fondation et expansion

XIe-XIIIe s.

 

Au XIe siècle, un grand désir de renouveau traverse l’Église qui donne naissance au vaste mouvement des pauperes Christi. Beaucoup de femmes et d’hommes veulent mener une vie simple, fidèle à l’Evangile. Dans la vie monastique, cet idéal se manifeste par un désir de retrouver la rectitude de la règle. En 1098, un groupe de moines de l’abbaye de Molesme en Bourgogne animés par cet idéal et sous la conduite de leur abbé Robert arrive en un lieu retiré, la forêt de Cîteaux. Le récit de cet épisode nous est rapporté dans le Grand Exorde de Cîteaux.

 

accordeon Le grand exorde de Cîteaux

L’an mille quatre-vingt-dix huit de l’Incarnation du Seigneur, Robert, abbé de Molesme, au diocèse de Langres, et avec lui les frères dont Dieu avait touché le cœur, quittèrent ce monastère. Comme leur bienheureux Père Benoît, ils préféraient se fatiguer au service de Dieu, plutôt que de s’amollir dans une vie facile. Pleins de zèle, ils se dirigèrent vers un lieu favorable à leur dessein que la grâce de Dieu leur avait indiqué auparavant : le désert de Cîteaux.*
Ce lieu était situé au diocèse de Chalon, ses bois épais et ses épines en rendaient l’accès difficile, seules les bêtes sauvages y habitaient. Ces hommes de Dieu vinrent donc en cet endroit si peu engageant et si farouche, ils l’estimaient cependant d’autant plus avantageux au projet cher à leur cœur qu’il était pour les gens du siècle moins attrayant et plus inabordable. Avec le consentement du propriétaire et de l’évêque, ils y construisirent un monastère.
C’est ainsi que le vingt-et-un mars, solennité de saint Benoît, à la joie des anges et à la fureur des démons, ces hommes totalement libérés qui n’avaient en vue que la sagesse chrétienne, fondèrent le monastère et, par la suite, l’ordre de Cîteaux ; cette double joie fut encore accrue du fait que le dimanche des Rameaux tombait ce jour-là. Heureux présage que le choix de ce jour : c’était la fête de l’auteur d’une loi remplie de l’esprit vivifiant, écrite pour le salut de beaucoup, et leur intention, à eux, était d’ordonner le service de Dieu et de toute leur vie sur le modèle proposé dans cette loi évangélique. 

 

Les débuts sont difficiles : cette vie austère est exemplaire mais attire peu de candidats.
Les frères se désolent de ne pouvoir transmettre leur expérience. Cette traversée du désert est accomplie sous la conduite d’Albéric , deuxième abbé de Cîteaux. Il pose les bases matérielles du développement, en particulier l’institution des convers qui réconcilie deux exigences potentiellement contradictoires de la règle de Saint Benoît : vivre du travail de ses mains, et donc, dans un monde agricole exploiter directement les terres, d’une part, et rester dans l’enceinte du monastère d’autre part.

 

 

accordeon Hymne pour la fête des saints fondateurs (26 janvier)

Ils sont partis dans l’allégresse,
Ces hommes droits au cœur de feu
Vivre la règle de Benoît
Tel est leur désir.

Ils ont choisi la voie étroite,
L’abbé Robert marche devant.
Mais c’est l’Esprit qui les conduit
Vers un lieu nouveau.

Ils ont ouvert une clairière,
Le ciel descend dans la forêt,
Leurs mains bâtissent la maison
Des pauvres du Christ.

Ils ont noué dans le silence
Un lieu vivant de charité.
Comme Albéric, Etienne attend :
Des frères viendront.

Ils ont veillé dans la louange,
Ils ont porté le poids du jour.
De peine en grâce refleurit
L’arbre de Cîteaux.

 

En 1113, le troisième abbé Étienne Harding a la joie d’accueillir le jeune Bernard de Fontaine, qui arrive avec une trentaine de compagnons pour se former à la vie monastique. Le charisme du jeune homme assure une croissance très rapide : les fondations se multiplient dans toute l’Europe.
L’homme de feu que fut Bernard a propagé la réforme de Cîteaux et lui a donné un rayonnement extraordinaire. Très rapide, cette expansion reste équilibrée parce que les institutions établies par Étienne, exprimées dans la Charte de Charité, posent les fondements d’un ordre monastique décentralisé, gouverné par le chapitre général des abbés et marqué par l’entraide, l’unité et la charité.

 

 

 

 

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