Tous les saints sont des enthousiastes

Arrêtons-nous un instant à l’enseignement de saint Bernard qui était dévoré par le zèle de l’amour divin. “Dans le chemin de la vie, ne point avancer c’est reculer, puisque rien n’y demeure dans le même état”. Or, votre avancement à vous, mes frères, comme je vous l’ai dit bien souvent, consiste à être convaincus que nous n’avons pas encore atteint le but, “à marcher sans cesse en avant, à tendre constamment vers quelque chose de mieux”. Et ailleurs : “Il faut nécessairement monter ou descendre, quiconque essaie de s’arrêter tombera inévitablement”. “On ne peut que descendre, dès lors qu’on cesse de monter”.

On pourrait multiplier les textes analogues. Saint Bernard ne fait que reprendre une idée chère à saint Augustin : la perfection consiste dans un désir toujours plus grand de tendre vers Dieu, et si ce désir est vrai, il entraîne une plus grande délicatesse de conscience. Ce désir d’aller toujours de l’avant, de monter toujours, n’est pas autre chose que l’enthousiasme. Il est nécessaire pour ne pas se fatiguer ni ne lasser au contact des petites difficultés quotidiennes. C’est lui qui transforme la patience, qui la rend vivante. Il est toujours plus dur de subir, de résister en restant sur ses positions que d’attaquer. C’est en excitant à aller de l’avant, en nous faisant monter, que l’enthousiasme nous force à tenir.
Saint Bernard recommande au moine de rester novice toute sa vie. Certes, il sait bien que la vertu des novices est fragile, semblable aux fleurs de la vigne : “Voyez-vous ces novices ? ce que vous voyez paraître en eux, c’est la fleur, le temps des fruits n’est pas encore venu”. Mais sans fleurs, il n’y a pas de fruits. Aussi faut-il garder la ferveur des novices. Leur simplicité, leur générosité ne doivent pas se borner à de simples “espérances de fruits”. Il doit en être de même pour l’enthousiasme.
Il ne s’agit pas ici d’un enthousiasme “feu de paille”, d’un emballement passager. Il ne s’agit pas non plus d’un enthousiasme uniquement naturel, fruit d’un heureux tempérament, même soutenu par une volonté forte. Il s’agit d’un enthousiasme surnaturel, à la portée de tous, car il s’appuie sur Dieu.
Étymologiquement parlant, enthousiasme, remarquons-le, veut dire inspiration, souffle de Dieu. C’est une disposition qui s’appuie sur Dieu et participe dès lors à son immutabilité et à sa stabilité.