le mot du père abbé

Pierres vivantes

Automne  2017

Chaque année, le 17 octobre, Cîteaux fête l’anniversaire de la Dédicace de l’église, c’est-à-dire le jour où l’église du monastère a été consacrée. C’est une fête chère aux moines. Elle leur rappelle leur double consécration : la consécration baptismale qui les insère dans l’Eglise, Corps du Christ, et la consécration monastique qui les agrège à la communauté où ils se sont engagés à servir le Seigneur par les vœux de stabilité, obéissance et conversion de moeurs.

Fêter la Dédicace de l’église rappelle surtout aux moines qu’ils doivent être des pierres vivantes qui s’ajustent les unes aux autres pour construire la Maison de Dieu. Une « pierre vivante », ce n’est pas un caillou, parce que Cîteaux n’est pas un bagne. Ce n’est pas non plus un pavé, parce les barricades n’ont pas de place dans la Maison de Dieu. Une « pierre vivante » est à la fois solide et liquide. Sa solidité lui vient d’une musculature à toute épreuve. Sa liquidité d’une flexibilité pénétrée par l’eau de la vie. Rien de tel que des pierres vivantes pour édifier l’école de l’amour ! C’est le seul matériau qui vaille ! Adossées à Jésus-Christ, la pierre angulaire qui soutient tout l’édifice, elles chantent la mystérieuse communion des âmes au paradis de Dieu. L’hymne de la Dédicace le dit à merveille :

Jésus Christ, pierre angulaire
Méprisée des bâtisseurs,
Mais unique aux yeux du Père,
Nous chantons notre bonheur
D’être en toi pierres vivantes
Edifiées dans ta maison :
Mystérieuse communion
Que l’amour fonde et cimente.

 

 

pere abbe lisant BD

 

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automne 2014

COMMENÇONS  PAR  LE  COMMENCEMENT 

Automne 2014

A toutes les pages de l’évangile, Jésus est tellement proche et tellement différent. Cela ne cesse de me frapper. Proche de nous plus que personne, et différent de nous plus que personne. Connaissez-vous quelqu’un en qui se mêlent à ce point le plus naturel et le plus déroutant ? Homme, sans aucun doute, il l’est pleinement. Mais pourquoi, tant de fois, ce comportement si étrange où, tout à coup, on peine à le suivre, on décroche, on ne comprend plus, on a envie de dire : stop ?

J’y pensais encore récemment en écoutant la parabole du semeur. Elle nous est tellement familière qu’on ne remarque pas le geste insensé de cet homme. Je veux bien que la pointe de la parabole porte sur la bonne terre que nous sommes tous appelés à devenir, mais ce n’est pas une raison suffisante pour oublier le semeur. Il est au commencement.

Regardons ce qu’il fait. Il jette son grain n’importe où, sans se préoccuper le moins du monde de l’endroit où il sème : le bord du chemin, le sol pierreux, les ronces, et finalement la bonne terre. Quel gaspillage ! Aucun agriculteur…un tant soit peu sensé…ne s’y prendrait ainsi. Tous, nous calculons, nous mesurons, nous économisons. Dieu fait l’inverse : il dépense à la folie. Tous les terrains lui sont bons. C’est qu’il connaît la force de son grain. Ce qu’il jette dans les pierres peut les changer en pain.

A trop vouloir couper nos ronces et dépierrer notre conscience, nous risquons de perdre de vue le Semeur et sa semence. Pour le suivre et ne pas décrocher, commençons donc par le « Commencement ». Exerçons-nous à le contempler. Dans sa folie, c’est Lui qui donne sens.

 

 

 

printemps-été 2015

 

AUJOURD’HUI

 

Printemps-été 2015

Pâques et Pentecôte sont derrière nous. Qu’y a-t-il devant nous ? Un long Temps « ordinaire », et tout au bout la fête du Christ Roi. Mais qu’y a-t-il entre devant et derrière ? Il y a moi, il y a nous, il y a tout ce cortège de l’humanité en marche, tiraillée de-ci, de-là par les vents contraires et les sirènes qui aboient. Où donner de la tête ?

Au monastère, le temps change de visage. Pâques et Pentecôte sont moins  derrière nous que dans notre pas à pas. Le Temps ordinaire perd de sa longueur puisque, chaque jour, nous militons sous le Christ Roi. Hier et demain n’ont d’intérêt que pour aujourd’hui. Que nous aimons ce mot : « Aujourd’hui ! » De génération en génération, les moines se le transmettent avec joie : « Aujourd’hui ! » C’est notre mot de passe. Et nous ne manquons pas d’ajouter : « je commence ». Oui, « aujourd’hui, je commence ! ».

Hier a été triste ou joyeux, qu’importe : « Aujourd’hui, je commence ! » Demain s’annonce pluvieux ou ensoleillé, qu’importe : « Aujourd’hui, je commence ! ». Aujourd’hui, je travaille ou je pars en vacances, je suis malade ou en bonne santé, seul ou en bonne compagnie,… ce qui m’importe, c’est de commencer avec Celui qui donne à tous et à tout sa véritable importance.

Avec toi, Seigneur, qui est avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps, aujourd’hui je commence !

 

 

Hiver 2016

 

Prends soin de tes racines

 

Hiver 2016

Nous vivons une année sans hiver. Quel dommage ! Pas de neige, pas de gel, pas de glace. Du coup, on s’inquiète pour le printemps à venir. Le bon sens ne veut-il pas que les fleurs et les fruits commencent par un travail dans les racines ?

La vie humaine n’est pas étrangère au rythme des saisons. La vie chrétienne non plus. Si Pâques n’était pas préparé par un Carême de 40 jours, pourrions-nous goûter la joie de la Résurrection ? Malheur à qui ne connaît plus le temps du désir ! Malheur à qui n’ose plus faire le libre choix de la privation ! Malheur à qui ne se laisse plus effleurer par le manque, la faim, la soif, le rigoureux hiver de la dépossession ! Homme mutilé par le plaisir, défiguré par la terreur de ton ego.

A l’inverse, les raisons d’espérer ne manquent pas pour qui prend soin de ses racines. Ta communauté connaît-elle un hiver de vocations ? Prends soin de tes racines. Ton couple passe-t-il par un refroidissement du désir amoureux ? Prends soin de tes racines. Ton grand âge te fait-il perdre ta belle frondaison ? Prends soin de tes racines. Ton Eglise te semble-t-elle en perte de vitesse dans un monde saoulé par le déferlement médiatique ? Prends soin de tes racines.

Ô bienheureux hiver, que tu es propice à l’espérance qui travaille dans mes racines !

 

 

 

Printemps 2016

 

L’abreuvoir de la résurrection

 

Printemps 2016

2016 marque le vingtième anniversaire de la mort des sept frères de Tibhirine. Depuis, que d’hommes, de femmes, d’enfants ont été emportés par une mort violente ! Notre monde donne l’impression d’être de plus en plus ravagé par la violence. Une violence aux multiples visages. Une violence au grand jour qui s’affiche sur tous les écrans. Mais plus grave, plus sournoise, plus souterraine et moins détectable, une violence cachée, abominablement ténébreuse, où s’engouffrent les adeptes de Mammon et les suppôts de Satan. La terre pleure en voyant qu’elle devient comme un grand abattoir des pauvres et des innocents.La foi chrétienne n’ignore rien du drame que nous vivons. Mieux que quiconque, elle a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Haut et fort, elle clame la nouvelle qui met à sa juste place toute autre information : « Christ est ressuscité, alléluia ! » La violence qui s’est abattue sur lui le Vendredi Saint n’a pas réussi à éteindre la voix du Nouvel Adam chargé de dire au monde : « La Paix soit avec vous ! » Par sa mort, il a vaincu la mort ! Les gardiens du tombeau sont renversés par le Seigneur des vivants. La violence des pacifiques déracine celle des assassins. Notre terre en larmes devient comme un jardin où la Nouvelle Eve convie la multitude à l’abreuvoir de la Résurrection.!

 

 

 

 

Eté 2016

 

Christian exit

 

Eté 2016

Chaque année, la fête de saint Benoît coïncide avec les premières semaines de l’été. L’Eglise l’honore comme le père du monachisme occidental et l’un des saints patrons de l’Europe. La récente affaire du « Brexit » m’incite à chercher dans sa Règle des repères qui peuvent encore nous servir de guides pour prendre position ou donner un avis. Je retiens celui-ci : Se faire étranger aux mœurs du monde. C’est le « Brexit » chrétien. Jésus l’énonce en d’autres termes : Vous êtes dans le monde sans être du monde.

Britain exit, Christian exit. On ne le dit pas suffisamment. Être chrétien conduit à faire de la politique en sachant que nous sommes dans le monde sans être du monde. Exode…exit. Le Peuple de Dieu quitte en permanence tous les esclavages de ce monde, toutes les ficelles de la mondanité. Nous migrons sans cesse, nous émigrons sans cesse. Ce n’est pas une migration de vacanciers pour quelques semaines de liberté, après lesquelles on retrouvera de nouveaux esclavages. Non, c’est la migration vers la pleine liberté des enfants de Dieu. Voilà la condition chrétienne la plus normale. Nous sommes des passants, des gens de passage. Nulle part en ce monde, le Fils de l’homme n’a d’endroit où reposer la tête. Ni en Europe, ni au Nord, ni au Midi, ni au Levant, ni au Couchant. Et pourtant, il est partout chez lui, mais toujours sur le départ. Le chrétien aussi. Etrangers, pèlerins, toujours prêts à partir, nous portons nos regards vers le jour et vers l’heure.

 

 

Automne 2016

 

De la lenteur

 

Automne 2016

Aujourd’hui, on commence à présenter la lenteur comme une vertu. Pareil langage est nouveau. Jusqu’ici, il fallait toujours mettre le pied sur l’accélérateur. Maintenant, on en revient. Sur le compteur de la journée, l’homme sensé décide de faire de la place à la lenteur. C’est une question d’hygiène de vie. Hygiène du corps, sans doute. Mais aussi, hygiène de l’esprit. Et surtout, hygiène de l’âme. Sinon, emporté dans la tornade de l’urgence, on meurt d’asphyxie.

C’est peut-être la raison qui explique pourquoi tant de gens s’arrêtent dans les monastères. Ils rencontrent là des hommes et des femmes qui ne courent pas après le temps. Ils ont le temps, ils se donnent du temps, et ils donnent de leur temps. Le temps est leur ami : le temps de toujours, le temps qui dure longtemps, le temps de l’engagement pour toujours. Tout cela fait qu’ils perdent du temps sans jamais perdre leur temps.

Si l’on cherche bien comment en arriver là, on voit que c’est le résultat d’une vie de prière. Rien de tel en effet que la prière pour être toujours à l’heure ! A l’heure où Dieu nous attend. Le vieux moine, avec sa lenteur, met du cœur dans chacun de ses mouvements. Le plus jeune apprend du plus vieux à mettre de la lenteur dans sa vie pour devenir vertueux. La prière est de tous les âges et de tous les temps.

Hiver et Printemps 2017

 

Elire

 

Hiver et Printemps 2017

La République élit son président. Bien avant elle, des sociétés ont inscrit dans leur législation le droit et le devoir d’élire. L’Eglise connaît cette pratique depuis longtemps. Au monastère, les frères élisent leur abbé depuis 15 siècles. Sur ce point, l’Eglise est républicaine avant la République. En plus, elle sait s’y prendre pour que les personnes éligibles soient respectées. A ce sujet, la République a encore beaucoup à apprendre.

Voulons-nous des élections lucides ? Donnons de justes informations ! Ne laissons pas les médias étouffer notre capacité de réflexion. Une République sous le tintamarre médiatique embrouille tout le monde et se pénalise pour avancer dans la bonne direction.

Le chrétien ne sait pas d’avance pour qui voter. Il n’est pas naïf au point de croire que l’élu sera parfait. La République ne produit pas plus de saints que l’Eglise ! Par contre il sait comment s’y prendre pour faire son choix : s’informer, comparer, prendre conseil. Plus le moment d’élire approchera, plus lui-même se « retirera » pour faire son choix. Son élu, quel qu’il soit, sortira de l’urne du silence et de la prière.

 

 

Eté 2017

 

Travailleurs de nuit

 

Eté 2017

Depuis toujours, été comme hiver, les moines sont des travailleurs de nuit. Ils ont un goût marqué pour le travail de nuit. Entendons bien : il ne s'agit pas ici du travail des champs ou de la traite des vaches, mais du travail qui donne sens à toute leur vie : le laborieux travail de la prière dans la nuit.

S'ils se couchent de bonne heure, c'est pour se lever tôt, bien avant le jour. L'expérience montre en effet qu'il est difficile de prier le soir et de se recueillir après une journée qui a pu être rude. Le cœur est agité, la tête remplie de bruit. Rien de tel qu'un sommeil réparateur pour libérer le corps et l'âme ! Au réveil, ils sont dispos pour se livrer à la méditation et à la prière, et profiter au maximum du versant de la nuit où le monde est encore endormi. A cette heure-là, rien n'abîme le silence. Rien...sinon le murmure de la seule parole permise, la Parole de Dieu, à laquelle répond le chant de la prière.

Au lever du jour, le moine est prêt pour accomplir les tâches qui lui seront confiées. Le travail auquel il s'est exercé durant la nuit l'a si bien imprégné que tout ce qu'il fera va s'en ressentir. La prière ne le quittera pas. Pour illuminer le jour, il soumet toute son existence au plein pouvoir de la nuit.