes (Marie et Joseph), et les vieux (Syméon et Anne). Ils se rencontrent chez Dieu et en Dieu, et ils s’ouvrent ensemble au mystérieux dessein de Dieu sur leur vie et sur la vie du monde : « ton fils provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée ». Puisque cette fête est la fête de la vie consacrée, je voudrais inviter ceux et celles d’entre nous qui sont religieux ou religieuses à se poser quelques questions en rapport avec l’évangile de la présentation du Seigneur au Temple : Un jour, après un temps de discernement plus ou moins long, j’ai fait au Seigneur l’offrande de toute ma vie. Est-ce qu’aujourd’hui, après 10, 20, 50, 70 ans de vie religieuse, je crois encore à la valeur de cette offrande, quelles qu’aient été par ailleurs le poids mes lâchetés ? C’est si grand une vie consacrée !

Aujourd’hui je peux renouveler mon offrande dans l’offrande même de Jésus! Il n’y a pas de vie consacrée sans appartenance à une communauté fraternelle. Dans ma communauté, est-ce que je suis quelqu’un de facile à rencontrer ou pas ? Est-ce que suis facilement abordable ? Est-ce que je vais volontiers à la rencontre de mes frères (ou de mes sœurs) ou est-ce que j’ai plutôt tendance à fuir toute rencontre avec eux ? Chose étonnante dans l’évangile de la présentation : Jésus, la Parole faite chair, ne parle pas, et pourtant il facilite la rencontre entre les jeunes et les vieux. Est-ce que, par ma manière d’être, je suis un facilitateur de rencontres ou un obstacle ? Est-ce que j’aime venir au Temple, à l’église, à l’oratoire où, sur l’autel, j’ai déposé et signé ma charte de profession monastique ? Mes rencontres cœur à cœur avec Dieu, ou corps à corps avec mes frères dans la liturgie, sont-elles de la mécanique sans âme, ou au contraire les grands moments de ma vie où tout s’éclaire à la lumière du Christ et respire au souffle de l’Esprit ?

 

 

accordeon Homélie pour l’Épiphanie 2014

A quoi servirait que naisse le Messie si cela ne concernait que Bethléem ou Jérusalem ? Ceux qui veulent suivre les naissances royales ont des journaux spécialisés pour ça. A quoi servirait que naisse le Messie si cela ne concernait que le seul peuple juif ? Les « contes et légendes », les histoires pour la veillée racontent des récits plus ou moins mythiques sur les origines de chaque peuple.

A quoi servirait que naisse le Messie si cela ne concernait que Dieu ? Une manifestation de l’Homme à lui-même s’y trouve donc : Il est tout petit, tout reçu, tout dépendant de Dieu qui lui donne vie de ceux qui l’entourent le gardent en vie et l’humanisent. C’est Marie et Joseph, les bergers et les voisins, les mages qui le reconnaissent dans son humanité. C’est Hérode qui le fait roi, en cherchant sa mort, déjà, en craignant pour son pouvoir ! Pour que prenne sens cette naissance de Dieu fait Homme avec nous, il faut que cela concerne toute la terre, tout l’univers, toute la Création, chaque peuple, chaque homme et chaque femme : qu’Il naisse comme le Christ « pour la multitude ». C’est cela que manifestent les trois Mages. Alors c’est vraiment la Bonne Nouvelle : le Royaume de Dieu déjà là, en germe.

L’Epiphanie est à Noël ce que la Pentecôte est à Pâques : ce qui est déjà réalisé devient manifeste et bouleverse radicalement le monde.

A Pâques le petit cercle des disciples s’est réjoui d’apparition en apparition que l’impossible devienne réalité : la mort est vaincue. A Noël, la stérilité de la vierge est devenue lumineuse fécondité. A l’Epiphanie, même les hommes du lointain Orient sont venus adorer et avec eux nous tous.

De l’Ascension à la Pentecôte, au Cénacle, dans la contemplation de la chambre haute s’est tissé la communauté fragilisée par la mort, la désertion de Judas, l’absence du douzième apôtre. A Noël, puis au cœur de la Sainte Famille s’est tissée selon la Loi, l’éducation d’un petit d’Homme pour qu’il croisse en taille, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les Hommes.

Comme il n’est pas de Pâque sans Vendredi Saint ni de Pentecôte sans persécutions, il n’est pas de Noël sans Saints Innocents ni d’Epiphanie sans fuite en Egypte. C’est comme l’ombre qui souligne les yeux, le terreau où la plante prend racine.

Jésus ne vient pas faire du tourisme en Terre Sainte. Il vient comme envoyé du Père. Sa naissance vient Le révéler.

En voici quelques Béatitudes :

Il se manifeste pauvre : Il nait au plus bas, dans une mangeoire, pas vraiment comme un homme ... et Il mourra comme un esclave. (Ph. 2, 7-8). Sa cour est constituée de bergers, exclus de la bonne société religieuse (car ne pratiquant pas le repos du Sabbat) et de Mages païens, plus éloignés encore des gens « comme il faut »… Et il leur offre le salut en leur révélant la Gloire de Dieu dans le chant des anges et la Lumière d’une Etoile. Pauvre, il est accessible à tous quelle que soit leur condition, au prix d’un brin d’humilité. Pauvre, il est objet d’aide des voisins pour rendre ses premières heures moins dures.Serait-il né dans un palais il aurait été inaccessible au plus grand nombre. Pauvre Il accueille trois puissants étrangers, païens qui ont d’assez bons moyens pour s’offrir un long voyage et gagner l’accès à une cour royale. La pauvreté du Christ est un moyen d’accès non un choix d’exclusion.

Il se manifeste Doux comme un enfant à la naissance, attendrissant en sa faiblesse … et Il pardonnera à ses bourreaux. (Lc 23, 33) après s’être tu dans la Passion, muet comme un agneau (Ac 8, 22).

Il se manifeste Affamé comme sait l’être un tout petit en attendant de trouver sa nourriture dans la Parole de Dieu comme au désert et la rencontre évangélisatrice comme à Sychar avec la Samaritaine et assoiffé du lait de Marie avant de l’être sur la Croix, dernier appel avant de devenir Fleuve d’Eau Vive. (Jn 19, 28 ; 7, 38). Il nait à Bethléem, Maison du Pain pour devenir notre Pain Rompu. La mangeoire y prend tout son sens.

Il se manifeste Persécuté Ses parents sont déplacés pour le recensement avant qu’ils ne deviennent des réfugiés politiques en Egypte puis se réfugier à Nazareth au point que cette ville le définira jusqu’à la Croix, mauvaise réputation comprise. (Mt 2, 13-23 ; Jn 19, 19)

Il manifeste ce qu’un tout petit peut vivre des Béatitudes, comme dans un avant-goût de ce qu’il manifestera en mots quand la parole faite Chair parlera et s’incarnera en actes dans son ministère.

Il se manifeste dans les présents reçus :

L’or, il le purifiera en une royauté nouvelle qui n’est pas de ce monde et qui ne défend pas ses intérêts par le glaive. Cet or, donné, nous pouvons sans peine le relier au respect dû aux autorités, à l’obéissance mutuelle dans un couple ou hiérarchique et mutuelle dans une communauté monastique.

L’encens, il tournera nos prières vers Son Père et Notre Père et s’offrira lui-même pour le salut de la Multitude. Cet encens offert, nous pouvons sans peine le relier au culte divin auquel le moine ne doit rien préférer et donc au vœu de conversion qui est en est le fruit attendu.

La Myrrhe, il accepte ce signe prophétique de la souffrance et le gage d’éternité qu’elle donne d’espérer (car elle sert à l’embaumement). Elle permet la cohésion et donc d’éviter la désagrégation. Nous pouvons sans peine le relier au vœu de fidélité du mariage et de stabilité de la vie monastique.

Merci Seigneur Jésus de t’être manifesté pour la Multitude et donc pour chacun de nous. C’est pourquoi nous t’offrons nos vies en présents, hosties vivantes que tu transfigureras en Ton Corps et Sang. (Rm 12, 1) Amen.

 

 

accordeon Homélie pour la messe de minuit : Noël 2013

NOËL 2013

Chers frères et sœurs,

Combien de fois, en ce temps de préparation à Noël, nous avons dit et redit, chanté et rechanté ce verset du psaume : « Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut ». Eh bien, en cette nuit de Noël, par-delà toute attente, le Seigneur que nous avons prié et supplié se donne à voir. Il nous montre son amour et nous donne son salut. Celui que tant de prophètes ont désiré voir – le Très Haut, le Très Saint, le Dieu de gloire et de majesté – se montre à toute notre humanité. Comment ? Dans l’ostensoir de la crèche. Là, un nouveau-né est emmailloté et couché dans une mangeoire. Ce petit bébé qui ne dit rien, qui est tout entier à la merci de son entourage, tout entier dépendant des gestes et de l’attention de sa maman, la Vierge Marie, et de saint Joseph, c’est Dieu, c’est le Fils du Dieu vivant, le Fils unique du Père éternel, engendré avant l’aurore des siècles. C’est notre Créateur et notre Sauveur. Nous t’adorons, Seigneur Jésus.

Regardons bien ce bébé, frères et sœurs. Il est semblable à tous les bébés du monde. Comme eux, il est le signe et le fruit d’un amour. Par contre, ce qu’on ne peut dire d’aucun bébé du monde, on doit le dire de lui : il n’est pas le signe et le fruit d’un amour humain, il est le signe et le fruit de l’Amour divin. Nous avons supplié le Seigneur de nous montrer son amour, de nous donner son salut : eh bien, le voilà tout entier livré à notre contemplation en cette nuit de Noël. Nous t’adorons, Seigneur Jésus.

L’amour de Dieu, c’est donc ça ? Oui, c’est ce bébé, ce visage là, ce premier visage de Dieu sur la terre des hommes. Visage d’enfant qui va grandir, devenir adolescent, puis homme. Visage resplendissant de grâce et de vérité qui, un jour, dans sa Passion, sera couronné d’épines avant d’être couronné de gloire et d’honneur dans sa Résurrection. Visage du Dieu fait homme, du Verbe fait chair. Visage de l’Amour enveloppé de silence aux siècles éternels qui, aujourd’hui, vit son premier jour sur notre terre.

Que dire encore du Visage de l’amour divin qui se révèle à nous en cette nuit de Noël ? Regardons bien ! Ce n’est pas un amour qui s’impose. Le vrai Dieu ne s’impose pas. L’amour véritable ne s’impose pas. Il se propose, c’est tout. Et d’ailleurs, un bébé, comment pourrait-il s’imposer ? On peut en faire n’importe quoi ! Mais ça finit par être embarrassant quelqu’un qui ne s’impose pas ! Ni par le prestige, ni par l’argent, ni par la force ! Celui qui ne s’impose pas, a-t-il sa place dans notre monde ? Trouvera-t-il où reposer la tête ? Ne risque-t-il pas d’être purement et simplement éliminé parce qu’il est de trop et qu’il dérange ? Pourquoi se fatiguer pour quelqu’un dont on ne tire aucun avantage ? Un bébé, c’est gênant ; un malade, c’est gênant ; un vieillard, c’est gênant ; c’est gênant toute cette population improductive qui finit par peser lourd sur nos sociétés et leur coûter cher. Quelles solutions pourrait-on bien trouver pour que nos modes de vie n’en soient pas encombrés ? Il ne manque pas de champions, aujourd’hui comme au temps de Jésus, pour sortir des rangs et provoquer les troupes du Dieu vivant, notre Eglise, nos Eglises, et disons-le franchement les chrétiens. Sous le couvert de législations habiles, apparemment pleines d’humanité, on se dispose à venir à bout de cette gêne, et beaucoup se laissent convaincre… et tombent sous le charme de législations empoisonnées.

A Noël commence le grand combat où le Fils de David, ce petit enfant qui nous est donné, vient briser tous les jougs de ces champions cuirassés de mort. Par sa vie et par sa mort, par sa résurrection et son ascension glorieuse, il vient réduire à rien tous ceux qui cherchent à s’imposer autrement que par l’amour. « Toutes les chaussures des soldats qui piétinent bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés ». Jésus ne s’impose que par l’amour, et son amour est invincible. Seigneur Jésus, nous t’adorons.

Chers frères et sœurs, je voudrais finir cette homélie par un rêve. Un rêve qui, à Noël, devient réalité : tout à l’heure, en regardant la carte du monde, je me trouvais comme un enfant qui regarde les nuages et qui trouve à chacun une forme particulière. Chaque pays, sur la grande carte du monde, a une forme particulière. L’Italie ressemble à une botte, le Japon s’étire comme un fin quartier de lune, l’Australie a la profil d’un fox à poil dur, la Norvège avec tous ses fjords a le dos échancré, le Portugal se dresse comme la colonne d’un temple, le Cameroun est un peu en forme de croix ou de trèfle aux bras disloqués, la République démocratique du Congo est un trône au cœur de l’Afrique, la Belgique se pose sur l’épaule de la France comme un petit oiseau prêt à s’envoler…et la France là-dedans ? C’est facile à trouver : une étoile hexagonale ! Tout ce monde-là est fait pour s’entendre en se retrouvant à la crèche. Cîteaux veut en être le signe. Dans tout ce monde, il y a des bergers, les ouvriers de l’évangile qui ont entendu le chant des anges et qui se rendent avec joie à Bethléem pour voir le visage de l’amour et recevoir le don du salut. Eh bien, allons-y, nous aussi. Allons voir comment l’amour se propose. Allons voir Celui qui, dès son premier jour, se donne à nous comme une hostie. Goûtons le Pain des Anges et vivons du Pain de la Vie.

 

 

 

accordeon Homélie pour le 2 novembre – année C 2013

 

Sg 2, 23…3, 9 ; 1Jn 4, 7-10 ; Lc 24, 13-35

Beaucoup de gens, ce week end, vont aller dans les cimetières pour se recueillir près des tombes où reposent des êtres chers, nos chers défunts. La plupart n’iront pas les mains vides. Ils apporteront des fleurs. Le langage populaire dit qu’ils iront fleurir leurs tombes. Un geste qui veut dire : nous pensons à toi, nous t’avons aimé et nous t’aimons encore, on espère bien te revoir, ne nous oublie pas !

Nous aussi, en début d’après-midi, nous irons en procession au petit cimetière de la communauté pour dire à nos frères – et à Sr Jeanine qui a été enterrée là cette année : nous nous souvenons de vous et nous vous aimons, nous espérons vous revoir, ne nous oubliez pas ! Nous n’irons pas avec des fleurs – ça, c’est l’affaire de Frère Michel et du noviciat qui, ces temps-ci, fait du ménage au cimetière ! – mais nous irons avec des chants. Et surtout nous irons avec le Seigneur et en chantant le Seigneur : Seigneur, qu’il est précieux ton amour, en toi est la source de la vie !

Ah, si seulement tous ces gens qui vont au cimetière ces jours-ci se savaient rejoints comme les pèlerins sur la route d’Emmaüs par Quelqu’un qui marche avec eux ! Nous parlions de Lui hier en la fête de la Toussaint, et nous disions : c’est quelqu’un qui ne se confond pas avec les circonstances mais qui les éclaire toutes de l’intérieur par sa mort et sa résurrection. Il est le centre, le Cœur du monde dont le Sang impulse tout ce qui vit et respire au ciel et sur la terre. Seigneur, qu’il est précieux ton amour, en toi est la source de la vie !

Nous n’irons pas au cimetière avec un visage triste puisque Jésus nous a rejoints sur la route et que nous allons le reconnaître à la fraction du pain. Et puis, quel plaisir nos frères et sœurs défunts auraient-ils à nous voir avec un visage triste, alors qu’eux aussi ont l’assurance que Jésus est ressuscité ? Et ils en ont le cœur brûlant ! Les nôtres seraient-ils froids ou tièdes ? Ils accepteront nos chants ou nos chrysantèmes d’autant plus volontiers que nous les porterons pleins de foi et d’espérance en Jésus ressuscité.

Allons donc visiter nos chers défunts, comme les pèlerins d’Emmaüs de retour à Jérusalem, avec des yeux qui ont vu, des oreilles qui ont entendu, un cœur enflammé par l’amour de Jésus, et réjouissons-nous avec eux, comme les pèlerins d’Emmaüs avec les Apôtres, car "c’est vrai : le Seigneur est ressuscité !"

 

 

accordeon Homélie pour la Toussaint – année C 2013

 

TOUSSAINT  2013

À la joie, je t’invite. C’est le titre d’un livre qu’on nous lit en ce moment au réfectoire.

À la joie, je t’invite. Ne pensez-vous pas qu’on pourrait donner ce titre à l’évangile que nous venons d’entendre ? Jésus gravit la montagne, il s’assied, avec ses disciples autour de lui, et une grande foule qui est venue l’entendre. Et voilà que sortent de sa bouche des mots qui viennent du profond de son cœur : Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux ! Heureux les doux, ils recevront la terre en héritage ! Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ! Et il continue à dérouler cette annonce de bonheur, à déverser les grandes eaux du ciel comme des vagues qui, l’une après l’autre, viennent tantôt saluer, tantôt s’écraser, tantôt éclabousser la terre et ses habitants ! Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux!

La Toussaint, c’est donc une fête où la joie du ciel déborde sur la terre, une fête où le monde entier s’entend dire de la bouche du Très Haut : À la joie, je t’invite. Un jour comme celui-ci, il peut être bon de se demander : suis-je heureux ? Suis-je vraiment heureux ? Et pourquoi ? C’est la question que j’ai posé tout récemment à plusieurs moines d’un monastère que je visitais. Est-ce que tu es heureux et pourquoi ? Ce n’est pas une question piège ! D’ailleurs, c’est la question que saint Benoît, dans sa Règle, pose au candidat à la vie monastique : "veux-tu voir des jours heureux ?" Si oui, alors, essaie cette toute petite règle de vie, ce chemin que je te propose pour vivre de l’évangile ! À la joie, je t’invite !

Es-tu vraiment heureux ? En posant une telle question, il ne s’agit pas bien sûr de méconnaître ce qui fait la pâte de ma vie aujourd’hui. Si je suis malade ou si j’ai perdu un être cher, j’en suis forcément affecté, et ça sonnerait faux de  répondre comme si rien n’était : "bien sûr que je suis heureux !" Mais par ailleurs, si je suis en bonne santé ou que j’ai le plaisir de vivre un grand amour ou une grande amitié, est-ce que ça sonne forcément juste de dire : "bien sûr, je suis heureux !" ?

Car la véritable question est celle-ci : De quel bonheur parlons-nous ?

Pour comprendre le bonheur dont parle Jésus et pour en vivre, il faut bien distinguer ce qui fait notre vie profonde et ce qui en est la surface. A ce niveau, il n’est pas sûr que le bien portant soit plus heureux que le malade, il n’est pas sûr que la personne en deuil soit moins heureuse que la jeune mariée. Le bonheur auquel Jésus invite ne se confond pas avec les circonstances de notre vie présente. Le propre des circonstances, c’est d’être autour d’un centre, et donc de changer tandis que le centre demeure immuable : aujourd’hui, je suis malade, demain je serai bien portant ; aujourd’hui, j’ai un travail qui m’intéresse, demain, qui sait ? je serai peut-être au chômage ; aujourd’hui, tout le monde m’applaudit, mais demain la foule peut se retourner contre moi ! Combien de politiques, combien de stars sont tout à coup malheureux de ne plus être réélus ou ovationnés ? Que valait donc leur bonheur au temps de leur gloire ? Pas plus cher que l’herbe qui fleurit et qui demain se fane !

À l’inverse, le bonheur que Jésus annonce sur la montagne reste intact, quelles que soient les circonstances. Que l’on soit dans les roses ou dans les ronces, il est là, toujours là, comme la sève qui donne vie tantôt à la rose et tantôt à la ronce ! Qui ne sait d’ailleurs que les plus belles roses, celles qui ne sont pas artificielles et dont le parfum est le plus exquis, ont des épines ? Qui ne se griffe aux ronces les plus méchantes sans y trouver quelque part, cachée dans le fourré d’épines, des mûres ou des roses que l’on dit sauvages mais qui implorent notre pardon ?

Le bonheur que Jésus annonce ne dépend ni des roses ni des épines. Il est intact, ce qui ne veut pas dire qu’il est insensible. Il est pauvre, ce qui ne veut pas dire qu’il est incapable de combler, sinon le grand saint Paul n’aurait jamais dit en parlant de lui et des apôtres : on nous prend pour des pauvres, nous qui faisons tant de riches, pour des gens qui n’ont rien, nous qui possédons tout. Le bonheur que Jésus nous propose est plein de douceur, ce qui ne veut pas dire qu’il est dépourvu de force. C’est un bonheur qui pleure avec ceux qui pleurent, qui lutte sans relâche contre toute forme d’injustice, qui pardonne à qui nous offense, qui choisit la rude pureté de l’âme et du corps au lieu de la pornographie facile et à bon marché, qui œuvre inlassablement pour la paix là où la guerre n’en finit pas.

Chers frères et sœurs, vous l’avez compris, ce bonheur que personne ne peut nous ravir, ne vient pas de cette terre, il ne vient pas de notre monde, il ne s’achète pas avec l’or du monde. Ce n’est pas un bien que l’on possède, c’est Quelqu’un. Dieu, mon bonheur et ma joie ! chante le psalmiste, et il ajoute : je n’ai pas d’autre bonheur que toi !

Amen, Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! chantent les anges qui se tiennent en cercle devant le Trône de Dieu. Et une foule immense leur répond d’une voix forte : Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! Et nous qui sommes encore sur la terre, nous nous joignons réellement à cette foule en chantant dans notre eucharistie : À toi, le règne, à toi, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles ! Amen !

 

 

accordeon Homélie pour l'Assomption – année C 2013

 

ASSOMPTION  2013

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, il y a une parole qui mérite qu’on s’y arrête très spécialement en cette Année de la Foi. C’est ce qu’ Elisabeth, remplie de l’Esprit Saint, dit à Marie d’une voix forte : Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.

Heureuse celle qui a cru ! La béatitude de la foi ! Hier soir, à la messe de la vigile de l’Assomption, l’évangile rapportait aussi une béatitude qui était aussi prononcée par une femme à l’adresse de Marie, la Mère de Jésus. Une femme dont on ignore le nom, qui s’écrie : Heureuse la mère qui t’a porté dans ses entrailles, et qui t’a nourri de son lait ! Il n’y a qu’une femme qui peut dire une chose pareille, et une femme qui a eu la joie d’être maman. Nous, pauvres hommes, nous ne connaissons pas cette joie-là, si belle, si grande ! Jésus, un homme comme nous, a entendu bien sûr ce qui dit la femme. Toute la foule l’a entendu. Comment réagit-il ? Il ne dit pas à la femme qu’elle a tort de dire cela, car il sait très bien que c’est un grand bonheur pour Marie, sa mère, de l’avoir porté dans ses entrailles et nourri de son lait ! Mais sa réponse nous entraîne beaucoup plus loin que ce bonheur passager que Marie a connu pendant quelques mois, et elle nous concerne tous, aussi bien les hommes que les femmes : Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent ! Loin d’être une parole blessante pour sa Mère, c’était un aveu de félicité. Qui a écouté la parole de Dieu avec plus d’attention que Marie ? Qui l’a gardée dans son cœur avec plus d’amour et de soin, avant même l’incarnation ?

Hier, en la messe de la vigile de l’Assomption, l’évangile rapportait donc le bonheur de la femme écoute. Un bonheur qui s’étend à tous ceux et celles qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent, tous ceux et celles qui pratiquent assidument la lectio divina. Aujourd’hui, en la messe du jour de l’Assomption, l’évangile chante le bonheur de la femme qui croit en l’accomplissement des paroles de Dieu. Un bonheur qui s’étend à tous ceux et celles qui croient que la parole de Dieu ne reste pas sans effet et qu’elle ne lui revient pas sans résultat. Hier, joie de l’écoute car Dieu est Amour et c’est l’Amour qui nous parle ! Aujourd’hui, joie de la foi, qui répond à l’Amour d’un cœur libre et généreux : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole.

Cher frère, chère sœur, tu veux croire, toi aussi ? Fais donc comme Marie ! écoute, tends l’oreille de ton cœur, et fais ce que le Psaume ajoute de manière péremptoire : Oublie ton peuple et la maison de ton père. Parole qui semble dure. Comment la comprendre ? Dieu serait-il jaloux de l’affection que nous portons à notre famille, à nos proches, à notre patrie ? Faut-il que je coupe avec toutes mes racines pour que ma foi lui soit agréable et que le Roi du ciel se déclare séduit par ma beauté ? Mais alors, pourquoi Marie, à peine enceinte, court-elle dans sa parenté, rendre visite à sa cousine Elisabeth et rester chez elle environ trois mois ? Elle n’oublie pas son peuple. Elle n’oublie pas qu’elle est fille d’Israël. Elle n’oublie pas la longue lignée à laquelle elle appartient, et son âme exalte le Seigneur. Voyez comme elle le chante : Il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais. Quelle méprise ce serait de concevoir Dieu comme quelqu’un qui confisquerait pour lui seul notre mémoire, notre intelligence et notre cœur ! Celui qui déclare dans la loi de Moïse : Honore ton père et ta mère, et qui fait ce vibrant aveu par la bouche de son prophète : Une mère oublierait-elle son enfant, moi je ne t’oublierai jamais ! peut-il nous demander de faire une croix sèche sur ce qui émeut le plus profond de nos entrailles d’hommes et de femmes ? Dieu aurait-il le cœur plus dur que le nôtre, moins tendre que le nôtre ?

Quel est donc l’oubli que Marie, fille d’Israël, a pratiqué pour que le Roi des Anges s’éprenne à jamais de sa beauté ? C’est l’oubli de tout ce qui nous retient d’avancer et de courir sur la route du Royaume des cieux. C’est le sevrage de tout ce qui empêche la foi de croître. Pour nous, moines, c’est la nourrice de saint Benoît qui nous ligote gentiment dans le paradis de nos affections charnelles. Or, la vie, ce n’est pas derrière, c’est devant ! La foi, c’est devant ! Oubliant ce qui est derrière, je vais droit de l’avant, dit saint Paul. Cîteaux, aujourd’hui, c’est devant ! Ce n’est pas le rêve d’un nouveau jeune Bernard, entré ici il y a 900 ans, qu’il faudrait ressusciter ! Tant mieux s’il y a des vocations, et nous prions pour ! Mais qui ne sait que le grand nombre peut être un piège ? Les véritables aventuriers du bonheur sont ceux de l’écoute de la parole de Dieu et de la foi qui répond : Me voici, Seigneur, pour faire ta volonté !

L’Eglise, aujourd’hui, ce n’est pas derrière, c’est devant, sans la garantie d’une pêche miraculeuse, quelle que soit la forme de nos célébrations, ordinaire ou extraordinaire ! 3 millions de jeunes à Rio : c’est merveilleux, bénissons le Seigneur ! Mais des prêtres, des évêques, des chrétiens enlevés en Syrie, maltraités au Nigéria, persécutés en Inde et ailleurs, est-ce moins merveilleux ? Hommes et femmes qui vont jusqu’au bout de leur foi, comme Marie au pied de la Croix ! Par la foi, elle a fait comme son père Abraham : elle à obéi à l’appel, et elle est partie sans savoir où la conduirait son Fiat. Son point d’appui, c’est le Seigneur dont l’amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Sa force, c’est le bras du Seigneur qui disperse les superbes. Son Dieu, c’est le pourvoyeur des humbles et des affamés. Sa joie, c’est l’humanité entière délivrée des puissances du mal et qui revit dans la résurrection du Christ. Sa gloire, c’est la Trinité Sainte qui l’élève aujourd’hui, avec son corps et son âme, dans la splendeur des cieux.

 

 

accordeon Homélie pour le 15 dimanche ordinaire année C 2013

 

Rien d'étonnant au comportement de ce prêtre et de ce lévite. Remarquez : ils descendent de Jérusalem à Jéricho. Autrement dit : l'un et l'autre ils viennent d'achever leur service au Temple. Et le prêtre que fait-il ? Il médite l'homélie, très remarquable d'ailleurs, qu'il vient de faire sur l'amour de Dieu premier servi.

Quant au lévite qui est un technicien des cérémonies, il passe en revue le rituel : combien de coups d'encensoir faut-il donner quand on approche de l'autel ? (3 fois 5 coups ou 5 fois 3 coups ?) Les chantres ont-ils bien placé leur voix pour chanter le Si bécarre qui se trouve en bas de leur partition ?...

Tellement occupés par leurs fonctions, comment voulez-vous qu'ils pensent à venir en aide à ce blessé qui encombre le chemin ?

Le Samaritain, lui, ce n'est pas un spécialiste religieux, c'est même une espèce hérétique. Mais, nous dit Jésus, "il le vit et fut saisi de pitié." Et plutôt que de passer de l'autre côté, il s'approche du blessé, il le soigne, il le prend en charge comme si c'était lui-même.

Lundi dernier, le Pape François s'est rendu sur la petite île de Lampedusa, située entre la Sicile et la Tunisie. Cette terre italienne reçoit un afflux incessant de migrants qui, au péril de leur vie, cherchent à gagner l'Europe qui ne sait qu'en faire. Cette visite du Pape : une visite de « pleurs pour ceux qui sont morts durant leur voyage vers de meilleures conditions de vie; de solidarité avec tous ceux qui souffrent sur cette route ; de solidarité et d'encouragement pour tous ceux qui s'engagent en vérité à les accueillir et à leur permettre de repartir vers une vie meilleure; d'encouragement très fort pour ceux qui, dans les niveaux de responsabilité, peuvent chercher à créer de meilleures conditions pour que cette nouvelle vie puisse vraiment se réaliser ».

Et le Pape a lancé un appel à tous, à chacun de nous pour ne pas nous laisser aller à la

« mondialisation de l'indifférence » et « l'anesthésie du cœur », qui empêchent de «pleurer» pour celui qui souffre.

En souriant aux réfugiés, en les bénissant, en les embrassant, le Pape les restaure dans la pleine dignité de leur humanité. Et pourquoi fait-il cela ? Parce que Dieu s'est fait homme et que tout homme reflète le visage de Dieu.

Voilà la parabole du Bon Samaritain qui a été mise en œuvre lundi dernier. Et du coup, nous sommes nous aussi interpellés.

Certes je ne suis pas un responsable politique qui peut agir sur les situations mondiales, je ne suis pas non plus du service de la Police aux Frontières ni des douanes pour accueillir ou non des réfugiés.

Mais dans ma vie la plus quotidienne, quelles sont mes attitudes ? Ai-je le cœur assez éveillé pour reconnaître Jésus dans celui qui souffre et qui attend désespérément de l'aide ? Et d'abord est-ce que je le vois ? Suis-je accessible à la pitié envers mon prochain comme l'est le Bon Samaritain ?

Si je n'ai pas de grandes responsabilités dans la conduite du monde, j'ai l'immense responsabilité d'être semeur du Royaume. Si je suis le Bon Samaritain, je suis le Christ qui donne sa vie pour ses brebis. Si je suis le blessé de la vie, je suis encore le Christ qui a souffert sa Passion par amour pour nous et qui appelle au secours. Et la miséricorde que je pratique est une semence jetée en terre qui fait lever la moisson du Royaume des Cieux.

Dans cette Eucharistie, que ta Parole Seigneur ouvre mon cœur à ton amour. Que le Pain de Vie ouvre mes yeux aux détresses que je peux côtoyer : que je te reconnaisse dans celui qui souffre et que je lui apporte un peu de Ta vie.

Amen.

 

 

accordeon Homélie pour la Saint Bernard – année C 2013

9ème centenaire de son entrée à Cîteaux

Les lectures que nous venons d'entendre ont une résonance particulière en cette année du 9e centenaire de l'entrée de Bernard de Fontaine à Cîteaux. A vrai dire, on ne sait pas grand chose de l'enfance et de la jeunesse de Bernard, mais personne ne met en doute que, des 7 enfants de Tescelin et Aleth, Bernard est le seul à faire des études à l'école des

chanoines de Saint-Vorles, à Châtillon-sur-Seine. Il y reçoit une formation littéraire solide qui n'a pu que l'aider à développer des dons naturels qui, à l'évidence, étaient exceptionnels. Plus important encore, on peut affirmer que c'est là, dans cette école de clercs, qu'il commence à prendre goût à la Parole de Dieu écoutée, chantée dans la liturgie, et commentée par les Pères de l'Eglise. Il la mémorise, elle devient sa propre langue, son moyen normal d'exprimer ses idées, ses sentiments, et de laisser s'épancher l'intense vitalité qui l'anime déjà.

Bernard est un « surdoué », d'une richesse humaine réellement extraordinaire, dans les domaines de l'intelligence, de l'affectivité, des talents artistiques. Qu'allait-il devenir ?

Sa famille le destine à la cléricature, et elle le voit déjà à un poste important,... au moins un évêché ! Bernard s'oriente autrement, sans crainte de déconcerter son entourage. Il choisit Cîteaux, ce « nouveau monastère » qui n'était pas inconnu, mais qui faisait alors pâle figure à côté de saint Bénigne de Dijon et surtout de Cluny alors au faîte de sa renommée. Fondé depuis une 15e d'années, Cîteaux se voulait fidèle à la Règle de saint Benoît, en évitant le plus possible les compromis avec l'esprit  mondain. Entrer à Cîteaux ne flattait ni les plaisirs de la chair ni l'orgueil de l'esprit. Bernard décide de faire le pas qui restera celui de toute sa vie. Il a prié, et l'intelligence lui a été donnée. Ce qu'il veut, c'est la ferveur du cœur et la radicalité de l'évangile. Il a supplié, et l'esprit de la Sagesse est venu sur lui. Il l'a préférée aux trônes et aux sceptres, il l'a aimée plus que la santé et la beauté.

Plus tard, avec quelle justesse et quel talent il parlera de la Sagesse du Verbe incarné ! On accourra de loin pour le voir, l'entendre, le toucher ! Mais aujourd'hui, il n'a que 22 / 23 ans et il entre à Cîteaux. Celui que le Seigneur va bientôt mettre sur le lampadaire pour éclairer l'Eglise et l'Europe choisit de disparaître comme le sel dans la pâte. Il trouve à Cîteaux un lieu sûr pour se cacher au plus secret de la face de Dieu, loin des intrigues des hommes. Vous me permettrez de dire ici, peut-être avec un excès d'audace, un refrain que mes frères ont entendu tout au long de ce 9e centenaire : Bernard n'aurait sans doute jamais exercé l'influence que l'on sait s'il n'avait pas reçu à Cîteaux une formation monastique à la mesure de sa personnalité exceptionnelle. Il est un fils de Cîteaux qui doit à sa mère d'avoir été ce qu'il fût ! En ce sens, il est Bernard de Cîteaux avant d'être Bernard de Clairvaux !

Qui donc l'accueille quand il arrive ici ? Une communauté pauvre, fraternelle, éprouvée, et par là même sans fard, avec à sa tête, un homme lui aussi d'une rare envergure. C'est le moins qu'on puisse dire. Pour accueillir un jeune leader de 23 ans, à la tête d'un groupe d'une trentaine de compagnons, appartenant à la meilleure société bourguignonne, sans se laisser déstabiliser, il fallait que l'abbé Etienne Harding soit d'une rare envergure, et il fallait que la communauté de Cîteaux soit non seulement bien formée mais fondée sur le roc.

On a fait maintes recherches pour clarifier la relation de saint Etienne Harding avec saint Bernard. Elle reste énigmatique, sauf sur un point essentiel qui est au cœur de l'évangile et de la règle de saint Benoît : la charité. Etienne en fait l'âme qui soude indissolublement par l'esprit les moines corporellement dispersés dans les abbayes. Bernard la chante à tout vent par sa vie et dans ses écrits. L'amour, la dilection, ce chérissement d'un cœur tendre et fort, cette charité qui ne passe jamais, elle est pour lui la seule raison d'aimer Dieu, et la seule mesure à mettre dans nos relations avec Lui et avec notre prochain. Partout où il passe, il veut l'allumer, et d'abord dans le cœur de ses frères.

J'en vois une illustration émouvante dans la gravure que nous avons choisie pour célébrer ce 9e centenaire. Etienne Harding et ses frères sortent pour accueillir Bernard et ses compagnons. Bernard, le corps incliné devant le père abbé, la tête prête à recevoir le baiser de paix, laisse le père du monastère poser sur lui fortement ses deux mains dans un geste qui rappelle celui du père miséricordieux accueillant son fils prodigue de retour à la maison. Bernard n'est certainement pas arrivé à Cîteaux en conquérant. Ce que ses compagnons et lui viennent apprendre, c'est la miséricorde de Dieu et celle de l'Ordre. Et c'est ce que nous tous, moines et moniales cisterciens présents sous toutes les latitudes aujourd'hui, nous réclamons le jour de notre entrée au monastère et chaque jour de notre vie. Que demandez-vous ? – « La miséricorde de Dieu et celle de l'Ordre ». Bernard n'a pas été déçu !

La gravure qui représente Etienne Harding l'accueillant avec ses compagnons montre que ce premier jour décisif, ce premier jour du premier amour, est entièrement éclairé par la Croix glorieuse qui est portée par les anges. En ce 9e centenaire de son entrée à Cîteaux, Bernard nous la donne cette Croix, à chacune, à chacun, pour que nous la portions sur notre cœur et dans nos vies joyeusement, amoureusement, et qu'elle soit pour nous ce qu'elle a été pour lui : un bouquet de myrrhe dont nous pouvons chaque jour respirer le parfum.

 

 

accordeon Homélie pour le Saint Sacrement – année C 2013

C’est l’histoire d’un roi qui invite à un festin; c’est l’histoire d’un repas; c’est l’histoire des retrouvailles.

On pourrait penser, en lisant la Bible, que la seule raison d’exister c’est de manger.

Bien sûr, ce n’est pas ce qu’elle dit.

Mais nous savons bien, et cela la Bible ne dit pas le contraire, que manger est une activité de tout être vivant pour vivre.

Depuis l’arbre de vie au milieu du jardin d’Eden, jusqu’au royaume de Dieu que Jésus compare à un festin, en passant par la manne dans le désert, et par les noces de Cana, notre livre de vie est parcouru par des histoires de nourriture.

Vivre ce n’est pas manger, mais si on ne mange plus, on ne vit plus.

Cette nécessité se traduit par une concurrence continuelle dans le monde animal; les hommes luttent aussi non sans risque pour trouver de la nourriture dès la préhistoire;

cela engendre aussi des migrations et même des guerres encore aujourd’hui.

L’entraide tente non sans mal de faire face à la lutte.

Ce qui nous surprend c’est que Dieu lui-même se donne en nourriture aujourd’hui ;

scandale pour les Juifs, folie pour les païens.

Nous ne sommes ni Juifs ni païens, mais nous n’en demeurons pas moins devant un fameux mystère.

Nous allons célébrer une fois encore ce repas de la Cène.

Avant de mourir, Jésus prit du pain.

Le pain est partagé, mais les hommes se rassemblent.

L’Eucharistie est-elle un repas ou un banquet ? On dira qu’il n’y a pas de différence;

Il y en a pourtant une : dans un repas on se préoccupe du menu; dans un banquet on se préoccupe davantage des invités. A Cana le projecteur est braqué sur les personnes de Jésus et de Marie; mais on ne sait même pas ce qu’ils ont mangé.

Dans tous ces récits de la Bible où il est question de nourriture, nous savons bien qu'il s’agit souvent d’une manière imagée de parler donc de métaphores; mais pourtant celui qui les utilise, comme celui qui a prêche, à commencer par Jésus lui-même, n’ont pas trouvé de meilleure image pour décrire la vérité.

Il faut croire que dans le Royaume, nous continuerons de manger quelque chose, car “l’homme ne se nourrit pas seulement de pain”.

Quant à la boisson, il y avait de quoi scandaliser encore davantage les Juifs : jamais dans l’ancien testament, on ne boit le sang; on le respecte infiniment; on le sacralise; et on peint montant des portes, on en asperge le peuple, on le verse avec précaution au pied de l’autel; on rend à la terre ce qui vient de la terre. Il n’est question du sang que dans deux sortent de circonstances ; d’abord dans les textes juridique à propos du meurtre, ensuite dans le Temple à propos de la liturgie. On n’en parle pas dans les combats guerriers. Le meurtre et le sacrifice sont les seuls motifs d’en parler.

Le Saint Sacrifice de la Messe a toujours été orienté tantôt par l’un ou l’autre de ces pôles : repas ou sacrifice. Assis à une table ou debout autour d’un autel ? A la Cène , Jésus a célébré le repas pascal; repas d’adieu pour lui, repas de joie pour les autres.

Ensuite il est mort; ensuite il est ressuscité, et nous invite à un autre festin.

 

 

accordeonHomélie pour la Pentecôte – année C 2013

Jésus avait dit à ses disciples : c’est votre intérêt que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. Quelques heures après, son grand départ a commencé. D’abord de manière dramatique : la nuit d’agonie, la trahison de Judas, le reniement de Pierre, le jugement et la condamnation, la montée au calvaire, la mort, la mise au tombeau… avec tout cela la fuite des disciples, leur enfermement dans la peur et le silence d’un jour interminable… Jusqu’à ce que, au matin de Pâques, l’alerte soit donnée par une femme : on a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis. Plus aucune trace de lui, même pas de son cadavre. Personne ne peut plus mettre la main sur Jésus. On touche du vide.

Qu’est-ce qui s’éveille au matin de Pâques, avec le Ressuscité ? C’est la foi ! C’est un peuple de croyants ! C’est le nouveau régime du monde : la vie de foi. Il vit et il crut.

Quand la Madeleine entend celui qu’elle prenait pour le jardinier prononcer son nom : « Marie ! », alors elle veut le saisir, mais il lui dit : Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. A partir de la Résurrection, le  départ de Jésus perd son côté dramatique, car le Bien-Aimé est vivant ! Jésus est vivant, c’est sûr, mais nous ne pouvons pas le retenir, et ce n’est pas dans notre intérêt car sa mission n’est pas encore finie. Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Je vais vous préparer une place. C’est l’Ascension et la promesse de l’Esprit Saint.

Qu’est-ce qui s’éveille, le jour de l’Ascension ? C’est l’espérance ! C’est un peuple de croyants qui, sans fléchir, affirme son espérance ! Le Christ nous a précédés dans la gloire auprès de Dieu, et c’est là que nous vivons en espérance.  

Aujourd’hui, avec la Pentecôte, Jésus a tenu sa promesse. Même si nous avons été lâches, infidèles, renégats, peureux, pécheurs, peut-être même au bord du désespoir, il nous envoie l’Esprit qui procède du Père, le Défenseur qui nous enseigne tout et qui nous fait souvenir de tout ce que Jésus nous a dit. Désormais, on n’entre plus dans un tombeau vide, on entre dans l’Eglise du Dieu vivant. On ne touche plus du vide, on reçoit le Pain de la Vie et le Vin du Royaume éternel. On ne connaît plus Jésus selon la chair, on le connaît selon l’Esprit. Et cette connaissance spirituelle ne concerne pas seulement notre relation à Jésus, elle concerne toutes nos relations humaines.

Qu’est-ce qui s’éveille, le jour de la Pentecôte ? C’est l’amour ! C’est le peuple de Pâques, debout dans la foi, tendu vers les choses d’en haut dans l’espérance, et brûlé au cœur par l’amour. Et nous chantons : Voici le temps, Esprit très Saint, où dans le cœur de tes fidèles, uni au Père et à son Fils, tu viens répandre ta lumière. Que notre langue et notre cœur, que notre vie, que notre force, s’enflamment de ta charité pour tous les hommes que tu aimes !

Aujourd’hui, l’alerte n’est plus donnée par une femme. Elle vient du ciel, comme un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent. Le message n’atteint pas seulement une petite poignée d’hommes enfermée dans la peur, mais il s’adresse à toutes les nations qui sont sous le ciel. Il ne se transmet pas dans une langue qui serait plus sacrée que les autres, mais l’Esprit s’approprie toutes les langues du monde et les consacre à la proclamation des merveilles de Dieu.

Aujourd’hui, chers frères et sœurs, la merveille des merveilles nous est donnée. L’Amour lui-même, l’Amour en Personne, qui vient remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous les fidèles du Christ. L’Amour qui est notre Défenseur contre le péché, c’est-à-dire contre le Défonceur, le Diviseur, l’Esprit du mal, l’Esprit du monde. L’Amour qui renouvelle la face de la terre. A quoi peut-on reconnaître qu’il est bien là ? Jésus le dit : il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. Et tout ce qu’il nous a dit se résume dans Son commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. C’est à ce signe qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples.

Une communauté où on se déchire n’est pas habitée par l’amour, ce n’est pas une communauté chrétienne, c’est le repère du diable. Une famille qui se divise n’est pas habitée par l’amour, ce n’est pas une famille chrétienne. Une Eglise qui prêche l’amour sans le vivre en actes et en vérité n’est pas crédible. Ils sont finis les temps où, à l’intérieur même de l’Eglise, de nos communautés et de nos familles, nous pouvions donner l’apparence d’être chrétiens sans l’être vraiment.

Une communauté où on se déchire mais où on se réconcilie, où on se pardonne…si possible avant le coucher du soleil, est une communauté chrétienne, habitée par l’amour. Une famille qui se sépare, mais où l’on fait tout son possible pour se tendre à nouveau la main et le cœur et repartir à neuf est une famille habitée par l’Esprit qui renouvelle la face de la terre. Une Eglise qui, dans son sein, éprouve des tensions, des désaccords, voire des scandales, qui ne s’en cache pas mais qui s’efforce de faire la vérité, de susciter le dialogue, de reprendre les coupables, de soutenir les faibles, d’encourager les forts, est une Eglise où le Défenseur est à l’œuvre. C’est notre Eglise, ne nous en cachons pas. C’est l’Eglise de la Pentecôte, fondée sur les apôtres et les prophètes, et dont la pierre d’angle est Jésus-Christ. Elle est notre Mère, dans les douleurs de l’enfantement, mais dans la joie de l’Esprit Saint qui la pousse tous les jours et par tous les temps à sortir le monde de son marasme en lui annonçant les merveilles de Dieu.

 

 

accordeonHomélie pour le 7e dimanche de Pâques – année C 2013

Jésus prie … pour notre divinisation !!!

« Que tous, ils soient un » : Dieu ne désire pas nous rendre tous pareils, identiques, comme des robots. Il prie pour que nous soyons un entre nous, comme Lui avec le Père. Cette identité qu’il nous offre n’est pas celle de l’uniformité mais celle de la personnalité. Cette identité n’est pas celle de Babel : une seule langue et les même mots, ce que nous traduirions aujour-d’hui par « pensée unique » et dont nous percevons bien le risque sectaire. C’est une identité de volonté, de désir du Bonheur des Enfants de Dieu.

« Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous ». Jésus nous veut un c'est-à-dire unis par l’Amour comme il est un avec le Père, uni par l’Amour qui est l’Esprit Saint. Il prie pour que nous soyons un en Dieu, c'est-à-dire associés à l’Esprit d’Unité, divinisés. Cette prière est redoutable : se faire Un avec le Père, considéré comme un blasphème par les Juifs lui vaut un essai de lapidation et sa fuite du Temple lors de la Fête de la Dédicace. (Jn 10, 31-39).

Cette prière est redoutable car le Père peut-il résister à la prière de Son Fils et Le Père n’est-Il pas Tout Puissant ? Le Père Tout Puissant écoute la prière de son Fils comme Il nous invite lui-même à l’écouter : « Ecoute Israël le Seigneur ton Dieu, l’Unique Seigneur » (Dt 6, 4).

Que risquons-nous alors ? La Vie éternelle et Bienheureuse nous dit la théologie occidentale, la divinisation nous dit la théologie orientale. Osons respirer avec ces deux poumons.

Nous pouvons penser cela compliqué, inatteignable même, mais nous sommes entourés de passeurs :

Ceux qui contemplent leur Seigneur depuis leur Création, nos frères ainés les Anges,

Ceux qui ont suivi le Christ au long de leur vie saintement,

Ceux qui ont reçu de Notre Seigneur la Miséricorde et le Pardon,

Ceux avec qui nous partageons nos vies au quotidien, appelés à être Christ pour nous comme nous sommes appelés à être Christ pour eux.

De plus ne sommes-nous pas entre l’Ascension et la Pentecôte, Temps d’une prière plus fervente pour que vienne le Défenseur, celui qui dans la Trinité prépare la place au Père et au Fils ?

Enfin, le Christ n’est pas monté aux Cieux auprès du Père pour lui-même mais pour parachever sa mission. Le Bienheureux Guerric d’Igny le dit joliment: « Comme l’aigle qui apprend à ses petits à voler en voletant au-dessus d’eux”, [le Christ] s’efforçait d’élever [le] cœur [de ses disciples] à sa suite par son amour, et il leur promettait, par l’exemple de son corps, que leurs corps aussi pourraient s’élever pareillement. »

Votre mémoire est probablement familière de ce beau passage de la PE 3 : « quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l´Esprit Saint, accorde-nous d´être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. »

Nous ne voyons pas le Christ s’élever jusqu’à la nuée … mais nous le voyons élevé dans la coupe et la patène. Apprenons à l’y reconnaître et à élever nos cœurs nous aussi pour les tourner vers le Seigneur. Alors nous pourrons devenir participants de cette unité qui est la béatitude des Pacifiques : là où nous sommes un, là est la Paix, devise de la famille bénédictine.

Nous savons cette unité déjà réalisée en Dieu : c’est la Sainte trinité.

Nous savons cette unité déjà réalisée en germe en l’Eglise, ce Corps du Christ uni pour célébrer l’Eucharistie et uni par la célébration de l’Eucharistie en un seul Corps qui est le Corps du Christ.

Pour que sa prière pour l’Unité soit pleinement exaucée, Christ nous donne jusqu’à sa Vie elle-même en nourriture … faisons de même, livrons-nous à nos frères et sœurs, pour construire une société juste et fraternelle, comme le demande le message d’envoi de Diaconia hier alors nous répondrons à sa prière. Alors ensemble, comme Etienne nous verrons le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu et nous pourrons nous joindre à toute l’Eglise en un vibrant appel :

Amen ! Viens, Seigneur Jésus !

 

 

accordeonHomélie pour le 4e dimanche de Pâques – année C 2013

Qu'il est bon, qu'il est doux, frères et sœurs, d'entendre ces paroles : "Je suis le Bon Pasteur, le vrai berger. Mes brebis écoutent ma voix; moi, je les connais, et elles me suivent." Et nous voilà emportés dans de verts pâturages, spectacle d'une grande douceur qui convient si bien à des âmes bien-pensantes, à des gens assoupis.

Eh bien détrompez-vous ! Les chrétiens ne sont pas des poètes qui contemplent à l'envi des scènes champêtres. Vous avez entendu tout à l'heure le récit des Actes des Apôtres ? Tu veux être chrétien ? Apprête-toi à combattre ! "Toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur. Quand les Juifs virent tant de monde, ils furent remplis de fureur; ils repoussaient les affirmations de Paul avec des injures." Voilà la persécution qui se déchaîne et ne nous en étonnons pas : l'Eglise persécutée, c'est l'Eglise de tous les temps. A partir du moment où nous annonçons la Vérité, le démon grince des dents et se déchaîne. Il va tout faire pour nous arracher de la main du Seigneur.

D'un côté la fureur et la persécution, de l'autre la joie de croire, la joie de l'Esprit Saint.

Un chrétien, une chrétienne, c'est quelqu'un qui a le cœur en feu : l'annonce de l'Evangile le brûle mais il sait que la contradiction et peut-être même la persécution l'attendent.

Si vous avez bien écouté la lecture du livre de l'Apocalypse, nous sommes bien toujours dans le même registre : la foule immense de toutes nations, races, peuples et langues, se tient debout devant le Trône et devant l'Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Spectacle magnifique qu'il nous est bon de contempler. Oui, mais d'où viennent-ils ? "Ils viennent de la grande épreuve; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le Sang de l'Agneau." Autrement dit, cette foule immense et magnifique, ce sont les martyrs qui ont versé leur sang et l'ont mêlé au sang de l'Agneau de Dieu, le Christ crucifié et ressuscité.

Maintenant leur épreuve est finie : ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif, la brûlure du soleil ne les accablera plus.

Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que nous, nous sommes encore dans la grande épreuve. Rien d'étonnant, dès lors, si notre vie chrétienne est un lieu de combat. Il est normal que nous soyons soumis à la contradiction et peut-être à la persécution. Il est normal que nous ayons à manifester notre désaccord lorsque nos gouvernants veulent nous emmener dans des directions opposées à notre foi. Il est normal que nous fassions entendre notre protestation lorsque l'institution du mariage est bafouée.

De tous côtés, nous sommes invités, incités à laisser éteindre petit à petit, tout doucement et sans douleur le feu de notre vie chrétienne, à nous conformer à notre société de consommation et à mettre au vestiaire nos ardeurs déplacées. A être de bons petits moutons qui, pendant qu'ils suivent leur inoffensif pasteur, ne dérangent en rien la société qui se construit sans eux.

L'appel du Seigneur sur nous aujourd'hui est tout autre. Le Bon Pasteur, c'est celui qui donne sa vie. Et il appelle ses brebis à donner leur vie.

Mais au fait : ce dimanche du Bon Pasteur, c'est un jour où nous prions spécialement pour les vocations. Alors faisons-le. Et n'oublions pas que prier pour les vocations, ce n'est pas très fatiguant surtout si nous ne sommes guère concernés nous-mêmes, si nous prions du bout des lèvres sans nous sentir directement concernés !

Là encore, prenons notre vie chrétienne au sérieux. Prier pour les vocations, ça veut dire pour nous parents de se poser la question et de la poser à nos enfants : envisagerais-tu de consacrer ta vie à Dieu ? Prêtre, religieux, religieuse ?

Et pour vous les jeunes, prier pour les vocations c'est aussi vous demander : pourquoi pas moi ?

Le Seigneur appelle. Notre monde appelle. Nous avons besoin d'hommes, de femmes, qui soient les pasteurs, qui soient les serviteurs, qui soient les témoins de la Vérité.

Oh Seigneur. Envoie-moi.

 

 

accordeonHomélie pour le jour de Pâques – année C 2013

Mes chers frères et mes chers amis,

Dans la liturgie de Pâques, nous entendons les pages les plus merveilleuses de la Bible. La Parole de Dieu devient comme des éclairs fulgurants qui illuminent le ciel de notre foi en annonçant la résurrection du Christ et la nôtre avec lui : le sacrifice d’Isaac, le passage de la mer rouge, l’amour jaloux de Dieu pour Jérusalem son épouse, le don du cœur nouveau et de l’esprit nouveau, et bien sûr l’évènement lui-même de la Résurrection : de grand matin, nous sommes allés au tombeau, avec les femmes et les aromates qu’elles avaient préparés. Et qu’avons-nous vu ? La pierre roulée, le tombeau vide, et des anges qui sont là pour nous accueillir et nous dire : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité, comme il l’avait dit. »

Toute cette semaine, nous allons tourner les pages de la Parole de Dieu, les unes après les autres, pour entendre les récits de la résurrection que nous rapportent par les grands témoins de l’évangile. Je voudrais m’arrêter plus particulièrement sur l’une de ces pages car la liturgie y revient sans cesse, avec le chant de l’alléluia. On l’entend chaque jour de la semaine pascale à la messe et aussi à toutes les heures du jour. C’est un psaume, le Psaume 117. Nous l’avons chanté en latin à la Vigile pascale : Confitemini Domino quoniam bonus, quoniam in saeculum misericordia ejus ! Le psalmiste vient de le reprendre en français après la première lecture : Rendez grâce au Seigneur : il est bon ! Eternel est son amour ! Toute notre assemblée s’y est associée en reprenant entre chaque strophe un verset du psaume qui sert de refrain : Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, alléluia !

Ce psaume de joie et d’action de grâce qui donne le ton de notre foi en la Résurrection du Christ. Il est vivant ! Pourquoi le chercher parmi les morts ? Il a jeté à la mer cheval et cavalier, c’est-à-dire que toutes les forces qui s’attaquent à la Vie. Le Ressuscité les a réduites en poussière et la page est tournée : plus de mort, ni de pleur, ni de cri, ni de peine, car, dans le Christ, Premier né d’entre les morts, le monde ancien s’en est allé. Notre religion était à l’envers, Jésus l’a remise à l’endroit.

A un moment crucial de sa vie publique, il s’était référé à ce psaume. Selon son habitude, il avait raconté une parabole que l’on a coutume d’appeler la parabole des « vignerons homicides ». Les pharisiens ont bien compris qu’ils étaient visés. La tension devient extrême, et ils cherchent à arrêter Jésus, mais ils n’osent pas car ils ont peur de la foule. Qu’avait-il dit qui les rende si furieux ? Dieu vous a confié sa vigne. Au temps de la vendange, il a envoyé ses serviteurs pour en recevoir les fruits, mais vous les avez tués les uns après les autres. Alors, il a envoyé son fils unique en se disant : ‘ils respecteront mon fils’, mais il a eu le même sort. Eh bien ! cette vigne vous sera enlevée. Le Maître de la vigne la confiera à d’autres vignerons qui, en leur temps, lui en livreront les fruits. Et Jésus avait ajouté : « N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ». Ce qui est une citation explicite du psaume 117, le psaume par excellence de la semaine pascale.          

Rendez grâce au Seigneur : il est bon ! Eternel est son amour ! Car la pierre rejetée des bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. La lourde pierre du tombeau où nous avions enfermée la vie a été roulée pour laisser passer Celui qui est la pierre d’angle de tout l’édifice de la création et de la nouvelle création, le Christ, le Seigneur de l’histoire qui, avec l’étendard de la Croix, la conduit jusqu’à son plein accomplissement. C’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.

Pâques, chers frères et sœurs, c’est vraiment le triomphe de la Vie, la joie de la Vie éternelle qui déjà déborde sur le monde. Pâques, c’est le triomphe du Vivant dans nos vies. Alors courage ! Ne cédons jamais au pessimisme, à cette amertume que le diable nous offre tous les jours. Vous reconnaissez là peut-être l’exhortation pressante du pape François à ses frères cardinaux dès le lendemain de son élection au siège de Pierre : « Ne cédons jamais au pessimisme et au découragement : nous avons la ferme certitude que l’Esprit Saint donne à l’Eglise, par son souffle puissant, le courage de persévérer et aussi de chercher de nouvelles méthodes d’évangélisation, pour porter l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre ».

Permettez-moi de faire écho à cette parole du pape François en disant : nous avons la ferme certitude que l’évangélisation, toujours nouvelle et tellement passionnante, ne réclame pas forcément de nous d’aller à l’autre bout du monde. Ce pourrait être une fuite de nos devoirs les plus élémentaires. Elle commence par un travail sur soi qui est plus difficile encore que tout ce qu’on voudrait entreprendre pour évangéliser les autres. La véritable conversion commence par soi-même. Le monde monastique le sait bien, et il s’efforce tant bien que mal d’y travailler, en se répétant des adages qui en disent long sur la véritable évangélisation. Je vous en cite quelques-uns : « celui qui domine sa colère est plus grand que celui qui ressuscite les morts » ; « celui qui domine sa propension à la gloriole, à la vanité, à la tristesse, à la sensualité, est plus grand que celui qui ressuscite les morts » ; « seul, le libéré libère ; seul, le pacifié pacifie ». Alors, courage, chers frères et sœurs ! Le Ressuscité fait sortir nos cœurs et nos vies du tombeau.  Rendez grâce au Seigneur : il est bon ! Eternel est son amour !

 

 

accordeonHomélie de la Vigile pascale – année C 2013

Que fêtons-nous à une heure aussi surprenante de la nuit ? Pourquoi nous être levés si tôt, surtout avec le début de l’heure d’été ? Parce que nous disent les textes officiels : « La vigile pascale  est à la fois le cœur et la source de toute l’année liturgique. A l'origine, cette veille durait du  coucher du soleil au lever du soleil. »

Plus profondément encore c’est parce que nous fêtons un anniversaire.

- C’est un anniversaire remarquable. Kyrouhane, ce n’est pas que pour l’anniversaire de tes 5 ans que nous nous sommes levés si tôt. Nous fêtons d’abord Pâques, la Vie qui terrasse la mort pour nous.

- C’est un Anniversaire remarquable parce que fêté, sans discontinuer, depuis bientôt 2.000 ans par des gens de tout âge, peuple, langue, race et nation… et c’est déjà la fête anticipée du Ciel que cette communion dans la diversité

- Anniversaire remarquable parce que c’est celui d’un dénouement inespéré, « Happy end », heureux dénouement : un juste est mort … mais il est vainqueur et c’est assez rare pour être fêté.

- Anniversaire remarquable parce qu’un innocent condamné à la fois par les autorités religieuses de son peuple et les autorités politiques de l’Empire est justifié par Dieu qui le Ressuscite.

- Anniversaire remarquable parce qu’un maudit car « maudit soit celui qui pend au bois » est Elevé et Il ne monte pas seul vers le Père. En Lui tout Homme est sauvé et ça mérite d’être savouré longuement… cette nuit et pendant ces 50 jours de fête qui s’ouvrent.

- Anniversaire remarquable parce qu’aucun homme n’en est exclu : «Dieu s’est plu par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.  (Col 1, 20). Ainsi chaque homme est désormais appelé à devenir Ami du Seigneur, mieux même, fils adoptif et les catéchumènes initiés cette nuit nous le montrent : la Bonne Nouvelle est celle de la Résurrection du Fils Unique et par Lui de tous ceux qui deviennent fils et filles de Dieu, c'est-à-dire citoyens du Ciel.

- Anniversaire remarquable parce que nous pouvons dire au long de ces 50 jours dans la liturgie eucharistique : « aujourd’hui le Seigneur est ressuscité » et prolonger ce refrain à chaque eucharistie dominicale tout au long de l’année. C’est donc un anniversaire que la liturgie ose dire actuel, et c’est pour cela que nous en faisons un mémorial, que nous le rendons actuel, que nous l’actualisons pour tout l’univers aujourd’hui. Ainsi chaque jour est désormais le Jour du Seigneur, le jour de notre Fête.

C°/ Voila sept raisons parmi d’autres pour que quand P Abbé dira tout à l’heure à l’entrée de la Prière Eucharistique « Rendons grâce au Seigneur Tout Puissant » nous répondions de tout notre cœur : « Cela est Juste et Bon ».

Oui il est vraiment juste et bon de te rendre grâces Seigneur

- toi qui fais des Merveilles,

- toi dont nous fêtons en cette nuit la Merveille de la Création

- toi dont nous fêtons la Merveille plus grande encore de la Rédemption.

- toi que nous fêtons en cette Eucharistie,

Ce sont sept bonnes raisons de renouveler les grâces de notre baptême, donc Rendons grâce au Seigneur Tout Puissant car il est juste et bon !

 

 

accordeonHomélie pour le Jeudi Saint – année C 2013

Avez-vous remarqué comme les évangiles sont tous d’une grande sobriété ? Ils ne rapportent rien qui ne soit utile à l’annonce de la bonne nouvelle. Aucun détail superflu, aucun étalage indiscret des sentiments, aucune place accordée à la moindre complaisance narrative de l’auteur. Rien pour exciter la curiosité de l’auditeur, et moins que rien pour satisfaire des vendeurs toujours prêts à tirer profit d’une matière commerciale. Les saints évangiles n’ont qu’un but : susciter la foi en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, pour que, en croyant, nous ayons la vie en son nom.

Nous voilà arrivés aux plus grands jours de cette année de la foi, ceux qui en sont le coeur. Les jours où Jésus va jusqu’au bout de son obéissance filiale à Dieu son Père et jusqu’au bout de son amour indéfectible pour les hommes et les femmes de tous les temps. Jusqu’au bout…en nous rejoignant au plus extrême de nos abandons et de nos lâchetés, dans ce qui s’appelle le péché. Pour nous, pécheurs, lui, le Saint, est devenu « péché », pour nous faire sortir de cette boue et de cet enfer, et nous conduire à la pleine lumière de l’amour et de la vérité. Il est allé jusqu’au bout de notre péché, en le prenant sur lui, en nous arrachant à ses griffes, en menant le terrible combat de la foi pour nous conduire à l’autre bout, à l’extrême opposé : sa divine et adorable sainteté. O bienheureuse passion de l’Agneau de Dieu, où le péché du monde est mis à mort ! O glorieuse résurrection où le Christ Seigneur engloutit la mort dans sa victoire ! O saint Vendredi où le bois qui a donné la mort porte le Corps qui nous rend la vie ! O saint Jour de Pâques où le Premier-Né d’entre les morts fracasse les tombes où nous enfermons la Vie !

Ce grand Mystère de foi et d’amour dont nous allons repasser les évènements dans notre cœur et les célébrer dans la liturgie du Vendredi Saint et du Jour de Pâques, aujourd’hui déjà nous l’annonçons et nous en vivons avec Jésus, présent au milieu de nous. En accomplissant des gestes que nous appelons « sacrements », il devance l’heure de sa passion et de sa mort et manifeste sa résurrection. Comme il grand, le Mystère de la foi ! Comme il mérite d’être célébré avec la plus grande pureté d’intention et d’attention !

Les évangiles l’ont retenu au détail près. Jamais ils ne s’arrêtent avec autant d’attention sur ce que Jésus fait et dit, ce soir. Depuis 33 ans, vous pensez bien que Jésus a déjà pris du pain et du vin sans que les évangiles nous en parlent, sauf pour nous rapporter l’épisode de la multiplication des pains qui était comme un signe de ce que Jésus allait accomplir ce soir. Mais ce soir, il fait bien davantage. Il ne nous donne pas seulement du pain, un pain quelconque, il nous donne le Pain de la Vie. Il ne nous donne pas seulement du vin, - fut-il celui des meilleurs cépages de Bourgogne -, il nous donne le Vin du Royaume éternel. Et nous chantons : « C’est toi, Seigneur, le Pain rompu, livré pour notre vie. C’est toi, Seigneur, notre unité, Jésus ressuscité. »

Prendre du pain, prendre du vin, ce sont nos gestes quotidiens, si simples, et tout à coup si chargés de sens par la parole qui consacre : « Ceci est mon Corps livré pour vous : mangez-en tous. Ceci est mon Sang versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés : buvez-en tous. » Et nous voilà pris dans le corps du Christ pour donner notre vie jusqu’au bout, nous aussi comme lui. Nous voilà captifs, prisonniers de l’Amour qui nous a rejoints pour toujours. Comment ne pas penser en ce moment à la sainte Cène que le Pape François célèbre ce soir avec les jeunes détenus de la prison de Rome ? Ce sont nos frères, comme le Saint Père lui-même, Serviteur des serviteurs obéissant au commandement de Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi ».

Toujours ce soir, Jésus ne se contente pas, si j’ose dire, de prendre du pain et du vin dans ses mains très saintes. Il prend autre chose encore, sans doute plus banal et moins nécessaire que le pain et le vin : un tablier, une serviette, une bassine, de l’eau. Ce qu’il fait alors surprend tous les convives. A genoux devant ses disciples, il leur lave les pieds, sans rien dire, sauf quand Pierre l’y contraint.   

Dieu à genoux devant les hommes. C’est la religion à l’envers qui remet le monde à l’endroit. « Un exemple que je vous ai donné, dit Jésus, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Pour nous remettre à l’endroit de l’amour et de la vérité, pour nous remettre à l’endroit où justice et paix s’embrassent, à l’endroit où il n’est plus d’autre pouvoir que celui de s’abaisser dans l’humble service, Jésus nous donne ce soir la sainte eucharistie et le lavement des pieds. La messe, on n’a pas toujours le bonheur d’y participer chaque jour. Heureux ceux qui le peuvent ! L’humble service, lui, est possible tous les jours.

La nouvelle évangélisation, là voilà à notre portée ! Le renouveau que nous attendons … ce soir, il nous est donné !