Automne 2016

 

De la lenteur

 

Automne 2016

Aujourd’hui, on commence à présenter la lenteur comme une vertu. Pareil langage est nouveau. Jusqu’ici, il fallait toujours mettre le pied sur l’accélérateur. Maintenant, on en revient. Sur le compteur de la journée, l’homme sensé décide de faire de la place à la lenteur. C’est une question d’hygiène de vie. Hygiène du corps, sans doute. Mais aussi, hygiène de l’esprit. Et surtout, hygiène de l’âme. Sinon, emporté dans la tornade de l’urgence, on meurt d’asphyxie.

C’est peut-être la raison qui explique pourquoi tant de gens s’arrêtent dans les monastères. Ils rencontrent là des hommes et des femmes qui ne courent pas après le temps. Ils ont le temps, ils se donnent du temps, et ils donnent de leur temps. Le temps est leur ami : le temps de toujours, le temps qui dure longtemps, le temps de l’engagement pour toujours. Tout cela fait qu’ils perdent du temps sans jamais perdre leur temps.

Si l’on cherche bien comment en arriver là, on voit que c’est le résultat d’une vie de prière. Rien de tel en effet que la prière pour être toujours à l’heure ! A l’heure où Dieu nous attend. Le vieux moine, avec sa lenteur, met du cœur dans chacun de ses mouvements. Le plus jeune apprend du plus vieux à mettre de la lenteur dans sa vie pour devenir vertueux. La prière est de tous les âges et de tous les temps.