l’ascèse

ascese

Celui qui aime,  jamais ne peine… 
et s’il peine, il aime sa peine.

dit saint Augustin. 
Peut-on encore le comprendre aujourd’hui ?

Débiliter le corps par des veilles continuelles, mortifier la chair par des labeurs quotidiens, affaiblir la vigueur des membres par une nourriture des plus viles, cela n’est pas seulement très pénible, mais c’est manifestement contraire à cette charité que tu prônes avec tant d’ardeur…
Cette objection est exprimée au XIIe siècle, par Ælred de Rievaulx, dans Le miroir de la charité.

Un style de vie sobre, des veilles astreignantes, une nourriture frugale, un travail exigeant, le silence… tout cela peut sembler pesant et inutile. Ce sont pourtant là les signes d’un amour… ou plutôt d’une préférence ! La signification du verbe aimer est assez floue, et chacun y met ce qui l’arrange. Par contre, le verbe préférer est beaucoup plus compromettant. Comment puis-je exprimer ma préférence pour le Christ ?

L’amour peut trop facilement être confondu avec une sentimentalité illusoire, transitoire et factice. La préférence est de l’ordre du choix stable où la fidélité à une règle de vie commune exprime l’accord des volontés. 

Alors les veilles ?
"
Dieu comble son bien aimé quand il dort…" Mais aussi "C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil, le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru" (Rm 14, 11).
L’amour de Dieu est gratuit, mais celui qui aime court au-devant du Bien-aimé.

Alors le jeûne ?
Celui qui mange le fait pour le Seigneur, puisqu’il rend grâce à Dieu (Rm 14, 6)
Mais aussi "L’homme ne vit pas seulement de pain" (Dt 8, 3). Ce pain nécessaire, c’est la consolation de la parole, d’une parole à désirer, à entendre, et à faire. Que notre faim corporelle creuse ce désir, approfondisse cette écoute et nourrisse cette action.

Alors le travail ?
Parfois dur et pénible ? N’est-il pas écrit : "Venez à l’écart et reposez-vous un peu !" (Mc 6, 31)
"Quand le travail nous pèse ou nous ennuie, accorde-nous Seigneur, de le considérer comme un service de nos frères et de l’accomplir avec l’élan de l’amour." (oraison de l’office de none). En fait, fondamentalement, le vrai repos, le repos du sabbat, c’est de servir dans l’amour, service de Dieu dans la liturgie (ce mot grec signifie travail du peuple), service des frères dans le travail.

Alors le célibat consacré ?
N’est-il pas écrit "Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa" (Gn 1, 27). C’est donc dans leur complémentarité que l’homme et la femme sont image de Dieu. Mais alors pourquoi seuls les vierges (et pour une fois, ce mot est au masculin), pourquoi eux seuls peuvent-ils chanter le cantique nouveau ? (cf. Ap 14)

Alors la pauvreté volontaire ?
"
Tout est à vous" dit l’Apôtre, donc pourquoi renoncer aux biens de ce monde ?
Pour nous, tout est commun, et en cela, nous expérimentons le centuple promis à ceux qui laissent tout.